ÉCRITS L»U MOYEN AGE
crire l'histoire, il donne d'excellents conseils, mais lors-même qu'il n'eût été qu'un railleur, on ne peut disconvenir qu'il n'ait rendu un grand service à la civilisation en déblayant le terrain pour faire place à la vérité. Lucien a longtemps passé pour un ennemi du christianisme , on peut lui reprocher tout au plus de l'avoir ignoré de parti pris. Cependant la prédilection de Rabelais pour Lucien devint un motif d'accusation contre l'auteur de Pantagruel. On l'accusa de «lucianiser», et ce mot, dans la langue scolastique, signifiait être ennemi de la religion.
Nous avons indiqué les passages étendus de Lucien dont Rabelais a profité dans son livre. Il lui a emprunté en outre quantité de détails qu'il eût été trop long de faire remarquer. Les œuvres de Lucien étaient évidemment une de ses lectures favorites.
YII.
Rabelais a moins pratiqué les auteurs latins que les auteurs grecs. Il cite Virgile , Horace , Martial, Sénèque, mais on sent que ses prédilections ne sont pas là. Il ne connaît pas les romanciers latins Pétrone et Apulée.
Il ne doit rien naturellement à la littérature allemande qui n'existait pas, pour le public lettré du moins, ni à la littérature anglaise. Il ne paraît pas avoir eu connaissance de la littérature espagnole autrement que par les traductions qui furent faites après la captivité de François Pr. En revanche il connaît très bien la littérature italienne. Il ne cite pas Dante, bien qu'il ait avec lui des points de
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contact, comme nous l'avons montré, mais il cite plusieurs fois Boccace. Nous n'avons pas rencontré le nom de Folengo dans son livre; mais si le nom n'y est pas, la Maccaronée y est largement représentée.
Quant aux écrits du moyen âge, il connaît tout ce qu'on en a imprimé au XVI* siècle, c'est-à-dire les traités en latin, et les romans et contes, dans leur traduction en prose française. Il fait de fréquentes allusions aux contes, aux fabliaux, aux poètes du XVe siècle, il a une prédilection pour Villon et cite avec sympathie la farce de Maître Pierre Patheïin, dont le héros, a, ainsi que Villon, plus d'un trait commun avec Panurge.
Pathelin est, comme Panurge, un homme d'esprit déclassé , un savant affligé de la maladie Faute d'argent. Au moment où commence la pièce , non seulement il n'a pas d'argent, mais il n'a pas même un habit décent pour se présenter et pour trouver les moyens d'en gagner. Il y a bien du drap chez le voisin , mais comment faire pour que ce drap passe de la boutique du marchand sur son dos, à lui ? Nous n'avons pas vu Panurge en pareille situation, mais on peut douter qu'il en fût sorti aussi habilement. Quant à feindre une maladie, et à mettre le médecin en fuite, cela rentre dans ses moyens; mais devant le juge eût-il aussi bien tiré parti de l'embarras de son adversaire ? il est permis d'en douter. Panurge n'aurait pu retenir sa langue, il aurait parlé, il aurait triomphé aussi, mais d'autre façon , en faisant naître des circonstances nouvelles, et non en tournant à son profit celles où il se trouvait. Panurge a besoin de prendre l'initiative.