‹ Rabelais et son uvre (volume 2)Chapitre 125 sur 147 · EPISTÉMON MORT ET RESSUSCITÉ · texte numérisé non relu

EPISTÉMON MORT ET RESSUSCITÉ

sa provision de sel, fut rompue en 4,086 morceaux et le sel tomba à terre. Le combat dura fort longtemps ; à la fin, Pantagruel donne à son adversaire un grand coup de pied dans le ventre ; le géant roule sur le dos «à jambes rebindaines» et les autres géants étant accourus alors pour aider le vaincu, Pantagruel le prit par les pieds et s'en servit comme d'une arme; tous les géants furent renversés et tués; il lança alors le corps du géant dans la ville. Ce corps, en tombant sur la place, tua un « chat brûlé, une chatte mouillée, une canepetière et un oison bridé.» Mais Pantagruel subit aussi quelques pertes de son côté. Son fidèle Epistémon entre autres eut la coupe têtée. je veux dire la tête coupée dans la bagarre.

Pantagruel se désespérait et son entourage aussi : « Ne pleurez point, dit Panurge, Epistémon est encore chaud, je promets de le guérir. » Il fit mettre le corps et la tête sur une table, lava très bien le cou de vin blanc, il oignit les deux objets de je ne sais quel onguent, puis ajusta soigneusement les parties les unes contre les autres, veine contre veine, nerf contre nerf, vertèbre contre vertèbre, afin qu'il ne fût pas torticolis; il ne pouvait souffrir ces sortes de gens [trait contre les moines : les cordeliers affectaient de pencher la tête]; il y fit quinze ou seize points d'aiguille pour que rien ne se dérangeât, et mit à l'entour un peu d'onguent ressuscitatif.

Aussitôt Epistémon se mit à respirer, à ouvrir les yeux, à bâiller, à éternuer. à émettre d'autres bruits encore. « Le voilà guéri , » dit Panurge , et il lui

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