DLTAUT DE LA FLOTTILLE
sopc, — et qui les recouvrèrent parce qu'ils furent modérés et ne demandèrent rien au delà de ce qu'ils avaient perdu.
Souhaitez donc médiocrité: elle vous adviendra, et encore mieux, deuement cependant labourans et travaillons .... En bonne sauté, toussez un bon coup, beuvez en trois, secouez de liait vos oreilles, et vous oyrez dire merveilles du noble et bon Pantagruel,»
et de son voyage à travers les mers de la fantaisie.
C'est toute une armée, une armée pacifique, que Pantagruel emmène dans son expédition à la recherche de la Dive Bouteille : Rabelais voit toujours grand. Les voyageurs se réunissent au port de Thalasse [la mer, en grec], et se distribuent sur douze navires, construits et décorés tout exprès. Le vaisseau amiral portait pour enseigne à sa poupe une grande et ample bouteille, moitié en argent lisse et poli, moitié en or émaillé de couleur incarnat. Le second navire avait la poupe ornée d'une lanterne en l'honneur du pays Lanternois qu'on allait visiter. Les autres portaient des décorations analogues. Pantagruel réunit tout son monde sur le vaisseau amiral et prononça un discours qui se termina par le chant In exitu Israël, dans la traduction de Marot, adoptée par les calvinistes de Genève: «Quand Israël hors d'Egypte sortit». Les habitants de Thalasse, qui étaient tous accourus sur le rivage, entonèrent le psaume de leur côté ; puis on se mit à banqueter, à boire à la santé des partants et des restants. Ce repas copieux donnant des forces à l'estomac, fut cause que personne n'eut le mal de mer. Rabelais recommande chaudement cet antidote
et se moque des autres remèdes prescrits par les médecins. Le mal de mer provenant d'une faiblesse, d'un manque de réaction de l'estomac , un repas sain et point trop copieux constitue en effet un excellent préservatif contre ce mal et l'expérience donne raison à Rabelais.
L'oracle de la Dive Bouteille devait se trouver près du Cathay, dans l'Inde supérieure. On sait que le Cathay, au moyen âge, c'est la Chine — que les Russes appellent encore Kitaï — ou peut-être le Thibet. La fameuse Angélique, qui remplit de ses aventures les poèmes de Bojardo et de l'Arioste, était reiue du Cathay. Il s'agit d'y arriver par mer. Pantagruel, qui se défie de ses connaissances nautiques, emmène avec lui un certain Xénomanes, dont le nom signifie : possédé de la manie des voyages. Rabelais donne à ce Xénomanes le surnom de traverseur des voies périlleuses, que prenait son ami Jean Bouchet (voir I, p. 54). Il a, du reste, complètement oublié que l'Utopie est bien loin vers l'extrême Orient; il la suppose de nouveau dans le Chinonais, et le lieu où l'on s'embarque, doit être aux environs des Sables d'Olonne. Xénomanes prétend que ce serait duperie de faire le tour de l'Afrique et de doubler le cap de Bonne Espérance. Il est d'avis qu'il faut mettre le cap directement à l'Orient en partant des Sables d'Olonne, sans dévier à droite ni à gauche, et sans perdre de vue l'étoile polaire- En suivant cette direction, on serait arrivé à peu près tout droit à Terre Neuve et l'on eût été obligé de traverser tout le continent américain sous uue latitude assez froide, avant d'arriver au Cathay. Mais les connaissances géographiques étaient encore