‹ Rabelais et son uvreChapitre 143 sur 187 · AU XVI" SIÈCLE · texte numérisé non relu

AU XVI" SIÈCLE

On s'habitue depuis trois quarts de siècle à prononcer toutes les lettres écrites, mais il était loin d'en ptre ainsi au siècle dernier. Cuax à qui il est arrivé de causer avec des personnes parvenues à lTige d'homme avant 1789 ont pu s'assurer du fait.

Citons quelques exemples au hasard : neufs (nouveaux) se prononçait neus, des souliers neus ; exposer, esposer; chasseur, chasseux ; le roi se prononçait le roué en une syllabe ; royal, ro-ial ; on disait il aime, et îs (ils) aiment, etc.

A défaut de témoignages vivants de cette prononciation, on peut consulter, soit les Grammaires et autres livres qui l'indiquent, soit les poètes qui font rimer entre eux des mots qui ne riment plus pour nous.

Ainsi Quicherat dans son Traité de la versification française., nous montre qu'autrefois — antérieurement au dix-septième siècle, il est vrai — serfs rimait avec revers ; Juifs avec je fuis et avec ennuis ; je vis avec vifs ; neufs avec cheveux ; Egypte eweepetite, David avec fini ; les coqs avec les échos, etc.

Dans un sonnet de Joachim du Bellay publié en 1558, nous trouvons les mots suivants placés à la rime ; Grecs, regrets, sacrez, secrets, qui nous montrent à la fois le c muet dans grec, et l'è grave ne différant pas de Yé aigu.

Nous n'avons plus qu'un petit nombre de consonnes à peu près constamment muettes à la fin des mots : s, t, x, s : je crois, il croi£, la crois;, le ne-?.

D'autres se prononcent ou ne se prononcent pas suivant l'occasion : le troc et l'estomac ; Davir? et le nid, la cle/ et la nef; le gvog et le rah# ; subtil et le cheni? ; le cap et le champ ; le fer et le berger.

La règle générale est aujourd'hui de prononcer la n 28

finale ; on dit envers-z-elle et non enver elle ; le respec et non le respè; seulement, ce qui est aujourd'hui la règle, était autrefois l'exception.

Mais à l'époque même où l'on ne reconnaissait de règles d'orthographe que la prononciation, pourquoi écrivait-on ces consonnes, qui devaient rester muettes ? C'est qu'elles n'étaient pas muettes complètement, elles étaient seulement dormantes, elles reparaissaient dans les dérivés ; on les prononçait même quelquefois, lorsque le mot suivant commençait par une voyelle, par exemple on prononçait : cheva, ma, ruissè, marte, etc. ; mais on disait : un cheva? entier ; le ma? aux yeux, le misse? au moulin, avoir marte? en tête, etc.

Aujourd'hui l final se prononce , quelques mots en il font presque seuls exception: cheni?, feni?, fusi?, outïl, etc. ; r final se prononce, excepté dans les mots en cher, ger, lier, 1er, yer et les infinitifs de la première conjugaison. Autrefois ces lettres ne se prononçaient presque jamais.

Nombre d'auteurs, — M. Brachet entre autres, — nous disent que r final sonnait au seizième siècle et au commencement du dix-septième dans les verbes de la première conjugaison en er, comme dans ceux de la seconde en ir. C'est une erreur. LV ne se prononçait alors ni dans les verbes de la première ni dans ceux de la seconde conjugaison.

On allègue les rimes hiver, mer, air, dair, qu'on voit figurer dans les vers suivants:

Les oiseaux estourdis les entendant hurler

Quittèrent aussi tost les campagnes de l'air. Béllem.

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