VOYAGES DANS L'AUTRE MONDE
quand on voulut le mettre sur le bûcher, il ressuscita, et raconta ce qui lui était arrivé. Son âme, séparée de son corps, avait été emportée en nombreuse compagnie dans un lieu où le ciel et la terre étaient percés de deux ouvertures. Des juges siégeaient au milieu et prononçaient sur le sort des âmes Ils attachaient un écriteau par devant aux justes et les envoyaient à droite, dans le ciel ; ils attachaient un écriteau sur le dos des méchants et les envoyaient à gauche, où se trouvait une ouverture dans la terre. Quand ce fut le tour de Her, les juges décidèrent qu'il devait retourner sur la terre pour rapporter aux hommes tout ce qu'il avait vu et ce qu'il allait voir. Il regarda autour de lui. Les âmes montaient et descendaient sans cesse par les deux ouvertures qu'il avait remarquées d'abord , les bons sans tache, les méchants souillés de fange. Plus loin s'étendait une prairie où les âmes s'arrêtaient et semblaient se reposer d'un long voyage. Celles qui sortaient de l'abîme racontaient les tourments de leur exil, qui n'avait pas duré moins de mille ans. Celles qui venaient du ciel racontaient les délices qu'elles avaient goûtées. Le bien et le mal qu'elles avaient fait leur avait été rendu au décuple.
Ces âmes avaient alors la permission de retourner sur la terre et on leur laissait le choix de la condition dans laquelle elles devaient renaître. Celles qui venaient du ciel se trompaient plus souvent dans ce choix que celles qui venaient des lieux souterrains, parce qu'elles avaient moins d'expérience et qu'elles ne s'étaient pas instruites à l'école du malheur.
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YI.
L'histoire de Thespésius nous a été racontée par Plutarque dans son Traité sur les délais de la justice divine. Il y a dans les œuvres de Joseph de Maistre une traduction de ce traité avec des commentaires qui ont la prétention d'être très sérieux et quelque peu effrayants. Thespésius était de Cilicie et vivait au temps de Vespasien. Il avait dissipé follement sa fortune, et, une fois ruiné, il avait cherché à la recouvrer par des opérations plus ou moins frauduleuses. A ce moment, il fit une chute on le jugea mort; mais pendant la cérémonie des funérailles, il revint à la vie, et raconta ce qui lui était arrivé. Son âme , séparée de son corps, avait été transportée à travers les astres jusqu'à un lieu oii tourbillonnaient les âmes des morts. Elles arrivaient au milieu d'une bulle brillante, qui se crevait; il en sortait alors une forme humaine. Les âmes des justes étaient transparentes et lumineuses; les âmes des méchants étaient opaques, tachetées de gris ou d'un noir luisant. Celles qui avaient été avides et cruelles étaient rouges ; un violet ulcéreux indiquait l'envie ; le bleu, l'impureté; le noir, l'avarice. Thespésius fut emporté vers le lieu où les âmes coupables étaient punies ; on en faisait divers groupes d'après la gravité de leurs fautes ; il reconnut son père dans k nombre ; il vit des démons exposer aux variations de l'atmosphère des corps qu'on avait écorchés ; il vit des groupes de divers personnages occupés à se mordre. Des démons trempaient d'autres âmes dans des étangs de métal fondu; elles devenaient dures alors, et on les tailladait pour en faire de nouveaux êtres,
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qui devaient retourner sur la terre. Après être resté assez longtemps dans ce lieu. Tliespésius se sentit emporté comme par un vent impétueux, il recouvra la vie et depuis lors revint à la vertu.
YII.
Les récits de ce genre se multiplient avec le christianisme. Fauriel, dans son Histoire de la littérature méridionale, J.-J. Ampère, dans son Histoire de la littérature française avant le XIP siècle, Ozauam, dans ses Etudes sur le Dante, Labitte, dans La Divine Comédie avant Dante , Gœrres , dans t;a Blystiqiie, mentionnent et analysent une foulé de voyages dans l'autre monde. La plupart de ces voyages sont des visions ; mais il y a aussi des résurrections, celle de l'Irlandais Tundal , par exemple, qui vivait vers l'an 1149. Il tombe malade et meurt un mercredi ; comme on remarque dans son corps un reste de chaleur, on le garde jusqu'au samedi; il se réveille alors en poussant un cri épouvantable, et raconte qu'il a été dans l'enfer, dans le purgatoire et dans le ciel. Il a passé par de terribles épreuves : il a été entraîné par des démons dans la gueule de l'Achéron, horrible béte dans le ventre de laquelle les démons, sous la forme de loups, d'ours, de lions, de serj.ents, de crapauds., de chiens, mordent et mettent en morceaux ceux que le dragon a avalés ; mais ce qui l'a le plus effrayé, c'est le passage d'un pont très étroit au-dessus d'un abîme, qu'il lui a fallu traverser de compagnie avec une génisse qui glissait d'un côté pendant qu'il glissait de l'autre. Des démons l'attendaient en bas, riant de ses efforts et de ses angoisses, et prêts à se jeter sur lui, s'il tombait.
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On a même cru pendant longtemps, et dans toute la chrétienté, qu'il y avait un moyeu matériel d'aller chercher des nouvelles de l'autre monde.
On racontait que saint Patrice, l'apôtre de l'Irlande, mort vers 464, ne pouvant convaincre ses auditeurs de la réalité des peines de l'enfer et du purgatoire, avait supplié Dieu de lui montrer un chemin par lequel on pût, sans quitter cette vie, apercevoir ce qui se passe dans l'autre. Dieu avait exaucé sa prière et lui avait indiqué une petite île du lac Derg, entre Pettigoe et Donegal, comté de Donegal, au nord de l'Irlande, où se trouvaient plusieurs grottes communiquant entre elles — il y en a neuf — qui conduisaient à l'autre monde. Ces grottes ont reçu le nom de Purgatoire de St Patrice, parce que l'on croyait que ceux qui avaient le courage d'y passer vingt-quatre heures, faisaient leur purgatoire sur la terre, et que, au sortir de cette vie, leur âme montait tout droit au ciel, si à ce moment elle ne se trouvait pas en état de péché mortel.
L'Arioste, au chant X, octave 92, de son Orlando furioso, mentionne cette croyance. Roger, monté sur rhippogriphe, passe au-dessus de divers pays; E vide Ibernia fabulosa, dove Il santo vecchierel fece le cava Iq che tanta mercè par che si trove, Che l'uom vi purga ogui sua colpa prava. [Il voit l'Hibernie riche en traditions fabuleuses, où le saint vieillard a creusé une caverne dont la grâce est telle, dit-on, que l'homme s'y puritie de toutes ses fautes.]
Erasme dans sa Feregnnatio religionis err/o mentionne aussi cette grotte: