‹ Rabelais et son uvre (volume 2)Chapitre 67 sur 147 · BOSSUET ET FÉNELON ÉDUCATEURS · texte numérisé non relu

BOSSUET ET FÉNELON ÉDUCATEURS

dite et son austérité. Voyez plutôt VHistoire universelle, la Politique tirée de l'Ecriture sainte^ la Connaissance de Dieu et de soi-même. Y a-t-il là un seul mot qui suppose un auditeur jeune et ignorant ? L'illustre écrivain descend-il quelque peu de ses hauteurs pour se mettre à la portée de son élève ? Jamais. Il s'impose, il faut qu'on le croie ; il faut qu'on apprenne sans comprendre au moment, sauf à comprendre plus tard. Son élève l'a cru sur parole , il ne s'est pas donné la peine de comprendre ce qu'on ne daignait pas lui expliquer : son intelligence est restée dans les langes et ne s'est jamais développée.

Fénelon, au contraire, commence par se mettre à la taille de son élève; il lui compose des fables pour l'amuser en l'instruisant, des fables nées pour la plupart d'une circonstance de la vie du jeune prince. Pour lui apprendre l'histoire, il ne commence pas par lui mettre entre les mains un livre aride et systématique ; il cause avec lui sur les grands hommes, et quelquefois, dans ses Dialogues des morts, par exemple, il le fait assister aux conversations qu'ils ont entre eux. L'esprit de l'enfant s'épanouit sous cette influence bienfaisante; dans cette atmosphère de patience et d'amour , le jeune prince grandit par l'intelligence ; il se transforme moralement, et s'il lui eût été donné de régner, il fût devenu un souverain remarquable, moins brillant peut-être, mais plus sensé que Louis XIV. Le dauphin sur le trône eût été inférieur à Louis XV.

Bossuet a mieux réussi que maître Jobelin. Fénelon n'a pas aussi bien réussi que Ponocrates, mais enfin les deux systèmes se sont trouvés en présence, ils

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ont été pratiqués par des hommes également éminents et ils ont produit en petit les résultats annoncés par l'auteur de Gargantua. Le bouffon chez Rabelais n'exclut pas le philosophe.

En voyant l'humiliation de son fils, Grandgousier se mit tellement en colère qu'il fut sur le point de tuer le «vieux tousseux de précepteur», et l'on eut grand peine à le modérer. Il ordonna à la fin qu'on lui payât ses gages, qu'on le fît «chopiner théologalement>, puis qu'on l'envoyât «à tous les diables».

Maître Jobelin congédié, il fut convenu que l'éducation de Gargantua serait confiée à Ponocrates et que les deux jeunes gens se rendraient à Paris avec leur précepteur pour connaître quelles étaient et comment se faisaient les études des jeunes Français à cette époque.

Ce voyage à Paris va devenir l'occasion de quelques-unes de ces scènes bouffonnes que Rabelais se plaît à mêler à ses pages les plus sérieuses. Celles qui suivent sont, pour la plupart, empruntées à la Chronique gargantuine, mais beaucoup plus développées.

Voici d'abord la fameuse jument. Dans la Chronique, elle est fabriquée par Merlin ; ici c'est un présent envoyé à Grandgousier par un roi de Numidie. Elle avait une queue si longue et si forte qu'elle s'en servait pour déraciner les arbres. A ceux qui seraient tentés de s'émerveiller de cette queue, Rabelais cite les moutons de Scythie, et ceux de Syrie, qui au rapport d'Hérodote, traînaient un petit chariot sur lequel leur queue était

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