BONS QUI DISPARAISSENT
tes les autres langues romanes et dans les langues germaniques, mais en une seule syllabe. Ce n'est que peu à peu et presque de nos jours, que ce son est devenu uniformément o.
De même, dans les mots où Ton trouve e devant une autre voyelle : eage, Jean, veoir, cet e n'était pas muet du tout; il formait une sorte d'appoggiature. Dans neige, on entendait également IV, mais on appuyait sur Vé ; c'était le contraire dans : je veis, ou l'on appuyait sur Vi à cause de Vs qui le rendait long. Dans le mot eau, on entendait une triphthoDgue : é-a-ou.
Ay se prononçait ê au futur ; mais au passé défini, il y avait diphthongue et l'on appuyait sur l'y/, si bien que dans la prononciation le son de Va s'eflaçait, et l'on avait pour la première conjugaison un passé défini en i ; j'aimai' (amavi), il ama-ït, nous aima-ïines , vous aima-ïtes , etc. Voyez plutôt les grammairiens du XVIe siècle.
C'est cette forme que nous avons trouvée dans la chanson de Guilleri ; nous la trouvons aussi dans les épîtres attribuées à Marot, dont nous avons parlé plus haut :
A propo vous souvienty point
Du jour de la sin Nieoula
Que j'etieu tous deu si tresla
D'avoir daucé ? Vou conimensife,
Aussi trèsbien vou racheviYe ;
C'est au jardin mon peze entry
D'avantuze me rencontry
Auprès de vou '.
A propos vous souvient-il point du jour de la saint
1 Edition de 1702, I, p. 212 et suiv. Dans l'édition d'Auguis, ces deux épîtres, qui se trouvent tome II, p. 265 et suivantes, sont indiquées comme n'étant pas de Marot.
Nicolas, que nous étions tous deux si las d'avoir dansé V Vous commencîtes , aussi très bien vous achevîtes. C'est au jardin, mon père entry [entra], d'aventure me rencontry [rencontra] auprès de vous.
'Eu se prononçait comme il est écrit: J'ai sceu, j'ai veu , bewverie , etc., c'est encore la prononciation ordinaire dans divers patois ; mais on prononce aussi: j'ai su, j'ai vu, dans les mêmes pays. Les deux prononciations paraissent avoir coexisté de même au XVIe siècle , puisque nous trouvons dans Vauquelin de la Fresnaye, un poète normand, ces deux. vers qui ne peuvent laisser de doute:
— A quelle fin es-tu de ces ailes pourveue ?
— J'apprends, l'homme a voler au-dessus de la nue.
Tandis que nous trouvons clans Th. de Beze :
L'un avec sa couleur bleue Nous veult esblouyr la veue.
Les finales en rier et lier, lorsque cette terminaison est précédée d'une consonne, comme ouvrier, templier ne formaient qu'une seule syllabe au XVIe siècle et jusqu'au milieu du XVIIe, témoin ce vers de Rémi Belleau :
L'un portait en sa main. . . .
La hure d'un sanglier aux défenses meurtrières.
Corneille et La Fontaine ont nombre de vers semblables , et cette prononciation s'est conservée en Basse-Normandie; seulement Ye n'est pas tout à fait fermé et penche un peu vers Yi : sangliév, meurtrier , en prononçant, bien entendu, iéi en une seule syllabe. L'é aigu serait ici difficile à prononcer.