‹ Rabelais et son uvreChapitre 36 sur 187 · LE CONCILIATEUR DE PROCÈS · texte numérisé non relu

LE CONCILIATEUR DE PROCÈS

Portatur leviter. quod portât quisque libentcr. (Tout fardeau est léger, quand on le porte de bon gvé.)

«Juger un procès trop vite, c'est se mettre dans le cas du médecin qui percerait un abcès avant qu'il fût à point- La nature nous instruit à ne manger les fruits que lorsqu'ils sont à maturité et à ne marier les filles que lorsqu'elles sont mûres.

Il me souvient à ce propos qu'au temps où j'étudiais en droit à Poitiers sous BrocanVum juris — c'est un livre que Bridoye transforme en professeur, — il y avait à Semerve, près de Poitiers, un nommé Perrin Dendin, homme honorable, bon laboureur, chantant bien au lutrin, homme de crédit et âgé autant que le plus d'entre vous, messieurs, qui disait avoir vu le grand bonhomme Concile de Latran avec son gros chapeau rouge et la bonne dame Pragmatique-Sanction, sa femme, avec son large tissu de satin pers et ses grosses patenôtres de jayet. — [On sait que cette dame Pragmatique est une convention conclue entre le roi et le pape et réglant les droits de l'Eglise gallicane.] — Eh bien, ce brave homme conciliait à lui seul plus de procès qu'il n'en était vidé dans le palais de Poitiers et villes voisines. Il arrangeait toutes les affaires à quarante lieues à la ronde. Aussi était-il aimé de tout le monde; il n'était tué pourceau dans le voisinage dont il n'eût du dedans et des boudins. Il était presque tous les jours de banquet, de festin, de noces, de baptême, de relevailles, et en la taverne, pour faire quelque arrangement ; car jamais il ne concluait un arrangement qu'il ne fît boire les parties ensemble en symbole de réconciliation, d'accord parfait et de nouvelle joie.

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