LE NEVEU DE BAMEAU
pendant, Népomucène Lemercier, ranime Figaro une fois encore, et, sous le nom de Pinto, lui donne à conduire une comédie où il s'agit de mettre sur le trône de Portugal l'indolent duc de Bragance , qui se borne à laisser faire son intelligent factotum. Nous laissons de côté les nombreuses imitations où l'on a tenté de faire revivre le joyeux barbier : les Deux Figaro, la Vieillesse de Figaro, Les premières Armes de Figaro un des heureux essais de V. Sardou, etc. Figaro vieilli s'est fait journal, mais il a changé de parti. Le diable devenu vieux s'était fait ermite, Figaro devenu vieux s'est fait Basile.
L'autre face de Panurge, Panurge insoucieux et débraillé, s'est incarné au XVIIIe siècle dans le Neveu de Hameau.
Un mot d'abord sur le livre. C'est un dialogue entre Diderot et un neveu du musicien Rameau, auteur d'un assez grand nombre d'opéras, célèbres en leur temps, Castor et Pollux, entre autres — et le premier qui ait trouvé le moyen d'expliquer les lois de la musique par celles de la résonnance d'un corps sonore. Diderot a-t-il rencontré réellement Rameau neveu au Palais-Royal ? a-t-il eu avec lui la conversation qu'il nous raconte ? ou bien, cette conversation a-t-elle été imaginée par l'auteur? Pour qui connaît le mode de composition de Diderot, les deux suppositions doivent être vraies. Le philosophe aura causé plusieurs fois avec Rameau neveu, mais quand il aura voulu reproduire ces conversations, il y aura ajouté beaucoup du sien, et transformé son personnage au point d'en faire un type.
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356 l'art chez rabelais. les types.
Mais pourquoi Diderot ne publia-t-il pas cette œuvre curieuse ? Pourquoi n'en trouve-t-on aucune mention dans ses papiers ? Par la raison toute simple que Diderot négligeait, oubliait volontiers ses écrits les plus importants et qu'un assez grand nombre n'ont été publiés qu'après sa mort, à mesure qu'on les a retrouvés. Un manuscrit du Neveu de Bameau, égaré en Allemagne tomba entre les mains de Gœthe, qui le traduisit et le publia en allemand en 1805 avec une préface très élogieuse. La préface fut traduite en français, mais l'ouvrage luimême ne fit son apparition dans sa langue originale que dans l'édition de 1822 des Œuvres de Diderot, 21e volume.
Eameau neveu, c'est Panurge transporté au XVIIP siècle, dans cette société mêlée de grands seigneurs d'actrices, et de gens de lettres, qui s'amusait et riait insoucieusement à la veille d'une révolution ; il n'a pas moins étudié que Panurge les livres et surtout les hommes. Il raconte à Diderot comment il enseignait la musique sans la savoir; comment il aurait pu, s'il l'eût voulu, détourner de la vertu quelque charmante jeune fille de la bourgeoisie ou du commerce en se faisant bien payer ; comment lui-même il avait une femme ravissante , qu'on ne lui eût certainement pas laissée si elle n'était pas morte ; comme quoi il compose des pièces de théâtre qui transportent les comédiens et le public ; il exécute par la pensée et la pantomime des sonates sur le violon et le clavecin, de manière à se faire applaudir à tout rompre. Enfin il sait tout, il est propre à tout et n'est rien ; — assis aujourd'hui à la table d'un grand seigneur , il dînera demain à la cuisine , heureux qu'on