‹ Rabelais et son uvre (volume 2)Chapitre 25 sur 147 · SES IMITATEURS ET COMMENTATEUKS · texte numérisé non relu

SES IMITATEURS ET COMMENTATEUKS

coup moins vêtus que ceux de Boucher, mais Boucher est bien autrement indécent que Rubens.

Ajoutons que ces licences de Rabelais n'apparaissent pas au hasard ; elles s'entassent de préférence aux abords de quelque audace qu'il veut faire passer ; il la dérobe, il l'ensevelit sous un débordement de verve licencieuse.

Ceci soit dit, du reste, simplement comme circonstance atténuante. Il est regrettable, il est déplorable pour nous, lecteurs du XIX^ siècle, ([ue Rabelais ait gâté de cette façon un livre où il y a tant de choses profondes et tant d'excellent comique. Ce livre ne saurait être lu tout haut. Sainte-Beuve, qui pourtant avait un faible pour certaines œuvres clandestines, dit lui-même qu'aucune femme ne peut le lire, pas même Ninon.

Les mœurs ont changé. Ces licences qui protégeaient Rabelais auprès de ses contemporains sont précisément ce qui lui nuit auprès de la postérité. Mais, comme nous l'avons dit, rien de plus facile que de le débarrasser de ces excroissances, et nous espérons bien donner une idée complète de son livre sans offenser aucune susceptibilité.

L'obscurité dans laquelle Rabelais a cru devoir envelopper ses idées et le moyen employé par lui pour donner le change, lui ont suscité deux sortes d'ennemis, qui lui ont fait beaucoup de mal, dans les meilleures intentions du monde : les imitateurs et les commentateurs.

Les imitateurs, incapables de comprendre ce qu'il y avait d'élevé chez lui, se sont autorisés de son

exemple pour se jeter dans toutes sortes de folies, et le scandale a rejailli sur Rabelais. Nous en dirons quelques mots plus loin.

Quant aux commentateurs, la plupart se sont occupés, non à éclaircir la pensée de l'auteur — elle en avait souvent besoin, — mais à la déguiser ; chacun l'a tiré de son côté, et ils ont si bien fait pour embrouiller les choses, qu'un des derniers éditeurs, M. Marty- Laveaux, a pu dire sans trop d'exagération, que «souvent pour éclaircir le texte, on n'a qu'à supprimer les notes.»

Il est des commentateurs qui ne voient que les polissonneries; ils les cherchent partout, ils s'attachent à les faire ressortir et en découvrent souvent auxquelles l'auteur n'a évidemment pas songé. Pour ceuxlà Rabelais est exclusivement un gouailleur, et ils ferment les yeux sur les parties sérieuses de l'œuvre.

Puis viennent les commentateurs protestants. Rabelais, comme nous le verrons, tourne le dos au calvinisme. S'il attaque les vices du clergé, il ne s'en prend nulle part à la doctrine de l'église catholique. On n'a pas moins trouvé moyen d'en faire un des apôtres de la réforme.

Rabelais a pris soin lui-même de nous prémunir contre les interprétations historiques. On s'est obstiné néanmoins à chercher dans cette voie. On s'est appuyé surtout sur quelques paroles d'un historien contemporain. Jacques de Thou, dans ses Mémoires latins, nous dit que Rabelais '^ composa un écrit très «ingénieux, dans lequel il mit sur la scène, sous «des noms supposés, tous les ordres de la vie et les «présenta au peuple en moquerie». Ces paroles indiquent assez nettement cependant qu'il s'agit d une

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