LA SIBYLLE
songe qui détermine (iygès à rendre hommage au roi d'Assyrie. Un autre songe aunonce à Crésus Ja mort de son fils Atya . . L'Étbiopieu Sabacon, après un règne prospère, se décide à évacuer l'Egypte à la suite d'un songe qui lui rappelle un oracle rendu au moment de son avènement au trône. Le roi tanite Sétiest engagé à tenir résolument tête à Sennachérib par une vision nocturne, où Pbtah de Mempbis lui apparaît et lui annonce la destruction miraculeuse de l'armée assyrienne ; il élève une statue couimémorative de ce prodige, etc. , etc.
Il est donc très naturel que, dans l'épreuve que veut faire Pantagruel, la divination par les songes tienne sa place.
Panurge rêve qu'il est marié. Il a une femme charmante qui lui l'ait mille caresses, mais tout en le caressant, elle lui attache une jolie petite paire de cornes sur le front ; puis tout change , il se trouve transformé en tambouriu, et elle en chouette. Le commencement de son songe l'avait rendu gai, mais la fin le rend perplexe, et il Test encore davantage après les bavants commentaires auxquels ces songes donnent lieu.
« Consultons la sibylle de Panzoust» , dit Pantagruel. Epistémon n'est guère de cet avis ; il ne croit pas aux sibylles. L'église y avait cru longtemps. Au XVIIIe siècle on mentionnait encore, dans la prose du Jugement dernier, l'autorité de la sibylle : Teste David cum sibylla.
A l'époque même de Rabelais ou peu de temps auparavant. Michel-Ange peignait ses terribles Sibylles dans la chapelle Sixtine en face du Jugement dernier, et, Raphaël, qui leur donnait une physionomie moins farouche, plaçait des sibylles dans une église au-des-
sus d'un autel. Mais les sibylles vivantes avaient bien dégénéré- Ce n'était plus que de vulgaires sorcières, des diseuses de bonne aventure, — les somnambules lucides ou les médiums de ce temps-là. Pantagruel est cependant d'avis de consulter la susdite vieille. — «Epuisons tous les moyens , dit-il. Voyons d'abord, nous jugerons après. >
On se met en voyage. Le troisième jour, on trouve la maison de la sibylle au bas de la croupe d'une montagne, sous un grand et ample châtaignier. La vieille était mal en point, mal vêtue, mal nourrie, édentée, chassieuse, courbasse?, roupieuse, langoureuse et faisait un potage de choux verts avec une couenne de lard jaune et un vieil os, destiné à donner du goût au bouillon.
On lui fait force présents ; le rameau d'or de la sibylle de YEnéide est remplacé par un anneau du même métal. Elle commence les conjurations qui sont connues depuis la Magicienne deThéocrite; puis elle écrit son oracle, comme la sibylle de Virgile, sur des feuilles — ici des feuilles de sycomore ; elle les jette aux vents et disparaît. Panurge ramasse les feuilles, et les porte à Pantagruel. On n'est pas d'accord sur le sens qu'il faut donner à l'oracle. Pantagruel y lit que Panurge sera trompé par sa femme, s'il se marie ; Panurge l'interprète en sens contraire.
«Ce qu'il y a de plus clair, c'est que l'oracle n'est pas clair, dit Pantagruel. Adressons nous à d'autres; les muets, les fous, les mourants, nous dit-on, voient plus loin que les hommes ordinaires, consultons tour à tour ces trois sortes de personnes. >