‹ Rabelais et son uvre (volume 2)Chapitre 87 sur 147 · FKÈRK JEAN ET VOLTAIRE · texte numérisé non relu

FKÈRK JEAN ET VOLTAIRE

teur évangélique ou le pédagogue ; il ne porte pas les commodités et les choses nécessaires à la république comme le marchand. — Les moines prient Dieu pour nous, objecte Grauuguusier, toujours bienveillant. - Pas du tout , dit Gargantua, ils se bornent à molester le voisinage à, force de trinqueballer leurs cloches.

Rabelais prête à Gargantua, nous l'avons déjà vu, son antipathie contre les cloches.

— Oui, dit le moine, une messe, des matines, des vêpres bien sonnées sont à moitié dites. Ils marmottent quantité de légendes et de psaumes auxquels ils n'entendent rien. Ils enfilent les Pater noster et les Ave Maria suns y penser et sans y rien entendre. J'appelle cela se moquer de Dieu et non taire oraison. S'ils prient pour nous, Dieu me garde ! c'est qu'ils ont peur de perdre leurs miches et leurs soupes grasses.

Voltaire, dans le Pauvre Biàble^ a mis en vers le commencement de cette sortie contre les moines; il n'y a guère ajouté que la rime et la mesure :

< Nous faisons cas d'un cheval vigoureux, Qui, déployant quatre jarrets nerveux, Frappe la terre, et bondit sous son maître ; J'aime un gros bœuf, dont le pas lent et lourd, En sillonnant un arpent dans un jour.

Forme un guéret où mes épis vont naître. L'âne me plaît; son dos porte au marché Les fruits du champ (lue le rustre a bêché. Mais, pour le singe, animal inutile, Malin, gourmand, saltimbanque indocile, Qui gâte tout, et vit à nos dépens, On l'abandonne aux laquais fainéants.

Le fier guerrier, dans la Saxe, en Thuringe, C'est le cheval , un Péquet, un Pléneuf, Un trafiquant, un commis, est le bœuf.

Le peuple est l'âne, et le moiue est le singe.

II est singulier qu'aucun commentateur de Rabelais n'ait signalé cette imitation.

Tous les vrais chrétiens, continue frère Jean, dans toutes les conditions, dans tous les temps, prient Dieu, et le prient en esprit et en pensée ; c'est la vraie prière et Dieu l'accueille.

— Tel est notre bon frère Jean. Et chacun souhaite de l'avoir en sa compagnie. Il n'est point bigot, il n'est point sale en ses vêtements ; il est honnête, joyeux, délibéré, bon compagnon ; il travaille, lui ; il laboure, il défend les opprimés, il console les affligés, il vient au secours de ceux qui souffrent, il garde le clos de l'abbaye.

— Je fais bien davantage, dit le moine, car, tout en expédiant les matines et les anniversaires au chœur. je fais des cordes d'arbalètes, je polis des projectiles ; je fais des rets et des pièges à lapins ; jamais je ne suis oisif. Mais à boire, je vous prie !...•

— Pourquoi, dit Gargantua, frère Jean a-t-il un si beau nez? — Parce que Dieu l'a voulu ainsi, dit le bon Grandgousier. — C'est , dit Ponocrates , parce quïl arriva un des premiers à la foire des nez. Il prit un des plus beaux et des plus grands.

Gavarni, qui prisait fort Rabelais, s'est souvenu de ce passage :

Un personnage passe en se donnant de grands airs ; un gamin parisien le regarde :

Y a-t-i donc tant de quoi être comme ça faraud !... parce que le jour de la distribution des nez on s'aura levé à trois heures du matin !

Gavarni était un esprit de la même trempe que Rabelais, mais plus fin et saupoudré de Marivaux.

Après avoir longtemps causé sur ce ton, Graiulgousier et ses convives se dirent qu'il y avait une bataille à livrer le lendemain et qu'il fallait aller dormir. Gargantua n'avait pas sommeil et s'en désolait. — J'ai pour m'endorinir. dit le moine, un

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