‹ Rabelais et son uvreChapitre 115 sur 187 · LES AÏEUX DE FIGARO · texte numérisé non relu

LES AÏEUX DE FIGARO

reuses. Nous avons assez largement parlé des antécédents de ce personnage, dans notre première partie, pour n'avoir pas à y revenir ici. Nous avons indiqué aussi quelques-unes de ses incarnations. Gil Blas, par exemple, au XVIIe siècle; mais Gil Blas est un Panurge qui a vu la cour de Louis XIV; il a gagné en tenue, en honnêteté même, mais non pas en verve comique. Gil Blas est un Panurge bourgeois , bon enfant , médiocrement scrupuleux, mais sage et modéré , qui sait faire son chemin à travers le monde, devient secrétaire de deux ministres, et, après une vie passablement agitée, va abriter ses vieux jours dans un château dont il est le propriétaire. Le châtelain de Salmigondin a quelque peine à se reconnaître dans cet héritier.

Figaro a une fin à peu près semblable, et pourtant, s'il peut y avoir des doutes sur la filiation de Gil Blas, il ne peut y en avoir sur celle du joyeux barbier; il a même gardé quelque chose du langage de son aïeul, qu'il imite et qu'il cite au besoin.

Nous avons sous les yeux un spirituel volume de M. Marc-Monnier : les Aïeux de Figaro, dans lequel l'auteur passe en revue les différentes incarnations de son personnage à travers l'histoire. Il évoque les esclaves de la comédie grecque, les esclaves intrigants de la comédie latine ; il passe en revue les valets de la renaissance italienne et française; il fait comparaître devant nos yeux le gracioso espagnol — mais il laisse de côté le Falstaff anglais, cousin germain de notre Panurge, — et Panurge luimême. Il est vrai qu'il nous signale certain autre type qui, né dans la comédie française du XVe siè-

348 l'art chez rabelais. les types.

cle, fait son tour d'Europe et mérite bien d'obtenir une place à côté de Panurge, quoique le type soit loin d'être identique. Il s'agit du paysan madré. Un des premiers en date, c'est Thibault Aignelet de la farce de Patelin. Le berger Thibault a tout l'extérieur d'un paysan naïf et niais , mais il a remarqué que lorsqu'une de ses bêtes meurt de maladie, on le charge de l'enfouir sans lui en demander autrement compte ; depuis ce jour une épizootie pèse sur le bétail ; les brebis meurent les uoes après les autres, — avec l'aide du berger bien entendu. Son maître le cite devant le juge. Thibault va trouver un avocat, maître Pierre Patelin, un des plus retors de son temps; craignant que son client ne se compromette, Pierre lui conseille de répondre à toutes les questions qu'on pourra lui faire : bée bée, comme font ses moutons. Le moyen réussit, le berger prévaricateur est acquitté ; Patelin veut alors se faire payer. Mais le berger répond comme il a répondu au juge, et Patelin est réduit à se contenter de cette réponse. Le Panurge du Palais est dépassé en adresse par le paysan.

M. Marc-Monnier suit ce type dans le Mari retrouvé et dans le Galant jardinier de Dancourt. Il y a, dans cette dernière comédie, un jardinier Lucas des plus amusants. Il a reçu de l'argent pour ne pas dire où se cache un certain personnage ; puis il trouve un papier où l'on promet une somme double à celui qui découvrira le personnage caché. Lucas est pris alors de scrupules- Il faut pour les calmer qu'on égalise la récompense des deux parts, et qu'on lui donne pour se taire autant qu'on lui donnerait pour parler. La somme égalisée, ses scru-

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