SONS QUI DISPARAISSENT
ralement répandue, on nous excusera sans doute d'avoir iusisté.
Revenons à Rabelais, dont cette diseussion nous a quelque peu écartés.
XXXYII.
Nous n'avons pas fini sur la prononciation du XVIe siècle et par conséquent sur l'orthographe qu'il faut adopter quand on réimprime Rabelais.
Nous avons montré que la prononciation moderne tend à mettre au jour, à faire entendre des lettres qu'on laissait dormir aux siècles précédents. Mais la langue a-t-elle gagné des sons? Loin de là, elle en a laissé perdre.
Depuis un siècle, un son a disparu, un autre est en train de disparaître.
Vh aspiré se prononçait au XVIIe siècle, toutes les Grammaires en font foi. Ceux d'entre nous qui sont avancés en âge ont entendu leurs grand'pères ou leurs grand'mères le prononcer. Aujourd'hui les Grammaires sont unanimes à attester que cette lettre ne se prononce plus.
L'autre son lutte encore, c'est celui de II mouillé. Le français a ce son en commun avec toutes les langues romanes, comme il avait le son de Yh aspiré en commun avec les langues germaniques. L'italien écrit notre II mouillé gl, l'espagnol IL sans i avant, et le portugais Ih. Ce son tend à s'effacer chez nous. Littré lutte pour lui dans son Dictionnaire, mais le Parisien rési-te. A Paris, il n'y a que ceux qui sont venus du dehors qui sachent prononcer: le Havre, paille, merveille. Le Parisien prononce invariablement le Avre, paye, meruéye. ii 28 :f»
440 LA PRONONCIATION ET i/OKTHOGRAPHE.
C'est dans la classe des diphthongues surtout que le français moderne a fait des pertes. On affirme par exemple que, dès le XVIe siècle, ue se prononçait eu, que au se prononçait o- On se fonde sur ce que les syllabes ainsi écrites ne comptent que pour une dans les vers. La raison n'est pas recevable. Voix ne compte en vers que pour une syllabe; on n'y entend pas moins distinctement deux voyelles oa, — ouè autrefois; pied, lieu ne forment non plus qu'une syllabe, et il n'y en a pas moins une diphthongue. Le mot eau, dans divers écrits du moyen âge, se présente sous cette forme iawe, et forme quelquefois deux, mais aussi très souvent une seule syllabe. Le prononçait-on comme aujourd'hui? Evidemment non.
Au lieu de tout rapporter à notre prononciation actuelle, comme ces historiens qui transportaient les allures de la cour de Louis XIV chez Clovis ou chez Dagobert, cherchons à reconnaître ce qu'a pu être la prononciation à d'autres époques. Les différences d'accent qui existent aujourd'hui encore entre deux villages limitrophes doivent nous tenir en garde contre toute assimilation prématurée.
Mais quel témoignage invoquerons-nous? Il en est de deux sortes-, les uns morts, les autres vivants. Les morts, ce sont les écrits, surtout ceux qui ont été confiés au papier à une époque où la préoccupation de l'étymologie ne s'était pas encore emparée des esprits. Les vivants, ce sont les paysans, surtout ceux qui sont isolés des grands centres, et qui ont conservé, sinon la langue d'autre-