AVEC CALVIN
alinéas solides et d'une seule pièce , construits non à l'aide des mots, mais par la force du raisonnement. Entre le style de Calvin et celui de Rabelais , il y a toute une révolution. De la Renaissance joyeuse, ivre d'elle-même, et souriant à la vie, nous avons passé à la Réforme, grave, sombre, et voyant partout les effets de la colère divine.
Le passage suivant a pour but de prouver l'existence de Dieu :
Veu que Dieu a voulu que la fin principale de la vie bienheureuse fust située en la cognoissance de son nom : afin qu'il ne semble point qu'il veuille forclorre à aucuns l'entrée en félicité, il se manifeste à tous clairement. Car comme ainsi soit que de nature il soit incompréhensible et caché à l'intelligence humaine : il a engravé en chascune de ses œuvres certains signes de sa majesté : par lesquelz il se donne à cognoistre à nous selon notre petite capacité. Je dy signes si evidens et si notoires que toute excuse d'ignorance est ostee aux plus aveugles et aux plus rudes du monde. Par quoy combien que son essence nous soit occulte : neantmoins ses vertuz, lesquelles apparaissent as9iduellement devant nos yeulx, le desmontrent tel , qu'il nous est expédient de le cognoistre pour nostre salut. Premièrement de quelque costé qu'on tourne les yeulx, il n'y a nulle si petite portion du monde, en laquelle ne reluyse pour le moins quelque estincelle de sa gloire. Singulièrement on ne peut d'un regard contempler ce beau chef d'œuvre du monde universel en sa longueur et largeur qu'on ne soit , par manière de dire , tout esblouy d'abondance infinie de lumière.
Qui croirait que V Institution chrétienne d'où ces lignes sont tirées, a été publiés en 1558, un an avant le passage d'Amyot que nous venons de citer, quelques années seulement après le quatrième livre de Pantagruel1?
Rabelais, comme on le voit, a un style bien à lui.
On a beaucoup discuté sur l'orthographe à employer dans la reproduction de ses œuvres. Chaque éditeur a son système. Avant de pouvoir émettre un jugement sur ce sujet, il y a une question préliminaire à débattre, c'est celle de la prononciation.
Il y a, comme le fait remarquer M. Brachet, deux systèmes d'orthographe, celui qui peint la prononciation et celui qui rappelle l'étymologie. Aux douzième et treizième siècles, on ne songea qu'à la prononciation et l'on écrivit comme on parlait. Aux quinzième et seizième siècles, on voulut indiquer les lettres étymologiques et on le fit souvent à tort et à travers, comme nous avons déjà eu occasion de le faire remarquer.
Nous sommes donc en présence d'un système mixte, maintenu encore aujourd'hui. Certains mots , s'écrivent comme on les prononce et, dans d'autres, il y a des lettres parasites ou dormantes.
Les lettres parasites ajoutées au quinzième et surtout au seizième siècle pour rappeler l'origine du mot, se prononçaient-elles? — Non, tout le monde est d'accord là-dessus.
Mais, à l'époque antérieure, losqu'on écrivait uniquement pour peindre le son, y avait-il des lettres parasites, des lettres non prononcées ?
C'est ici que commencent les divergences entre les écrivains. Nous ne pouvons discuter ici les systèmes, et pour ne pas trop nous écarter de notre sujet, nous nous bornerons à émettre notre opinion en la motivant sommairement, sauf à l'établir plus complètement dans un autre ouvrage.