COMPARAISONS
ventre devenoit bossu comme une grosse tonne ; desquels est escrit : Vent rem omnipotentem : lesquels furent tous gens de bien et bons raillards. Et de ceste race nasquit Saint-Pansard et Mardygras, etc., etc. (II, 1).
Rabelais procède souvent par comparaisons. En est-il une plus gracieuse et plus artistement présentée que celle ci ?
Voyez comment la lune ne prend lumière ne de Mercure' ne de Jupiter, ne de Mars, ne d'autre planète ou estoille qui soit on ciel Elle n'en reçoit que du soleil son mary, et de luy n'en reçoit point plus qu'il luy en donne par son infusion et aspectz. Ainsi serez^vous à vostre femme en patron et exemplaire de vertus et bonnesteté (III, 30).
La comparaison suivante est plus développée et n'en est pas moins gracieuse :
Vous l'entendez par exemple vulgaire, quand vous voyez, lorsque les enfans bien nettis [nettoyés], bien repuz et alaictés, dorment profondément, les nourrices s'en aller esbattre en liberté, comme pour icelle beure licentiées à faire ce que voudront, car leur présence autour du bers [berceau] sembleroit inutile. En ceste façon, nostre ame, lorsque le corps dort, et que la concoction est de tous endroits parachevée, rien plus n'y estant nécessaire jusques au réveil, s'esbat et revoit sa patrie, qui est le ciel. De là, reçoit participation insigne de sa prime et divine origine ; et , en contemplation de ceste infinie et intellectuelle sphère, le centre de laquelle est en chascun lieu de l'univers, la circonférence point (c'est Dieu, selon la doctrine de Hermès Trismegistus), à laquelle rien n'advient, rien ne passe, rien ne déchet, tous temps sont presens, note non seulement les choses passées en mouvemens inférieurs, mais aussi les futures : et, les rapportant à son corps, et par les sens et organes d'iceluy les exposans aux amis, est dite vaticinatrice et prophète (III, 13).
Il aime à disposer symétriquement sa phrase en antithèse ou en dilemme :
Si on l'interrogeait des cas presens ou passés , il en respondoist pertinemment, jusques à tirer les auditeurs en admiration. Si des choses futures, toujours mentoit, jamais n'en disoit la vérité (IV, 58).
Voici UDe émunération dont toutes les parties sont symétriques et qui se termine par une comparaison :
On pourra prendre les lions par les jubés [crinières] , les chevaulx par les crains, les bufes [bufies] par le museau ; les bœufs par les cornes ; les loups par la queue ; les chèvres par la barbe ; les oiseaux par les pieds ; mais jà ne seront tels philosophes par leurs paroles pris (III, 36).
La comparaison suivante se développe par opposition :
Comme la torche ou la chandelle, tout le temps qu'elle est vivante et ardente, luist es assistans, esclaire tout autour, délecte un chascun et à chascun expose son service et sa clarté, ne fait mal ne déplaisir à personne : sus l'instant qu'elle est extaincte, par sa fumée et évaporation, elle infectionne l'air, elle nuist es assistans et à un chascun desplaist (IV, £6).
Rabelais affectionne aussi les phrases qui reviennent sur elles-mêmes :
C'estoit à vous à qui Paris devoit adjuger la pomme d'or, non à Venus, non, ny à Juno, ny à Minerve : car oncques n'y eut tant de magnificence en Juno, tant de prudence en Minerve, tant d'élégance en Venus, comme il y a en vous (II, 21).
De méchantes gens jamais je ne prends rien. Rien jamais des gens de bien je ne refuse (III, 34).
C'est à Rabelais probablement que Molière a emprunté, en renversant les termes, cette fameuse phrase qu'Harpagon veut faire inscrire sur la porte de sa salle à manger. Les moines , nous dit Rabelais,