‹ Rabelais et son uvreChapitre 118 sur 187 · FIGARO ET PANURGE · texte numérisé non relu

FIGARO ET PANURGE

que Beaumarchais lui fait retrouver après coup est passablement énigmatique ; elle n'a d'ailleurs exercé aucune influence sur son éducation ni sur ses premières années. Cette éducation, il ne la doit qu'à luimême, à sa fièvre de savoir et d'agir. Il nous raconte sa vie à deux reprises, dans le Barbier de Scvllle, puis dans le Mariage, d'assez bonne humeur dans la première pièce, et non sans aigreur dans la seconde. Il a été tour à tour apothicaire, auteur de madrigaux et autres petits vers, ce qui ne l'a pas empêché de faire des affaires et de tenter la fortune au théâtre. Sifflé sur la scène, il s'est jeté dans le journalisme ; le public Ta encouragé, mais il s'est brouillé avec la censure et avec ses confrères. «Fatigué d'écrire, abimé de dettes et léger d'argent, il s'est fait barbier. »

Accueilli dans une ville, emprisonné dans une autre et partout supérieur aux événements , loué par ceux-ci , blâmé par ceux-là, aidant au bon temps, supportant le mauvais, se moquant des sots, bravant les méchants, riant de la misère et faisant la barbe à tout le monde.

Il s'émancipe par ci par là à rencontre des puissances. 11 est «persuadé qu'un grand nous fait assez de bien quand il ne nous fait pas de mal,» et demande «si aux vertus qu'on exige d'un domestique on trouverait beaucoup de maîtres dignes d'être valets.»

Dans le fameux monologue du Mariage, Panurge- Figaro devient tout à fait amer et révolutionnaire :

Fils de ne je sais pas qui, volé par des bandits, élevé dans leurs maius, je m'en dégoûte et veux courir une carrière bon. nête ; et partout je suis repoussé ! J'apprends la chimie , la pharmacie, la chirurgie, et tout le crédit d'un grand seigneur peut à peine me mettre en main une lancette de vétérinaire. .... Je me jette à corps perdu au théâtre... Je broche une comédie

il 23

354 l'art chez kabelais. les types.

dans les mœurs du sérail... à l'instant un envoyé se plaint que

j'offense dans mes vers la Sublime Porte Il s'élève une

question sur la nature des richesses ; j'écris sur la valeur de l'argent et le produit net.... aussitôt je vois baisser pour moi le pont d'un château fort... Las de me nourrir, on me met un jour dans la rue... on me dit que, pourvu que je ne parle en mes écrits ni de l'autorité , ni du culte, ni de la morale, ni des gens en place, ni des corps en crédit, ni de l'opéra, ni des autres spectacles, ni de personne qui tienne à quelque chose, je puis tout imprimer librement, sous l'inspection de deux ou trois censeurs..- J'annonce un écrit périodique... on me supprime... On pense à moi pour une place, mais par malheur j'y étais propre ; il fallait un calculateur, ce fut un danseur qui l'obtint. Il ne me restait plus qu'à voler ; je me fait banquier de pharaon , alors je soupe en ville , et les personnes dites comme il faut m'ouvrent poliment leurs maisons, en retenant

pour elles les trois quarts du profit Mais comme chacun

pillait autour de moi en exigeant que je fusse honnête, il fallut bien périr encore

Il se représente ensuite comme

un jeune homme ardent au plaisir, ayant tous les goûts pour jouir, faisant tous les métiers pour vivre ; maître ici, valet là, selon qu'il plaît à la fortune ; ambitieux par vanité, laborieux par nécessité, mais paresseux... avec délices ! orateur selon le danger, poète par délassement ; musicien par occasion, amoureux par folles bouffées... [il] a tout vu, tout fait , tout usé.

Figaro se calomnie, il n'a jamais été paresseux, il a toujours été au contraire tourmenté du besoin d'agir, d'intriguer, de mener à la fois quatre intrigues bien compliquées, c'est lui qui nous le dit. Il vieillit cependant et lorsque, de longues années après, Beaumarchais le replaça sur la scène, dans la Mère coupable, tout cet enthousiasme s'était évanoui, il était devenu vertueux, quelque peu déclamateur et ne songeait plus qu'à démasquer un adversaire de son père Beaumarchais, Bergasse, à peine déguisé sous le nom de Bégears. — Un autre écrivain ce-

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