‹ Rabelais et son uvre (volume 2)Chapitre 75 sur 147 · LE PLAN DE PONOCRATES · texte numérisé non relu

LE PLAN DE PONOCRATES

Ces jours-là, comme on avait dépensé moins d'activité physique, on mangeait plus sobrement au souper, et des viandes de plus tVcile digestion.

C'est ainsi que se passaient les journées de Gargantua. Ce régime sembla un peu difficile au commencement, nous dit l'auteur ; par la suite, il devint tant doux, léger et délectable que « mieux ressemblait un passe-temps de roy que l'estude d'un escolier. «

Toutefois Ponocrates, pour reposer son élève de cette véhémente tension d'esprit, ch*oisissait, une fois par mois, une journée belle et sereine ; on sortait dès le matin de la ville, et l'on se rendait à Gentilly, à Boulogne, à Montrouge, à Charenton, à Vanvres ou à St-Cloud, et là on passait la journée à s'amuser, « raillans, gaudissans, beuvans d'autant, jouans, chaatans, dansans, se roulans dans quelque pré, dénichans des passereaux, prenans des cailles, peschans aux grenouilles ou aux écrevisses. »

Mais encore que cette journée fût passée sans livres et lectures, elle n'était point passée sans profit. On se récitait par cœur quelques passages latins et grecs de Virgile et d'Hésiode, ou les vers plus modernes de Politien sur l'agriculture; on faisait des épigrammes latines qu'on mettait en français sous forme de rondeaux et de ballades ; on faisait de petites expériences de physique, etc., etc.

Le programme des études de Gargantua paraît fort chargé au premier abord, il l'est moins qu'il n'en a l'air. Remarquez qu'il n'y a par jour que huit heures d'études régulières. Il n'est pas d'établissement

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ni de pays qui n'en impose davantage. Dans les lycées de France, huit heures sont consacrées aux leçons et aux préparations; dans les gymnases allemands et russes, il y a cinq leçons consécutives, et c'est bien le moins de supposer trois meures de travail pour s'assimiler ces cinq leçons. Mais Rabelais trouve en outre le moyen de consacrer cinq heures au moins aux exercices physiques, tout en laissant quatre heures pour les repas et les récréations utiles. L'avantage de ce programme, c'est qu'il n'y a pas un moment de perdu, ' c'est que les dix-sept heures de vie journalière sont complètement mises à profit pour l'étude, pour les exercices physiques, pour les amusements, et qu'il n'y a pas de place pour l'oisiveté. Quand l'esprit est moins actif pour le travail intellectuel, c'est le corps qu'on exerce ; quand le corps en a assez, on revient à l'esprit ; les repas servent d'entr'actes entre les divers exercices, et, quand on est fatigué des uns et des autres, on dort. Toute cette via est arrangée et distribuée de la façon la plus rationnelle.

Mais pour que le temps puisse être utilisé de cette façon, il faut que l'étude soit agréable. Avec le système de Ponocrates, elle ne peut pas ne pas l'être. Si da.is les cas ordiiiaires, l'étude est pénible, c'est la faute de la méthode ou la faute du maître, — de la méthode qui feime les yeux pour ne pas voir les aptitudes et les tendances de l'enfance, du maître qui ne sait pas y adapter son enseignement, par manque de flexibilité d'esprit, ou le plus souvent parce (juil n'est pas assez pénétré de la science qn.'il enseigne.

En réduisant l'étude à huit heures par jour, Rabelais croyait probablement faire une notable con-

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