III. PANTAGRUEL. — LE PANTAGRUÉLION
Et comme en plusieurs plantes sont deux sexes, masle et femelle, ce que voyons es lauriers, palmes, chesnes, fougères... et autres, aussi en cette herbe y a masle , qui ne porte fleur aucune, mais abonde en semence, et femelle qui foisonne en petites fleurs blanchastres , inutiles et ne porte semence qui vaille et, comme est des autres semblables, a la feuille plus large, moins dure que le masle, et ne croist en pareille hauteur.
Rabelais avait, comme on voit, reconnu le sexe des plantes, au moins d'un certain nombre, mais ici, il intervertit les genres, comme le font encore les paysans. La plante qui a des fleurs et pas de fruits est le mâle, celle qui a des fruits et pas de fleurs est la femelle ; mais les savants s'y sont trompés encore longtemps après lui. Il termine cette description par un de ces rapprochements poétiques où se complaît Bernardin de St-Pierre :
On semé cestuy pantagruelion à la nouvelle venue des hirondelles ; on le tire de terre lorsque les cigales commencent à s'enrouer.
Plus loin, il nous dira d'une manière plus contournée qu'on cueille ladite herbe,
lorsque le chien de Icarus, par les abois qu'il fait au soleil rend tout le monde troglodyte et contrainct habiter es caves et lieux souterrains.
Le chien d'Icarus transporté au ciel, a formé la constellation de la Canicule, près de laquelle le soleil se trouve aux plus chauds jours de l'été, au moment de l'année où les hommes se font troglodytes ou habitants des cavernes.
L'auteur nous apprend ensuite, toujours dans le même langage pittoresque, comment après avoir dépouillé la plante de ses feuilles et de sa semence, on en fait rouir les tiges en eau non courante, et com-