‹ Rabelais et son uvre (volume 2)Chapitre 80 sur 147 · LE BON KOI GRANDGOUSIER · texte numérisé non relu

LE BON KOI GRANDGOUSIER

bliothèque bleue, sur la première page duquel les quatre chevaliers sont représentés montés sur quatre chevaux semblables qui lèvent tous à la fois la même jambe.

Pendant que Picrochole ravageait ainsi son pays, que faisait Grandgousier ? Le brave roi jouait dans sa capitale le rôle du roi d'Yvetot.

Le soir, après souper, il se chauffe à, un beau, clair et grand feu , et tout en faisant griller des chastaignes, il écrit sur l'âtre avec un bâton brûlé d'un bout, dont on écharbotte [tisonne] le feu, taisant à sa femme et à sa famille des contes du temps jadis.

Le géant était devenu un bon vieux propriétaire campagnard d'Anjou ou de Normandie Mais c'est un homme de cœur et de jugement sous ses allures bonasses ; il l'a bien montré lorsqu'il a arraché son fils des mains des pédants, il va le montrer encore ; il va montrer surtout, par son horreur pour la guerre, comme il aime sincèrement ses sujets.

Un des bergiers qui gardaient les lignes, nommé Pillot, natif de Gravot — Rabelais sait toujours le nom et le lieu de naissance de ses personnages les moins importants — Pillot donc se transporta vers Gargantua en icelle heure et raconta entièrement les excès et pillages que faisait Picrochole, roi de Lerné, en ses terres et domaines, et comment il avait pillé, gasté [ravagé!, saccagé tout le pays, excepté le clos de Seuillé, que frère Jean des Entommeures avait sauvé à son honneur.

Grandgousier est bouleversé.

Holos liolos. qu'est cecy, bonnes gens ? Songé-je. ou si vray est ce qu'on me dit? Picrochole, mon amy ancien, de tout temps, de toute race et alliance, me vient assaillir ? Qui

le meut? qui le poinct? qui le conduict? qui l'a ainsi conseillé ? Ho, ho, ho, ho, ho, mon -Dieu, mon Sauveur, aidemoy, inspire-moy, conseille-moy à ce qu'est de faire. Je proteste, je jure devant toy, ainsi me sois-tu favorable, si jamais à luy desplaisir, ne à ses gens dommage, ne en ses terres je fis pillerie ; mais, bien au contraire, je l'ay secouru de gens, d'argent, de faveur et de conseil, en tous cas qu'ay peu congnoistre son avantage. Qu'il m'ait donc en ce point oultragé, ce ne peut estre que par l'esprit malin. Bon Dieu, tu congnois mon courage, car à toy rien ne peut estre celé. Si par cas il estoit devenu furieux, et que, pour luy rehabiliter son cerveau, tu me l'eusses icy envoyé, donne-moy et pouvoir et savoir le rendre au joug de ton saint vouloir par bonne discipline.

Ho, ho, ho. Mes bonnes gens, mes amis, et mes féaux serviteurs, fauldra-il que je vous empesche [donne l'embarras] à m'y aider? Las! ma vieillesse ne requéroit dorénavant que repos, et toute ma vie u'ay rien tant procuré [recherché] que paix. Mais il fault, je le voy bien, que maintenant de harnois je charge mes pauvres espaules lasses et foibles, et en ma main tremblante je prenne la lance et la masse pour secourir et garantir mes pauvres subjects. La raison le veult ainsi : car de leur labeur je suis entretenu, et de leur sueur je suis nourry, moy, mes enfans et ma famille. Ce non obstant, je n'entreprendray guerre que je n'aye essayé tous les ars [arts] et moyens de paix ; là je me resouls [c'est à cela que je m'arrête]

Quel bon petit roi c'était là,

ce Grandgousier ! Il n'invoque pas le droit divin des rois, il ne se préoccupe pas de l'offense faite à sa couronne, il ne saisit pas cette occasion d'acquérir de la gloire ni d'agrandir ses états aux dépens de Picrochole; ce qui le préoccupe, c'est le sort de ses sujets qui travaillent pour le nourrir et l'entretenir, et auxquels il doit par conséquent protection complète, sans quoi il n'aurait pas le droit d'être leur roi. Toute la doctrine du Contrat social est déjà là, à l'état latent.

URANDGOUSIER A SON FILS. 237

On convient d'envoyer à Picrochole un messager prudent pour s'informer des causes de la guerre; puis d'écrire à (jargautua pour le rappeler.

Le vieux Graudgousier prend la plume ; ce n'est plus ici l'intelligence enfantine du géant qui parle, c'est un père, c'est un roi sage et prudent qui a l'horreur de l'iniquité, et l'amour profond de ses sujets. Nous empruntons à Gérusez"^ l'analyse de sa lettre :

Je regrette vivement, dit-il à son fils, d'être obligé de t'arracher à tes études et à ton philoscphique repos ; mais j'ai besoin de toi; j'avais espéré couler doucement en paix mes dernières années, me confiant à nos anciens amis et confédérés. Ma fatale destinée a voulu que je sois inquiété par ceux sur lesquels je me reposois, viens donc au secours des personnes et des biens qui t'appartiennent par droit naturel. Car, de même que les armes sont débiles quand la sagesse ne les guide pas , de môme l'étude est vaine et la sagesse inutile si l'on n'en fait pas l'application, si l'on ne sait pas s'en servir au besoin.

Mon but, continue-t-il, est non de provoquer, mais d'apaiser, non d'assaillir, mais de me détendre, non de faire des conquêtes, mais de garder mes fidèles sujets et terres héréditaires.

Picrochole est entré hostilement dans mes domaines sans cause ni occasion. J'ai fait ce que j'ai pu pour modérer sa colère tyrannique et lui ai offert tout ce que je pensais propre à le satisfaire. Je lui ai envoyé plusieurs fois demander en quoi, par qui, comment il avoit été outragé; il ne m'a répondu qu'en me défiant et en me disant qu'il étoit h, sa convenance de s'établir en mes terres. J'ai reconnu alors que le Dieu étemel l'a abandonné à son franc arbitre et propre sens, — qui ne peut qu'être mauvais si la grâce divine ne lui vient continuel-

* Essais d'histoire littéraire, I.

238 GAKGANTrA. — II. LA GUEREF.

lement en aide, — et qu'il me l'a envoyé à fâclieuses enseignes, et m'a chargé de le contenir en son devoir et de le lui faire concaître.

Ainsi donc, mon fils bien aimé, le plus tôt que tu pourras, après avoir vu ces lettres, revi':>ns en diligence secourir — non pas tani moi (bien que lu piété filiale t'en fasse un devoir) que tes sujets et amis que par raison tu peux sauver et garder. La guerre sera faite avec la moindre effusion de sang possible. Nous tâcherons, par cautèles et ruses de gueiTe, de repousser notre ennemi en sauvant les hommes et en les renvoyant joyeux à leurs domiciles.

Très cher fils, la paix du Christ, notre rédempteur, soit avec toi, etc.

Tous les critiques et commentateurs se sont accordés à louer cette lettre. Dufresny, après l'avoir rapportée dans son Parallèle d'Homère et de Bahelais, demande si «en Técoutant on ne croirait pas entendre le sage Nestor dans le sublime Homère?» Eusèbe Sal verte y signale «de grands traits de noblesse, de force et de raison>. Ce qui y respire surtout, c'est l'amour paternel du roi pour ses sujets. Il y a dans l'histoire de France un roi qui eût pu penser et parler ainsi, c'est le plus vénéré de tous, St Louis. Cette lettre, dit M. Rathery, est digne d'être mise à côté des Exhortations que le saint roi mourant adressait à son fils.

Deux remarques encore. Les quelques lignes oii il est question de la grâce font allusion aux disputes qui avaient lieu alors de libero et de servo arhitrio entre les catholiques et les protestants. La grâce divine sans laquelle on ne peut faire que du mal, le mot de Christ employé sans article, rappellent les idées et la phraséologie de Calvin, avec lequel Rabelais rompra bientôt violemment, — Enfin le

GRAXDGOWSIEB A PICROCHOLE. 239

langage et le style de cette lettre aussi bien que celui de la harangue qui va suivre, sont imprégnés de latin et semblent un écho des phrases et même des expressions de Cicéron Rabelais, quoique parfaitement à son aise dans les deux styles, est plus original et plus foncièrement français dans le plaisant que dans le sérieux.

Après avoir expédié cette lettre à Gargantua par «le Basque son laquais», Grandgousier envoya à Picrochole. Ulrich Gallet, maître des requêtes. En route, Gallet demanda à un meunier oii en étaient les affaires du roi ennemi. Le meunier répondit que les gens du roi lui avaient tout pris, qu'ils ne lui avaient laissé ni coq ni poule , qu'ils s'étaient enfermés à La Roche Clermaud, château fort qui se trouve à une bonne lieue de Chinon, et il lui conseilla de ne pas aller plus loin le soir même.

Le lendemain, Gallet se transporta avec un trompette à la porte du château et demanda à parler au roi. Celui-ci refusa de le laisser entrer ; mais il vint se mettre sur le rempart en face de Gallet et lui demanda ce qu'il voulait.

La harangue de Gallet est très éloquente et digne de Cicéron ; nous l'abrégerons cependant , nos lecteurs connaissant déjà les faits qui y sont allégués.

Gallet fait ressortir d'abord la douleur qu'éprouve un cœur sincère et honnête en voyant ceux qu'il croyait et devait croire ses amis, se tourner brusquement contre lui, sans même lui en indiquer le motif.

Si jamais il y eut nne alliance qui semblait certaine

et inviolable, c'est celle qui existait entre les deux royaumes. Cette amitié et alliance a été si longue et si étroite que non seulement les peuples des deux nations, mais les Barbares, tels que Poitevins, Breton^^, Manceaux, ceux qui habitent les Canaries et la cité d'Isabella [fondée par Colomb en Amérique] pensaient qu'il eût été plus facile de démolir le firmament et d'élever les abîmes au-dessus des mers que de rompre cette alliance, dont la pensée les a souvent arrêtés dans leurs entreprises.

Et cependant cette alliance où tous les peuples désiraient être admis, cette alliance qui préservait non seulement vos sujets de toute attaque hostile, mais tous vos confédérés, voisins ou éloignés, vous venez de la rompre brusquement, foulant aux pieds le droit et la raison, et tout cela, sans provocation, insulte ni dommage de notre part. La foi, la loi, la raison, l'humanité, la crainte de Dieu, rien ne t'a retenu ; mais Dieu, qui est souverain et juste rétributeur de nos entreprises, ne le souflrira pas. Si tu penses autrement, tu te trompes, toutes choses viendront à son jugement. Toutes choses ont leur fin et période. Quand elles sont parvenues au point le plus élevé, elle sont ruinées par la base. C'est le sort de tous ceux qui dans leurs fortunes et prospérités n'écoutent pas la voix de la raison et de la modération...

Si nous avions nui à tes sujets ou à tes domaines, si nous avions favorisé tes ennemis, si nous avions refusé de t'aider, ou si même tu t'étais imaginé que quelque chose de semblable s'était passé, pourquoi ne pas te plaindre à nous et nous faire des représentations ? Nous t'aurions donné pleine et entière satisfaction. Tu as mieux aimé nous attaquer à l'improviste et sans déclaration de guerre. Mais as-tu espéré que tu ne trouverais pas de résistance? Crois-tu mon maître assez destitué de gens, d'argent, de conseil et d'art militaire, qu'il ne puisse résister à tes iniques attaques ?

"Voici nos propositions : Pars d'ici à, l'instant, tu as pour te retirer en tes terres la journée de demain ; tu paj'rras mille besans d'or pour le dommage que tu as fait, la moitié demain, l'autre moitié dans six mois, aux ides de mai; et tu nous laisseras en otage cinq des seigneurs qui t'entourent.

GBANDGOUSIKH KT IDOMKNKE.

Picrochole n'entreprit pas de lutter par l'éloquence avec '■• le bonhomme Gallet > ; il lui fit la réponse de Léooidas aux envoyés de Xercès : « Venez les prendre, venez les prendre (les otages). Ils vous attendent, ils vous broieront de la fouace. »

Disons en passant que les commentateurs se sont évertués à trouver dans ces mots une finesse qui n'y est pas. La fouace se fabrique avec de la pâte broyée. « Ils vous broieront de la fouace » signifie donc tout simplement : Ils vous en feront, des fouaces !

Le «bonhomme Gallet > de retour chezGrandgousier trouve le roi à genoux, tête nue et priant Dieu d'adoucir la colère de Picrochole et de lui faire comprendre la raison sans qu'on fût obligé de recourir à l'emploi de la force. — Quelles nouvelles m'apportez-vous ? lui demanda-t-il. — Il n'y a rien à faire. Cet homme est tout à fait hors de sens et délaissé de Dieu. — Mais pourquoi nous fait-il la guerre? — Il m'a jeté quelques mots de fouaces- Grandgousier prit des informations ; on lui raconta tout ce qui s'était passé. Bien que les torts fussent réciproques et que son conseil déclarât qu'il avait le droit pour lui, il voulut tenter un dernier effort pour éloigner de ses sujets le fléau de la guerre. On avait pris quatre ou cinq douzaines de fouaces, il en envoya cinq charretées à Picrochole. Il y joignit sept cent mille et trois philippes [monnaies de Philippe-le-Bon, de Bourgogne] pour Marquet, comme dédommagement des coups qu'il avait reçus; de plus il lui donna pour lui et

les siens la propriété de la métairie de la Pomardière et chargea Gallet d'escorter l'envoi.

Gallet, en chemin, fit cueillir à ses gens et attacher sur les charrettes des cannes et roseaux ; luimême en prit un à sa main « par ce donnant à connaître qu'ils ne demandaient que la paix et qu'ils venaient pour l'acheter. «

Une scène analogue, inspirée par les mêmes idées, se trouve dans Télémaque (Livre IX ou XI). Idoménée s'apprête à faire la guerre à divers peuples de la grande Grèce qu'il a irrités par ses façons hautaines... Mentor s'interpose, il lui fait expliquer la cause de la guerre, qui est presque aussi futile que celle des fouaciers de Lerné, et il lui persuade de renoncer à cette guerre et de faire lui-même les premières démarches en faveur de la paix. Idoménée y consent avec peine, mais Mentor s'élance dans la campagne, un rameau dolivier à la main, et adresse aux troupes irritées et impatientes d'en venir aux mains un discours éloquent:

Idoménée est prêt à périr ou à vaincre; triais il aitae mieux la paix que la victoire la plus éclatante. Il auroit honte de craindi-e d'être vaincu, mais il craint d'être injuste, et il n'a point de honte de vouloir réparer ses fautes. Les armes à la main, il vous otfre la paix: il ne veut point en imposer les conditions avec hauteur ; car il ne fait aucun cas d'une paix forcée. Il veut une paix dont tous les partis soient contents, qui finisse toutes les jalousies, qui apaise tous les ressentiments, et qui guérisse toutes les détiances. En un mot, Idoménée est dans les sentiments où je suis sur que vous voudriez qu'il fût. Il n'est question que de vous en persuader. La persuasion ne sera pas difficile, si vous voulez m'écouter avec un esprit dégagé et irauquille.

Mentor expose ensuite les conditions de la paix. 11 ajoute comme Gallet:

GEANDGOUSIER ET IDOMÉNKE. 243

Si VOUS refusez le paix et la justice qui viennent à vous, la paix f t la justice seront vengées. Je prends tous les Dieux du ciel et des enfers à témoin des justes propositions que je viens de vous faire.

En achevant ces mots, Mentor leva son bras pour montrer à tant de peuples le rameau d'olivier qui étoit dans sa main le signe pacifique.

Mentor étoit, au milieu de ces peuples furieux, comme Bacclius lorsqu'il étoit environné de tigres qui, oubliant leur cruauté, venoient, par la puissance de sa douce voix, lécher ses pieds et se soumettre par leurs caresses. D'abord il se fit un profond silence dans toute l'armée. Les chefs se regardoient les uns les autres, ne pouvant résister à cet homme, ni comprendre qui il étoit. Toutes les troupes, immobiles, avoient les yeux attachés sur lui. On n'osoit parler, de peur qu'il n'eût encore quelque chose à dire, et qu'on ne l'empêchât d'être entendu. Quoiqu'on ne trouvât rien à ajouter aux choses qu'il avoit dites, on auroit souhaité (lu'il eût parlé plus long-temps.

Si Gallet eût pu s'adresser aux troupes, si les troupes de Picrochole eussent pu entendre sa voix, peut-être eussent-elles crié comme les troupes alliées, dans Télémaque :

0 sage vieillard, vous nous désarmez ! La paix ! la paix !

Mais les troupes de Picrochole n'ét.aient pas comme celles des Grecs admises à la délibération. Composées pour la plupart d'aventuriers avides de pillage, elles étaient peu sensibles à la raison ou à l'éloquence. Quant au chef lui-même, il l'était encore beaucoup moins. Enivré de sa facile victoire sur des gens qui ne se défendaient pas, il n'accorda pas même audience aux envoyés de Grandgousier.

Eabelais et Fénelon professent les mêmes idées à l'endroit des conquêtes, ils ont la même horrour de la guerre, et cherchent tous deux à réagir contre des rois conquérants infatués de leur gloire ; ils se ren-

244 GAllaANÏLTA. - II. LA GUEKHE.

contrent un moment en chemin, mais il se séparent bientôt. Fénelon veut agir par l'insinuation et la persuasion, Rabelais procède par la raillerie et ie comique.

fliOU! /.' r-l. JY

Pierocholei,u non seulement refuse de recevoir les envoyés (iî nef veut pas même aller leur parler, et lejirv'dît |de:è|'()'n'tendre avec le capitaine Touquedillon, gui affjit#i^, §p ce moment une pièce d'artillerie suriilesiinjurailks.;

Gaïlet-vouM" aller jusqu'au bout. Il montra les proyisitjiis ' qùl'îl 'àj)|)ërtait et le contrat qui donnait à ^ j^àrqii^ti. jàf,' ja^ëtaîf i,e, de la Pomardière. ' Pour DieUj dit-il, iVjivon8i(dorénay/ant en paix. Quittez cette place sur laquelle vous n'avez aucun droit, retirezvous c|iez yQus,# ^9;y,on^ an^j? comme devant».

^'pHquediUp^! ^tr^-n^p^itule ..îpessage à Picrochole, mais Qp luliprésentant ,}es choses à sa manière :

Ces rustres ont belle peur, lui dit-il. Graudgousier trçmble^îfns ses .cl^ausses. Ce n'est pas sou affaire d'aller en ^gudrï'é, iîiaîs oui "bYén' dé vider des flacons. Pensait-il avoir affaii'ei àjnne dupe, del vous riepaistre de ses fouaces V Voilà, ^çp m^ yC'^5t que. 4'ayoi^ été ,tri}i> , , bon envers eux ! Oignez villaiiK il vous i pc)indra [piquera]; pqiguez villain, il vous oin4râ. '' ' , "■'

■■., Miji ' ' 1 y ; () 1I<)V .-■( i;\ >: • '.'.ni :.:i ).,

Picrocl?,olç, dont^ l^tèt,^ n est pja^ fortei[ fl^ manque pas d'abpnder dans]e;m]^ipie,sqns; <Ç^, ç^v Ç^ dit-il, ilS;9n^ur,9Pt.»j , ,.,^, ,, . ., ,,^ ,,, , ,;; .,.

Touquedillon lui rçj^pntrp ^Jo^fg q^^'^1^ ,3911^ a,ssez nijal ay^tailj^s, «Si;A<?us, spjïiînp^;a^i|égé^,u> ,sui^ feis q^e niqus, nous ^a^siops tou§ arraçl^pf le^'^ dent^, ejf,cep^é t^oi^.^' C^, s,^r^ bieç^ a^^^z, pp,u,i; .(fins^nime^i , ce^j [ qug .nous £^von^; (^^.nii^nitions ..deg^puli^fi»,— ii]?^ï"Pro[

LES CONQUÊTES DE nCROCnOLE. 245

choie s'impatiente de cette observation. Sommesnous pour manger ou pour batailler ? lui dit-il. — Pour batailler, sans doute, dit Touquedillon, mais de la panse vient la danse, et où faim règne force exule [s'en va]. — Pourquoi tant jaser V dit Picrochole, qui se décide tout à coup. Saisissez ce qu'ils ont amené.

L'ordre fut exécuté. On prit l'argent, les fouaces, les bœufs et les charrettes, et on renvoya les messagers de Grandgousier, sans leur dire autre chose que de se tenir à distance pour des raisons qu'on leur apprendrait plus tard.

Ce n'est plus ici de la farce, voilà de charmantes scènes de comédie. Les personnages sont supérieurement dessinés, par leurs propres paroles, et en peu de mots, à la façon des maîtres. La comédie continue, liabelais, nous fait assister à un conseil qui fut tenu en présence de Picrochole par trois chefs militaires, un duc, un comte et un capitaine.

Sire, lui dirent-ils, nous vous rendrons aujourd'hui le plus heureux, le phis chevaleureux prince qui fut onques depuis la mort d'Alexandre de Macédoine. — Couvrezvous, couvrez-vous, dit Picrochole.

A cette époque et beaucoup plus tard, on restait la tête couverte dans les appartements.

Grand merci, dirent-ils. Sire, nous sommes h notre devoir. Voici le moyen. Vous laissez ici quelque capitaine en garnison avec une petite bande de gens, podr garder la place, qui, du reste, nous semble asse^î forte, tant par nature que pour les remparts faits à votre invention.

On voit que les courtisans de Napoléon III, qui lui faisaient honneur d'une foule d'inventions aux-

quelles il était complètement étranger, avaient des prédécesseurs dans les conseillers de Picrochole.

Vous partagerez votre armée en deux , continue le couFeiller. Une partie se jettera sur Grandgousier et ses gens. Il sera battu au premier abord. Vous trouverez chez lui de l'argent à tas, car le vilain a de l'argent comptant. Nous l'appelons vilain parce qu'un noble prince n'a jamais un sou. Thésauriser est fait de vilain.

Tous les commentateurs voient ici une allusion à François 1", dont les prodigalités et le désordre financier sont passés en proverbe. Les courtisans taxaient au contraire Louis XII d'avarice, parce qu'il était ménager des deniers de l'état.

L'autre armée, continuent les conseillers, tirera du côté de l'Aunis, de la Saintonge, de l'Angoumois et de la Gascogne, sans oublier le Périgord, le Médoc et les Landes, et prendra sans résistance les villes, châteaux et forteresses. Vous prendrez tous les navires qui sont à Bayonne, à St-Jean de Luz et à Fontarabie ; vous côtoyerez la Galice et l'Espagne et pillerez tous les lieux maritimes iusqu'cà Lisbonne, où vous trouverez renfort de tout ce qui est nécessaire à un conquérant. Par la corbleu, l'Espagne se rendra, il n'y a là que des malotrus. Vous passerez par le détroit de Gibraltar et là vous érigerez deux colonnes plus magnitiques que celles d'Hercule, à perpétuelle mémoire de votre nom. Ce détroit prendra le nom de «mer l'icrocboline». La mer Picrocholine passée, voici Barberousse qui se rend votre esclave.

Picrochole qui voit déjà tous ses rêves réalisés, exprime une idée bienveillante pour le disciple de Mahomet.

Je le prendrai à mercy, dit-il. — Sans doute, dirent les conseillers pourvu qu'il se irmc baptiser. —

Vous prendrez par force les royaumes de Tunis, dHippone, d'Alger, de Bonc, de Cyrône et hardiment toute la

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