LA BIBLIOTHÈQUE DE ST VICTOR
sa place dans le clocher une énorme cloche que l'on ne savait comment remuer. Pantagruel y consentit, mais avant de la replacer, il eut la fantaisie de se promener par la ville en la faisant sonner. Los habitants étaient ravis, mais ils déchantèrent le lendemain : le son de la cloche avait gâté tous les vins dans les caves. Encore une de ces protestatioiis contre les cloches que Rabelais place à tout propos et hors de propos.
Pantagruel partage les sentiments de Gargantua à regard des Parisiens. Il les juge sots « par nature, par bécarre et par bémol. > Cependant, après être demeuré quelque temps à Paris, il trouvait que c'était une ville bonne pour vivre, mais non pour mourir, puisque les gueux de St-Innocent se chauffaient des ossements des morts. Le cimetière des Innocents, situé au centre de Paris, servait déjà depuis une longue suite de siècles; le sol regorgeait de cadavres, au grand détriment des habitants du voisinage. On ne l'abandonna qu'au milieu du XVIIP siècle, quand on vit les cadavres non consumés percer les murailles et refluer dans les caves des maisons voisines.
Pantagruel va ensuite visiter la librairie ou bibliothèque de St- Victor, et Rabelais profite de l'occasion pour faire une de ces longues énumérations dans lesquelles il se complaît. Les titres qu'on donnait aux livres à cette époque étaient souvent bizarres ; il y avait par exemple : le Quadriloge invectif (Alain Chartier), le Rosier des guerres (Louis XI), le Contr'un (La Boétie), le Fouet des inquisiteurs, l'Aiguillon de l'amour divin, l'Antido-
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toire de l'âme, les Allumettes du feu divin, le Sucre spirituel pour adoucir les aigres malheurs de ce temps, le Glaive de Goliath, la Chute du diable, le Kéveille-matin des calvinistes, la Tourterelle de viduité (Doré), etc.
Les livres de théologie et de dévotion se distinguaient, entre tous, par l'étrangeté de leurs appellations- Rabelais se délecte dans la liste qu'il dresse. Tous les livres cités par lui n'ont pas existé ; il en est beaucoup dont le titre ne pourrait être copié aujourd'hui ; il en est d'autres dont il a légèrement modifié le nom de manière à le rendre ridicule ; quelquefois c'est le sujet du livre qu"il indique par un titre comique. La plupart des allusions ont cessé d'être intelligibles parce que nous ne connaissons pas les ouvrages indiqués.
Voici les noms de quelques-uns de ces livres:
Le Palais de salut, recueil de sermons.
La Pantoufle des décrétales, ou lettres des papes, allusion h. la pantoufle du pape qu'on est admis à baiser.
La Grenade des vices.
La Patenôtre du singe.
La Décrottoire des étudiants.
La Savate d'humilité. — Le Chaudron d'humanité.
L'Invention de sainte Croix, à six personnages, jouée par les clercs de finesse — autrement dit : l'art de se procurer de l'argent par ruse eu friponnerie.
La Complainte des avocats sur la rétormation des dragées, c'est-à-dire la suppression des épices ou dons en nature faits aux gens de loi
Aristotc : neuf livres sur la manière de lire le bréviaire.
Rostocostojanibedonesse .• De la moutarde servie après le dîuer.
Jabelenus : Cosmographie du Purgatoire.
Le Fagueras des Espagnols, sui-ercociuelicantlcquépar Fray Inigo (probablement de Loyola).