LES COMPAGNONS DE PANTAGRUEL
il faut se garder, comme nous l'avons déjà dit, d'aller trop loin dans cette voie. Figaro parle très légèrement de ses parents , et Beaumarchais était un excellent père de famille; Diderot, tout enthousiaste, tout prodigue de son talent qu'il était, fut toujours étranger à la vie débraillée de Rameau neveu.
Il y a peu de chose à dire des personnages secondaires qui gravitent autour des trois rois, Grandgousier, Gargantua et Pantagruel. S'ils ne sont pas tout-à-fait aussi insignifiants que les compagnons d'Enée: le fidèle Achates, le fort Gyas, le fort Cloanthe, l'ardent Oronte, Sergeste, et autres, — leur rôle cependant est passablement effacé. Ponocrates est un sage instituteur, Carpalim un adroit gymnaste, Epistémon n'éveillerait aucun souvenir sans sa descente aux enfers, et ainsi des autres. Chacun d'eux a pourtant son caractère, et, dans le dialogue, on ne pourrait guère prêter à l'un ce que l'auteur met dans la bouche de l'autre; mais la différence est peu sensible. Au IVe livre, Rabelais profite d'un moment de navigation calme pour les différencier par leurs occupations. Comme nous avons négligé ce passage, nous le plaçons ici :
Pantagruel tenant un Hélioclore grec en main sus un transpontin [strapontin] au bout des escoutilles, sommeilloit. Epistémon reguardoit par son astrolabe en quelle élévation nous estoit le pôle. Frère Jean s'estoit en la cuisine transporté : et en l'ascendant des broches et horoscopes des fricassées, consideroit quelle heure lors pouvoit estre. Panurge avec la langue parmy un tuyau de pantagruélion Lchanvre] faisoit des bulles et gargoulles. Gymnaste appoinctait [appointissait] des