‹ Rabelais et son uvreChapitre 144 sur 187 · FINALES EN «L>. EN «ER» ET EN «IR · texte numérisé non relu

FINALES EN «L>. EN «ER» ET EN «IR

Que dans ]'air les oyseaux, les poissons dans la nier Se plaignent doucement du mal qui vient d'aimer.

Régnier.

On cite des exemples du dix-septième siècle, de Molière qui fait rimer arracher avec chair, de Racine qui fait rimer marcher avec cher. On aurait pu ajouter à ces rimes les vers connus de Corneille:

Ah, ruses de V enfer !

Faut-il 'tant de fois vaincre avant de triompher ?

Corneille abonde en rimes de ce genre, qu'au siècle suivant on appelait rimes normandes.

Il est évident que ces rimes ne sont légitimes que si er, d'arracher, et air, de chair, ont le même son ; mais il s'agit de savoir quel était ce son, si l'on prononçait arrachazV avec r sonore et è ouvert, ou ché avec r muet et é fermé.

Nous avons sur la prononciation de Paris au XVIe siècle un assez curieux document. Ce sont deux épîtres entre un jeune bourgeois qui veut parler le langage de la cour et une jeune marchande dont il est épris. Les deux correspondants écrivent comme ils prononcent ; ils remplacent IV par z , etc. On lit dans cette correspondance :

f Je] vou Fay bien voulu ecrize Afin de pallé de plu loing.

Pensé que j'avoy bien beroing.

De deveni si amouzeu.

'Pallé remplace ici l'infinitif parler ; deveni remplace devenir; donc IV ne sonnait pas à cette époque dans les infinitifs « en langage courtisan». Ces épîtres sont imprimées dans les œuvres de Marot, mais on prétend qu'elles ne sont pas de lui.

Cette prononciation s'est conservée pendant une ii 28*

436 LA PitONOftCIATION ET h ORTHOSRAPHK.

partie du XVIIe et même du XVIIIe siècle. Les témoignages abondent et il a fallu une grande prévention pour ne pas les voir. Que l'on ouvre par exemple les Bemarques de Vaugelas, un livre classique en fait de grammaire et de langue, on trouvera, à l'article H aspirée ou consonne, (t. I, p. 197, éd. de 169.0) que r ne se prononce point aux infinitifs, et que aller, courir se prononcent comme si Ton écrivait allé, court. Thomas Corneille cite à ce propos Chapelain, qui est de l'avis de Vaugelas pour les deux premières conjugaisons, mais qui déclare que IV doit se prononcer dans les verbes en oir : recevoir et non recevoi Ménage , dans ses Observations sur la langue française, chap. CXI, dit exactement la même chose. Régnier Desmarais aussi, dans son Traité de la Grammaire française, 1707. On voit que non seulement attacher ne se prononçait par attachaire, mais que mourir se prononçait mouri. Dans Y Art de bien parler français , œuvre d'un réfugié, De la Touche, qui écrivait pour les étrangers, on trouve :

La consonne r se prononce à la fin des mots excepté 1°) à l'infinitif de la première et de la seconde conjugaison. Exemples : parler, finir ; parlé, fini, etc. *

A défaut de ces autorités nous aurions pu invoquer les chants populaires. La Chanson de Malbroug, quelle qu'en soit l'origine , reproduit fidèlement le rhythme et la disposition de nos vieilles chansons de geste en alexandrins à tirades monorimes. Les rimes ne sont pas riches dans ces compositions, mais elles sont assonantes et indiquent la

» Edition de 1710, p. 27. La première édition de ce livre est de 1696, la sixième de 1700.

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