SA CORRESPONDANCE DE ROME
lezais. Celui-ci avait chargé Rabelais de solliciter pour lui, d'Estissac, le chapeau de cardinal ; Rabelais faisait de son mieux, mais Jean du Bellay l'appuyait avec mollesse et cherchait toujours des fauxfuyants, si bien que d'Estissac mourut sans avoir obtenu ce qu'il ambitionnait.
Paul III, du reste, était très préoccupé en ce moment. L'empereur Charles-Quint lui avait annoncé sa visite; le pape eût bien voulu l'esquiver, il fallait, au contraire, montrer de l'empressement, beaucoup d'empressement; cela allait lui coûter cher d'ailleurs, et l'argent lui manquait.
Les cardinaux envoyés vers l'empereur obtinrent d'abord, par adresse, que la visite serait retardée de cinq ou six semaines.
Si j'avais autant d'escus, écrit Rabelais, que le pape voudrait donner de jours de pardon [d'indulgence], de proprio motu, de plénitude fotesiatis et autres telles circonstances favorables, à quiconque le remettrait jusques à cinq ou six ans d'ici, je serais plus riche que Jacques Cœur ne fut oncques.
Rabelais nons apprend ensuite qu'on avait fait un chemin tout exprès pour recevoir l'empereur, abattant force maisons, dont les propriétaires ne furent pas du tout ou du moins ne furent que très-faiblement indemnisés. Pour subvenir aux frais, on mit des impôts sur tout et sur tous, même sur les porteurs d'eau. On voulait que Charles-Quint pût passer sous les arcs de Constantin, de Vespasien, de Titus, de Numérien et autres. Plus de deux cents maisons et trois ou quatre églises furent sacrifiées.
Rabelais ne se borne pas à donner à son correspondant des nouvelles de Rome, il le tient au cou-
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rant de tout ce qui se passe en Europe et en Asie ; il lui raconte la guerre de l'empereur turc avec la Perse, discute les conséquences que cela peut avoir, il donne le détail des événements qui se passent sur les côtes barbaresques, mais spécialement sur ce qui se fait en Italie. A propos d'une question que lui adresse l'évêque, il entre dans des détails assez longs et quelque peu scabreux sur les bâtards d'Alexandre VI et sur ceux de Paul III.
Il envoie aussi à d'Estissac avec une certaine complaisance les pasquils, ou satires, affichés à Rome sur les statues de Pasquin et Marforio. On sait que pendant longtemps deux statues antiques mutilées, situées près de la place Novone, atîublées des noms de deux artisans facétieux du voisinage, ont servi à afficher de courtes satires contre les personnages puissants et spécialement contre la cour de Rome. Ces satires se composaient ordinairement d'une phrase épigrammatique proposée par Pasquin et à laquelle Marforio répondait. De là le nom de pasquil donné à des satires vives et brèves. A l'époque où Rabelais se trouvait à Rome, ces épigrammes étaient très nombreuses et très mordantes. On en a recueilli deux volumes, réunis en un, <à Eleutheropolis», la ville de la liberté, en l'an 1 544, sous ce titre : Pasqnilloriim tomi duo ; il y en a en vers, en prose, en latin, en italien, en grec et même en allemand. Les pasquils en prose se composent généralement de dialogues très mordants, mais beaucoup trop longs pour avoir jamais été affichés. Ce livre est devenu fort rare.
Les plaisanteries que Rabelais transmet à Tévéque de Maillezais exigeraient, pour être compri-