‹ Rabelais et son uvre (volume 2)Chapitre 118 sur 147 · PÀNUKGE ET LES INDULGENCES · texte numérisé non relu

PÀNUKGE ET LES INDULGENCES

allant visiter son champ, y trouva deux vaches au lieu d'une. Il vint joyeusement raconter la chose à sa femme et remercia Dieu d'avoir tenu la parole que le curé lui avait donnée. L'histoire ne dit pas si le curé fut du même avis.

Revenons à Panurge, Ribelais s'étonne de cette manière d'acquérir de l'argent. — < Si tu savais, reprend Panurge, ce que m'a rapporté la croisade, tu serais ébahi. Elle m'a valu plus de 6,000 florins — Et où sont-ils allés, que tu n'as rien aujourd'hui ? — D'oi^i ils étaient venus. Ils n'ont fait que changer de maître. >

Panurge raconte qu'il a employé cet argent à marier, non pas les jeunes filles, qui trouvent d'elles mêmes des épouseurs, mais les vieilles auxquelles il donnait une dot, qui leur faisait trouver des maris. v^ Je montrais les écus d'abord, puis quand j'avais trouvé un épouseur, je montrais la vieille. )> Panurge, sans en rien dire, imite ici une coutume observée chez les Babyloniens , au rapport d'Hérodote (Liv. I, cxcvi). Chaque année, il y avait une sorte de marché aux femmes. On déposait une certaine somme pour avoir le droit d'entrer dans l'enceinte où les jeunes filles à marier étaient réunies. Celui qui avait déposé la plus forte somme, choisissait le premier, et emmenait sa conquête, et ainsi de suite jusqu'à ce qu'il ne se trouvât plus d'amateurs. La somme déposée était ensuite partagée, au prorata de leur laideur, entre les jeunes filles qui n'avaient pas été choisies, et leur servait de dot. On introduisait alors les hommes qui voulaient se marier dans ces

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conditions, et qui recevaient en même temps les jeunes filles et la somme.

Panurge, à qui l'argent brûle les mains quand il en a, imagine d'intenter un procès pour faire décider que les robes des dames seraient plus ouvertes par devant. Il gagna son procès, dit-il, mais il lui en coûta cher.

Une autre fois, il demanda, toujours devant les tribunaux, que les mules des présidents et conseillers qui se rendaient au Palais, fussent pourvues de bavettes afin de ne pas salir de leur bave la cour du Palais oîi les pages s'agenouillaient pour jouer aux dés. Le procès fut gagné aussi, mais à quel prix !

Puis il lui prit fantaisie de faire banqueter ces mêmes pages du Palais. Pendant qu'ils dînaient il allait couper presque complètement les sangles des mules, si bien que lorsque les < gros enflés de conseillers > montaient sur leurs bêtes, la selle se cassait, et les graves personnages allaient rouler sur le jiavé, au grand amusement de la foule. Cette manie qui prend Panurge de dépenser son argent, à marier les vieilles et à intenter des procès ridicules, c'est-à-dire sans profit pour lui-même et pour les autres, nest que l'exagération d'un travers assez commun. Il n'est pas rare de voir des gens qui , ayant reçu inopinément une somme, se. demandent ce qu'ils feraient bien pour s'en débarrasser au plus vite. Cette tentation arrive souvent à ceux qui n'ayant pas eu la peine de gagner de l'argent , n'en connaissent l)as la valeur ; mais l'extrême gêne ])roduit aussi cet effet quelquefois On a vu des marins, en recevant leur solde, après avoir été longtemps privés d'argent, célébrer une orgie où Ton faisait frire des pièces de cinq

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