FINALES EX <L», EN «ER» ET EN «IK
prononciation de là voyelle. Or nous y voyons partout les infinitifs en er rimant avec d'autres mots en é fermé.
Madame à sa tour monte si haut qu'ell' put monter; EH' voit venir son page tout de noir habillé.
— Beau page, mon beau page, quel nouvel apportez ?
— Aux nouvels que j'apporte vos beaux yeux vont pleurer. Monsieur Malbroug est mort, est mort et enterré, etc.
Même remarque pour la chanson qui se trouve dans le Misanthrope, et qui remonte au moins à Henri IV :
Si le roi n'avait donné
Paris sa grand ville, Et qu'il me voulût ôte?-
L'amour de ma mie, etc.
Pour les infinitifs de la seconde conjugaison nous pouvons invoquer une chanson populaire non moins connue, et qui date au moins du XVIe siècle :
Il monta sur un arbre Pour voir son chien courir,
Carabt".
Mais v'ia qu' la branche casse Et Guilleri tomb «'£....
Compère Guilleri, Te lairras-tu mourir ?
Il ne saurait donc pas y avoir de doute pour les infinitifs en er et en ir. Reste maintenant à prouver que chair \ se prononçait ché, enfer, enfé, Jupiter , Jupité. Nous pourrions citer également en preuve des chansons populaires, mais nous avons un texte irrécusable. Dans la Nouvelle Méthode pour apprendre la langue latine, de Port-Royal, aux Règles de la poésie française qui y sont annexées, art. III
438 LA PRONO5CIA-TÏ0K ET L'ORTHOGRAPHE.
(p. 884 de l'édition de 165*), Lancelot après avoir cité ces deux vers de Ronsard :
Sers-moy de phare et garde d'abismer Ma nef qui flotte en si profonde mer.
dit que cette rime doit être réprouvée, aussi bien que celle de philosopher avec enfer dont Malherbe s'est rendu coupable , et d'autres rimes semblables qui se trouvent souvent chez des poètes anciens et nouveaux. Il ajoute :
Et il faut croire que ce qui a introduit ce mauvais usage n'a esté que la mauvaise prononciation de quelques provinces de France, principalement vers la Loire et dans le Yendosmois, d'où estoit Ronsard, et dans la Normandie d'où estoit Malherbe, où l'on prononce mer, enfer, Jupiter avec un c fermé comme aimer, triompher, assister.
Ainsi dans les provinces du nord-ouest , dans le pays de Rabelais , de Gringoire , de Marot , (né à Caen), de Belleau, de Baïf, de Ronsard, de J. du Bellay, de Régnier, de Vauquelin, de Malherbe, de Corneille, on prononçait mé, enfé, Jupitê, et cette prononciation s'est maintenue jusqu'à présent dans ces pays. Il en résulte que, dans ce qu'on a appelé les rimes normandes de Corneille , ce n'était pas l'infinitif qu'on prononçait autrement qu'à présent, c'était le mot rimant avec l'infinitif , et Polyeucte dans les deux vers cités plus haut ne prononçait pas enfère et triomphere , mais il prononçait ces mots comme les prononcent encore les villageois du pays de Corneille :
Ah ruses de l'enfé !
Faut-il tant de fois vaincre avant de triomphé v
Comme l'erreur que nous attaquons ici est gêné-