‹ Rabelais et son uvreChapitre 39 sur 187 · III. PANTAGRUEL. LE JUGE BEIDOYE · texte numérisé non relu

III. PANTAGRUEL. LE JUGE BEIDOYE

«Ainsi, continue Bridoye , je fais comme vous, messieurs, je temporise, attendant la maturité et perfection des procès. Ce sont les écritures et les sacs. Un procès à sa naissance me semble comme à vous, messieurs, informe et incomplet. De même qu'un ours naissant n'a pieds, ni mains, ni peau, ni poil, ni tête, ce n'est qu'une pièce de chair rude et informe; aiusi vois-je naître les procès à leurs commencements, informes et sans membres. Ils n'ont qu'une pièce ou deux, c'est pour lors une laide bête. Mais lorsqu'il sont bien entassés , ensachés, on les peut dire vraiment membrus et formés. Comme vous autres, messieurs, les sergents, huissiers, appariteurs, chicaneurs, procureurs, commissaires, avocats, enquêteurs, tabellions, notaires, greffiers et juges à pied, sucent bien fort et continuellement les bourses des parties , si bien qu'ils font venir à leurs procès têtes, pieds, griffes, bec, dents, mains, veines, artères, nerfs, muscles, humeurs. Ce sont les sacs, ce sont eux qui rendent le procès parfait, galant, bien formé, comme dit Gloss. canonica:

Accipe, sume, cape, sunt verba placentia papse. [Accepte, prends, attrape :

Ces mots sont chers au pai e.l

La vraie étvmologie de procès, c'est qu'il doit y avoir prou sacs, c'est-à-dire beaucoup de sacs.»

Dufresny, qui avait lu Rabelais , s'est certainement souvenu de ce passage dans les vers suivants, où il nous montre un pauvre clerc qui parvient à la fortune par la chicane :

Il achetoit sous main de petits procillons

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