GARGANTUA. PERSONNAGE MYTHIQUE
transformation de THercule gaulois et, par suite, un dieu solaire : le soleil toujours altéré, buvant les fleuves et asséchant les fontai-.ies.
A l'appui de cette oinnion, on a décomposé le nom de Gargantua, et on l'a rattaché à une racine sanscrite qui signifie «avaler>. Aujourd'hui encore gargafta, en italien, rjarfjanta en espagnol, gargante en languedocien, désignent le gosier. M. Baudry * conclut de la présence ".,de ce mot dans les langues romanes du midi que la tradition de Gargantua est languedocienne et que Rabelais a recueilli ce mot à Montpellier. Eabelais aurait tout aussi bien pu le recueillir en Basse-Normandie où le gosier s'appelle encore aujourd'hui yargant ou plutôt, par suite de la prononciation locale, guergant (on prononce aussi «Guergantua»;. La légende serait donc française, ou celtique si l'on veut, plutôt que languedocienne. Restait une objection, ce nom de Gargantua se rencontrait-il dans un monument authentique antérieur à Rabelais ? car après le succès de l'ouvrage, on aurait bien pu donner au géant légendaire le nom du géant littéraire. On connaît l'épigramme faite à propos d'un administrateur concussionaire de la Suisse :
Le pauvre Suisse qu'on ruine, Voudrait bien que l'on décidât Si Rapinat vient de rapine Ou rapine de Rapinat.
Les aventures qui figurent dans le roman de Rabelais sont en effet devenues très-populaires, et je me rappelle avoir, dans mon enfance, entendu raconter à des paysans normands des historiettes
' Itevue de V instruction publique, 17 mai 1859.
que j'ai retrouvées plus tard dans le Gargantua ou le Pantagruel, que ces braves gens n'avaient certainement pas lus. Ptieu d'impossible donc à ce que, dans la légende, le nom du héros de Rabelais fût venu s'appliquer à des monuments attribués à un géant sans nom.
Mais on a retrouvé un texte. Charles Bourdigné, dit M. Gaidoz, en publiant en 1526 (c'est-à-dire huit ans avant la première «Chronique gargantuine> connue) sa Légende de Maistre Pierre Faifeu, s'écriait dans une «Ballade aux lysans» :
De Pathelin n'oyez plus les canticques, De Jehan de Meiin la graut jolyveté, Ne de Yillon les subtilles traficques, Car pour tout %Tay ils n'ont que nacquetté '. Robert le Dyable a la teste abolie, Baccbus s'endort et ronfle sur la lye, Laissez ester * Caillette le folastre, Les quatre fils Aymon vestuz de bleu, Gargantua qui a cbepveulx de piastre:
Oyez les faits Maistre Pierre Faifeu.
Ce nom de Gargantua associé au roman de la Rose, à ceux de Robert le Diable et des Quatre fils Aymon, nous prouve évidemment qu'il existait une chronique dont Gargantua était le héros avant la première édition connue des Grandes Chroniques.
Faut-il admettre que ce Gargantua est celui qui nous est parvenu sous le nom de Grandes Chroniques ? Cela ne nous semble guère probable. Dans les vers qui précèdent il n'y a pas d'épithète oiseuse. La comédie où Pathelin figure peut, à toute force, s'appeler un cantique, parce qu'on y parle en
' En bas-normand, «niqueter>, prendre de petites choses, prendre peu, parce qu'on est difticilc sur le choix.— - lleposer.