CHAPITRE lii
BIOGRAPHIE ET ŒUVRES DIVERSES. CSuite.)
SOMMAIRE. — 1. Second séjour de Rabelais à Rome. Il se met en règle avec l'Église. — 2. Sa correspondance avec Tévêque de Maillezais. — 3. Le quart d'heure de Rabelais. — 4. Court séjour à Paris. — 5. Rabelais professeur et médecin. — 6. N'iuvelle bulle du pape. — 7. Rabelais chanoine. — 8. Il publie son M'en licre. — 9. Il obtient un privilège de François I. — 10. Son prologue. — 11. Sa fuite en Lorraine. — 12. Son troisième voyage à Rome. La Sciomachie. — 13. Il est curé de Meudon et publie son quart livre avec un privilège de Henri II. — 14. Rabelais à Meudon. — 15. Sa mort.— 16. Rabelais, J. du Bellay et Ronsard. — 17. Epitaphes satiriques de Rabelais. — 18. Epitapbes élogieuses. — 19. Les Sonyts drolatiques de Pantagruel. — 20. Biographies de Rabelais au XVU» et au XV1II<= siècles. — 21. Ordre de composition des premiers 'ivres de Rabelais. — 22. Les Chroniquei gargantuines. — 23. Gargantua, persunnage mythique. — 24. Rabelais est-il l'auteur des Chroniques? — 25. Témoignages à ce sujet. — 26. Analyse des Grandes Chroniques. — 27. Seconde Chronique. — 28. Le Disciple de Pantagruel. Un chapitre de ce roman.
Après avoir fait imprimer de nouvelles éditions de Gargantua et du 1" livre de Pantagruel (lô35), Rabelais partit, en 1536, pour Rome, où l'appelait de nouveau le cardinal du Bellay. Il n'avait pas cessé, du reste, d'entretenir des relations avec la capitale du monde catholique; nous en avons la preuve dans une lettre que le cardinal de Tournon écrivait au chancelier Dubourg. Après avoir parlé d'un < jiaillard de luthérien ou zwinglien » qui se trouvait à Lyon,
SECOND SÉJOUR A BOME. 99
il dénonce avec indignation une lettre (évidemment interceptée) que Rabelais adressait < à un des plus mauvais paillards « (ou hérétiques) qui fût à Rome; il envoie cette lettre au chancelier et dit quun peu de plus , il eût fait mettre l'auteur en prison, pour donner une leçon à ces écriveurs de nouvelles.
Nous avons plus de détails sur ce second séjour de Rabelais à Rome que sur le premier. Ces détails sont consignés dans plusieurs pièces officielles et surtout dans une série de lettres adressées à l'évêque de Maillezais et publiées à la fin du.XVP siècle sous le titre à-'EpUres de Maître François Rabelais.
Il s'occupa d'abord de faire régler sa position avec l'église. Il y avait douze ans qu'il avait quitté Fontenay; ses livres, qui faisaient beaucoup de bruit, avaient attiré l'attention sur sa personne. Il n'avait rien à craindre pour le moment parce qu'il était attaché au cardinal du Bellay, parce qu'il faisait partie de sa maison {domus), parce qu'il était ce qu'on nommait alors son «domestique», mais c'était une sécurité instable. Il présenta au pape une supplicatio pro apostasia.
Clément VII était mort, la chaire pontificale était alors occupée par Paul III (Alexandre Farnèse). Rabelais lui rappela que Clément VII avait bien voulu l'autoriser à changer de couvent, mais non à quitter la profession religieuse- Il avait cependant quitté l'habit régulier de son ordre pour celui de prêtre séculier ; il disait qu'il s'était ensuite livré à l'étude de la médecine et qu'après avoir reçu ses grades, il avait exercé cet art pendant un certain nombre d'années, voyageant çà et là, célébrant la messe seu-
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lement de temps à autre, disant ses heures canoniales d'une façon très irrégulière et les omettant quelquefois. Il ajoutait qu'il se repentait maintenant de Tirrégularité de sa conduite, et qu'il désirait reprendre la vie monastique avec pleine tranquillité d'âme. 11 su()pliait donc le pape de vouloir bien l'absoudre pour le passé et l'autoriser, pour l'avenir, à rentrer dans le couvent de son ordre qui voudrait bien le recevoir, à posséder les bénéfices ecclésiastiques que l'on voudrait lui conférer, et à pratiquer la médecine à condition de ne pas recevoir de salaire et de n'employer ni le fer ni le feu dans les opérations chirurgicales.
Ces dernières conditions n'avaient rien que de très ordinaire. En général, l'Eglise ne permettait pas à ceux qui étaient engagés dans les ordres de verser le sang, à quelque titre que ce fût, et de plus en assurant aux prêtres un bénéfice, aux moines l'existence dans un couvent, elle leur refusait le droit de recevoir une rémunération pour d'autres services.
La supplique était humble. Rabelais exagérait même quelque peu ses péchés, mais c'était le moyen d'en obtenir plus facilement la rémission. Il ne fit pas présenter sa supplique par le cardinal du Bellay; deux cardinaux italiens lui rendirent cet office. Il obtint ce qu'il demandait et dans la forme la plus favorable, celle qui devait avoir force de loi en France ; de plus, on lui fit remise d'une partie des frais de chancellerie.
C'est Rabelais lui-même qui nous apprend ces détails dans sa correspondance avec l'évêque de Mail-