LES CONQUÊTES DE PICROCHOLE
Barbarie. En paspaut , vous retiendrez en votre main Majorque, Minorque, la Sardaigne, la Corse et les autres îles de la mer Ligurienne et Baléare. En suivant la côte à votre gauclie, vous prendrez la Gaule narbonnaise, la Provence , le pays des AUobroges [Nicei , p'ns Gênes, Florence, Lucques, et vous direz bonjour à Rome. La pauvre monsieur du pape meurt déjà de peur.
Voilà le verbe au présent ; nos personnages sont à Rome.
Par ma foi, dit Picrochole, je ne baiserai pas sa pan-
toutie. , T. -1, ,.
— L'Italie prise, voilà Naples, laCnlabre, la Pouille et la Sicile à sac, et Malte avec Je voudrais bien que les plaisants chevaliers Rhodiens vous résistassent!
On sait qu'après s'être appelés «chevaliers de St- Jean de Jérusalem, chevaliers hospitaliers*, les chevaliers rhodiens avaient été forcés de se retirer à Malte ; ils y re-^tèrent jusqu'à l'expédition du général Bonaparte en Egypte ; à cette époque il se réfugièrent en Russie, à St-Pétersbourg, où leur église existe encore.
— J'irais volontiers à Lorette en pèlerinage, dit Picrochole. — Non ! non , dirent les conseillers , ce sera au retour.
Picrochole approuve et les conseillers continuent:
— De là nous prendrons Candie, Chypre et Rhodes, et les îles Cyclndes; puis nous tomberons sur la Morée. Nous la tenons, Saint Treignan ! Dieu garde Jérusalem ! car le Soudan est hors d'état de résister à votre puissauce. — Je ferai donc rebâtir le temple de Salomon ? dit Picrochole. - Non pas encore; attendez un peu. Ne .soyez pas si prompt dans vos entreprises.
Cette observation des projétistes ne vient-elle pas bien à propos ?
— Savez-vôus ce qne disait Octavian Auguste, reprit un des conseillfrs : Festina lente ^ hâte-toi lentement. Il vous faut d'abord avoir l'Asie mineure, la Carie, la Lycie, la Pamphylie, la Cilicie, la Lydie, la Phrygie, la Mysie, la Bithynie , et autres lieux et provinces jusqu'cà l'Euphrate.
— Verrons- nous Babylone et le mont Sinaï? — Il n'est pas besoin à cette heure, dirent-ils. N'est-ce pas assez tracassé d'avoir traversé la mer Hyrcanienne [Caspiennel chevauché les deux Arménies et les trois Arables ? — Par ma foi, dit-il, nous sommes fous! — Pourquoi, dirent-ils.
— Que boirons-nous dans ces déserts ? Car Julien Auguste et toute son armée y moururent de =oif, à ce que l'on dit. — Nous avons déjà donné ordre à tout, direntils. Dans la mer de Syrie, vous avez neuf mille quatorze grands navires, chargés des meilleurs vins du monde; ils aborderont à Jaffa. Là nous avons trouvé . . .
Remarquez ces verbes au passé
deux cents vingt mille chameaux et seize cents éléphant^^ que vous avez pris à lâchasse aux environs de Sigeilmes,
Quelle est cette ville ? on l'ignore.
lorsque vous entrâtes en Lybie; vous avez aussi pris tome la caravane de la Mecque. Ne vous ont-ils pas fourni du vin à suffisance ? — Oui , dit Picrochole , mais nous ne bûmes pas frais.
Ce passé défini nous recule encore plus loin dans le passé.
— Par la vertu non pas d'un petit poisson ! dirent-il?, un preux, un conquérant , un prétendant à l'empire de l'univers ne peut pas avoir toujours ses a'ses. Dieu soit loué que vous soyez arrivés sains et saufs, vous et vos gens, jusqu'au fleuve du Tigre!
Picrochole sourit, mais il poursuit, l'œil allumé par tant de merveilles qui se déroulent sous ses yeux.
Mais, dit-il, que font pendant ce temps la partie de