‹ Rabelais et son uvreChapitre 52 sur 187 · CINGAB ET SES MOUTONS · texte numérisé non relu

CINGAB ET SES MOUTONS

coup de y limace et peu de vrai comique, de sorte que la lecture de tous ses ouvrages, sans exception, ne tarde pas à devenir fatigante.

Mais tel qu'il est, Rabelais Ta beaucoup lu. Nous trouvons à chaque pas dans son roman des réminiscences du poète italien.

Une traduction française de cet ouvrage a été publiée à Paris en 1606, en deux volumes in-12, sous le titre d'Histoire maccaroniquc de Merlin Coccaye, 2 vol. in- 12. Reproduite en 1735, elle a reparu en 1S59 dans la « Bibliothèque gauloise>, précédée d'un travail curieux de M. Gustave Brunet. Cette version est largement paraphrasée, suivant l'usage du temps, et il n'y a pas lieu d'y chercher une fidélité bien scrupuleuse. On Ta fait suivre dans les deux premières éditions d'un autre poème où Folengo raconte, en style burlesque, une guerre entre les Mouches et les Fourmis.

M. Gustave Brunet signale dans le portrait de Fracassus quelques traits qu'on retrouve dans le Gargantua des premières pages :

Pour son déjeuner, il mangeait un veau ; quatre-vingts pains à grand peine pouvaient remplir ses tripes. Son bouclier était le fond d'une chaudière en laquelle on brasse la bière, où on fait bouillir le vin ; son bâton était plus grand qu'un mat de navire.

L'imitation est flagrante surtout dans l'histoire des moutons et la description de la tempête.

C'est dans la douzième macaronée que se trouve le récit qui nous a conduits à cette digression. Nous copions la traduction française, en nous contentant

102 LIVKE IV. — VOYAGE A l'OKACLE DE LA DIVE BOUTEILLE.

de corriger les fautes d'impression dont l'édition de 1606 est émail lée.

Balde s'embarque et aussi ses deux compagnons, et logent leurs chevaux en un canton du vaisseau.

Voici de loing arriver les Tesinois sublans [sifflant] souvent, ayant beaucoup de bergers conduisans leurs bercails, qui estoit en si grand nombre, que la terre en sembloit couverte. Ils portoient sur leurs dos leurs foùillouzes, et avoient leurs gros mastins attachez à leur ceinture , lesquels quand il en est mestier , ils laschent pour se ruer sur les loups , et les tuer. Il y avoit plus de trois mille moutons , et avoient tous la laine blanche, et estoient sans cornes. De la laine d'iceux se font les bureaux, et autres draps de grosse étoffe. On tire la première [brebis] par les oreilles dedans la navire , laquelle est incontinent suivie de toutes les autres, sans avoir aucune peur ; car nature a donné ceste faculté au bercail de suivre toujours la première qui marche devant.

Mais quand ceste canaille de Tesinois eut veu Balde et ses compagnons armez dedans la navire, et leurs chevaux occuper la meilleure place du vaisseau : 0 , dirent-ils , patron, pourquoy rompez-vous les accors faits entre nous ? Ne nous as tu pas promis que tu n'en prendrois pas d'autres en ce navire ? Gardes-tu ainsi tes promesses ? 0 ! barquerolliers, vostre foy est-elle ainsi entretenue en son entier ? 0 gens . à qui est propre de donner des bourdes aux autres, et à qui ne soucie gueres de commettre une fausseté ! Tu es fol, et ne sçais, ô Chiozois, que tu fais, et tu ne cognois point telle marchandise, et quel est ce meschant gain. Reçois-tu des soldats et diables armez en ton vaisseau ? Jette ces François , jette nos ennemis ! Un paysan ne s'accorde jamais avec un gendarme, et ne souffriroient manger leur viande ensemble. J'ay bonne envie de leur rendre autant de bastonnades que nous en avons receu d'eux. Nous en avons maintenant le moyeu : il faut, dis-je, leur rendre le change, que ces larrons s'en aillent hors d'icy à leur faciende ; il y a des forests , et des cavernes , en icelles font mieux leur demeure tels voleurs, que de se venir mettre dedans des navires , et de se mesler ici parmi des gens de bien ; s'ils ne s'en vont, nous les jetterons en l'eau par force. Ainsi le plus grand paysan, et le pins audacieux, parla. Le patron ne leur respoudit rien, et estouppe

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