ÉCK1TS DIT MOYEN AGE
Il ne se fût pas non plus laissé démonter par un mouton vêtu , et il aurait tout au moins fait au berger quelque méchante farce dont celui-ci se serait souvenu. Mais ces différences n'empêchent pas Pathelin et Panurge d'être de la même famille, et l'on peut hardiment compter cette comédie anonyme au nombre des ouvrages qui ont exercé leur influence sur Rabelais.
Au moyen âge, tout recueil de contes a généralement un but, un but moral et même religieux. Les compositions de ce genre sont nombreuses, nous n'en citerons que deux, qui peuvent servir de types : le Livre de la Tour Landry pour l 'instruction de ses filles et le Violier des histoires romaines.
Le premier, achevé en 1372', fut imprimé en anglais avant de l'être en français, et jouit longtemps d'une grande vogue. Dans son premier chapitre, l'auteur nous raconte qu'un jour de printemps, étant assis à l'ombre sous un arbre, tout en écoutant des merles, des mauvis, des mésanges qui chantaient dans le parc, il vit venir vers lui ses filles, et prenant pitié de leur jeune; âge, il eut l'idée de composer pour leur instruction un livre de bons conseils et de bons exemples, propre à les guider dans la vie, quand il ne pourrait plus les guider lui-même. Il se mit à l'œuvre et au bout d'un an les «six-vingt huit chapitres» qui composent le livre étaient au complet. Les histoires que raconte le brave chevalier sont loin d'être toutes édifiantes. Il y en a même d'assez gaillardes, mais elles sont entremêlées de pieux conseils qui, dans la pen-
sée de l'auteur, devaient racheter ce qu'il y avait de trop hasardé dans les tableaux offerts aux regards.
Le Violier des histoires romaines est un recueil analogue. Les histoires sont au nombre de 149 et généralement plus longues ; il en est qui sont de vrais romans ou tout au moins des nouvelles étendues. L'ouvrage, d'abord composé en latin, s'appelait Gesta JRomanorum, parce que les trois ou quatre premières historiettes se rapportent à des personnages romains- Différents traits de ce recueil, comme du précédent, sont empruntés à la Bible et de plus nombreux encore à la légende. Chaque histoire, édifiante ou non, est accompagnée d'une moralité, généralement allégorique, très subtile et très alambiquée , qui a pour objet , comme dans l'ouvrage de la Tour Landry, de sanctifier des traits, dont, sans cela, nous aurions bien quelque droit de nous scandaliser.
Les prédicateurs sont dans le même cas. Ils se permettent de singulières libertés dans les termes, et pour faire rougir du vice, ils ne reculent pas devant des tableaux circonstanciés, qui nous sembleraient passablement scandaleux aujourd'hui dans un livre mondain. Ils abondent surtout en contes piquants. C'est là que La Fontaine a trouvé entre autres sa fable des Animaux malades de la yeste, dont il a toutefois gazé quelques détails ; c'est là que Rabelais a tiré son histoire des cloches, celle de la linotte de Jean XXII, et nombre de petits contes et d'allusions que nous avons jugé inutile de relever1.
1 Voir à ce sujet, Gérusez, Histoire de Véîoquence politi-