‹ Rabelais et son uvreChapitre 38 sur 187 · COMMENT MÛRISSENT LES PROCÈS · texte numérisé non relu

COMMENT MÛRISSENT LES PROCÈS

Ne connais-tu pas le proverbe : Heureux le médecin qui est appelé au déclin de la maladie? Le mal était en train de se guérir sans l'intervention du médecin. Il en était de même de mes plaideurs. Ils étaient à bout de plaideries; leurs bourses étant vides, ils cessaient de poursuivre et de solliciter:

Déficiente pecu — déficit omue, nia.

(.L'argent manquant, tout manque.]

— Remarquez que, pour faire le pentamètre, on a coupé en deux le mot pecunia ; c'est un de ces tours de force qui étaient à la mode au quinzième siècle.

« Le conciliateur, continue Bridoye, épargnait à chacun la honte de se rendre, de parler le premier d'arrangement, de laisser supposer qu'il ne croyait pas avoir bon droit. J'arrivais à propos, comme lard en pois. C'est en cela que consistait ma bonne fortune. Je suis sûr que, par cette méthode, j'arriverais à concilier le roi de France et les Vénitiens, l'empereur et les Suisses, les Anglais et les Ecossais, le pape et les Ferrarais. Dieu m'aide, je réconcilierais, je crois, le Turc et le Sophi — les Tatars et les Moscovites. Voici comment : Je les prendrais au moment où les uns et les autres seraient las de guerroyer, lorsqu'ils auraient vidé leurs coffres, épuisé les bourses de leurs sujets, vendu leurs domaines, hypothéqué leurs terres, consumé leurs vivres et munitions. Là, de par Dieu ou de par sa mère, force forcée leur serait de respirer et de modérer leurs félonies. »

Molière pensait à cette phrase lorsqu'il a fait dire à Frosine dans Y Avare:

Je crois, si je me l'étais mis en tête , que je marierais le grand Turc avec la république de Venise. (Acte II, se. (i.) il 4*

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