CONTEMPORAINS DE RABELAIS
nés raconteront chacune une histoire. Ce prologue est moins imposant que la célèbre description de la peste qui ouvre le Décaméron de Boccace, mais il est plus gai. Les histoires racontées sont données pour véritables et un certain nombre le sont en effet, Elles sont, comme celles du Décaméron, disposées en catégories déterminées. Le premier jour on raconte les mauvais tours que les femmes ont faits aux hommes et les hommes aux femmes ; le troisième jour — «on devise des dames qui, en leur amitié, n'ont cherché nulle fin que l'honesteté , et de l'hypocrisie et méchanceté des religieux » ; on parle, le quatrième, des femmes ou des maris qui sont parvenus par adresse à rappeler un sentiment qui allait leur échapper ; le sixième, des tromperies en amour «qui sont faites par avarice vengeance ou malice» ; le septième de ceux qui ont fait tout le contraire de ce qu'ils voulaient ou devaient faire- Parfois aussi on laisse aux conteurs le choix du sujet. La présidente, madame Oisille, fait, entre chaque récit, de sages réflexions et tâche de donner une tournure édifiante aux histoires, parfois un peu risquées, que l'on vient de raconter. Le livre est intéressant, mais le récit n'a pas la désinvolture de celui des Cent nouvelles Nouvelles.
La princesse dictait ordinairement ces nouvelles pendant ses voyages. Charles Nodier croit qu'une grande part de collaboration dans YHeptaméron doit être faite à Bonaventure Despériers, valet de chambre de Marguerite et qui, pour sa part, a composé aussi un recueil de Nouvelles Récréations et joyeux devis, publié après sa mort. Ce sont des contes, des anec-
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dotes et des conversations détachées , écrites d'un style vif et un peu sec, assez différent de celui des nouvelles de Marguerite. Le Cymbalum mundi ou Clochette du monde, du même écrivain, a conservé longtemps une grande réputation à cause de sa rareté et de la fin tragique de l'auteur , qui se donna la mort (1544) en apprenant que son livre avait été déféré au parlement. C'est un recueil de quatre dialogues, dont on devine difficilement le but quand on n'en a pas la clé et qui semblent médiocrement spirituels quand on l'a. Cette clé est contenue dans la suscription placée en tête: «Thomas du Clévier à son ami Pierre Triocan , salut», dans laquelle on trouve, en chmgeant les lettres de place, «Thomas l'Incrédule à Pierre Croyant.» L'ouvrage est en effet dirigé contre le christianisme. Dans l'un des dialogues, il s'agit de certains livres (l'ancien et le nouveau Testament ?) qui auraient besoin d'une nouvelle reliure, tant ils sont en mauvais état; dans un autre, nous voyons les personnages occupés à chercher la vérité, qui a été déchirée par petits morceaux , et dispersée sur l'Agora à Athènes ; on en connaît bien des fragments , mais personne n'arrive à la retrouver toute entière, etc., etc.
Les attaques de B. Despériers portent, comme on voit, beaucoup plus haut que celles de Rabelais, mais sa critique est toute à la surface. Rabelais moins agressif, est bien plus profond; il est surtout plus clair, plus franc de style et plus spirituel.
C'est aussi un recueil de Contes et d'anecdotes plus ou moins scabreuses que Henri Estienne a puii , 30