ÉNUMÉRATIONS ET LITANIES
objet en mauvais état , en tout 300 adjectifs ou déterminatifs. Le troisième liste est double et contient 208 épithètes, appliquées, souvent sans qu'on sache trop pourquoi, au fou Triboulct, 104 par Panurge et 104 par Pantagruel.
Les listes énumératives du livre IV ont un peu plus d'à-propos que celles du livre III, mais il n'y en a pas moins de cinq, et l'une* d'elles occupe trois chapitres.
C'est celle où Rabelais s'amuse à faire l'anatomie de Quaresme-prenant par comparaison :
Il avait les muscles comme un soufflet, la moelle comme un bissac, etc.
Et ainsi de suite: En tout 61 comparaisons pour les parties intérieures, et 51 pour les qualités intellectuelles :
Il avait l'imagination comme un carillonnement de cloches, les pensées comme un vol d'estourneaulx, l'entendement comme un bréviaire déchiré, etc.
Les parties externes du monstre sont représentées par 64 comparaisons :
Il avait la bouche comme une lanterne , le menton comme un potiron, les oreilles comme deux mitaines, etc.
Viennent ensuite 36 comparaisons pour les divers actes de sa vie :
S'il pleurait, c'étaient canards à la dodine [avec une
sauce à l'oignon] ; s'il éternuait , c'était barils pleins de
moutarde ; s'il soupirait , c'était langues de bœuf fumées, etc.
Nous trouvons ensuite la liste, disposée en deux colonnes, des cuisiniers qui entrèrent dans la Truie imitée du cheval de Troie, sous les ordres de frère n 25*
Jean, pour se battre contre les Andouilles farfelues, 154 noms.
Puis deux listes symétriques, Pane, des 13S mets offerts à Manduce les jours gras, et l'autre, des 132 mets qu'on lui offre les jours maigres.
La dernière, celle des serpents et animaux venimeux, se compose de 98 noms.
Dans le style suivi , Rabelais procède de même par accumulation , entassement de mots ; il semble qu'il n'en a jamais assez dit pour donner plus de couleur et plus de force à sa phrase.
Non seulement il accole deux substantifs ou deux adjectifs, comme c'était la mode de son temps et comme on le fait encore en style judiciaire , mais il se plaît à mettre en tas les substantifs et les infinitifs.
Toute leur vie estoit employée non par lois, statuts ou règles, mais selon leur vouloir et franc arbitre (1,57).
En leurs repas disputent de la bonté, excellence, salubrité, rarité des vents,.. (IV, 43).
Une seule cause les avoit en mer mis, sçavoir est, studieux désir de voir, apprendre, cognoistre, visiter l'oracle de Bacbuc (IV, 35).
Voulez-vous trouver en temps de paix un homme apte et suffisant à bien gouverner Testât d'une république , d'un royaume, d'un empire, d'une monarchie, entretenir l'église, le sénat, la noblesse et le peuple en richesse, amitié, concorde, obéissance, vertus, honnestété ? Prenez-moi un décrétaliste (IV, 53).
Parfois c'est le même substantif qu'il répète en y ajoutant des attributs:
Seule Minerve fut de retenue, pour fouldroyer avec Jupiter, comme déesse des lettres et de guerre , de conseil et exécu-