‹ Rabelais et son uvreChapitre 80 sur 187 · ENCORE LES MOINES · texte numérisé non relu

ENCORE LES MOINES

donner, d'après l'obligation qu'on leur imposait de fredonner des psaumes.

L'auteur s'est proposé dans ce chapitre de tourner en ridicule nombre d'observances imposées dans les cloîtres sans utilité pour les moines ni pour les autres.

En vertu de leurs statuts, ils étaient habillés en brûleurs de maisons ; ils portaient souliers ronds comme bassins ; ils avoient la barbe rase et les cheveux aussi depuis le sommet de la tête jusqu'aux omoplates. A la ceinture ils portoient en guise de patenostre, chacun un rasoir tranchant, qu'ils émoulaient deux fois par jour et qu'ils affilaient trois fois la nuit. Leur capuchon était attaché devant et non derrière, et ils avaient toujours patente la partie postérieure de la tête, comme nous avons le visage, si bien qu'ils pouvaient aller également en avant et en arrière.

Quand le soir arrivait, ils se bottaient et éperonnaient les uns les autres, mettaient leurs besicles et s'endormaient ainsi, afin d'être toujours prêts à se présenter au jugement dernier, si la trompette de l'ange se faisait entendre.

Midi sonnant, ils s'éveillaient et se débottaient; crachait qui voulait, éternuait qui voulait. Mais tous, par statut rigoureux amplement et copieusement baîlaient et déjeunaient de baîler [bailler]. Leurs bottes et éperons mis sur un râtelier, ils descendaient aux cloîtres, se lavaient soigneusement les mains et la bouche , s'asseyaient sur un long siège et se curaient les dents jusqu'à, ce que le prieur fit signe en sifflant ; lors chacun ouvrait la bouche tant qu'il pouvait, et ils baîlaient aucunes fois une demi-heure, aucunes fois plus, aucunes fois moins, selon que le prieur jugeait le déjeuner proportionné à la fête du jour ; après cela, ils faisaient une belle procession en laquelle ils portaient deux bannières en l'une desquelles était en belle peinture le portrait de Vertu, en l'autre de Fortune.

Mais la Fortune avait le pas sur la Vertu.

Pendant le temps qui restait à ceux-ci après les prières et les repas, il s'exerçaient à l'œuvre de charité en attendant le jugement final; le dimanche, se pelaudant l'un l'autre; le lundi, s'entrenazardant ; le mardi, s'entrégratignant; le mercredi, s'entremouchant; le jeudi , s'entretirant les vers du nez ; le vendredi s'entrechatouillant ; le samedi, s'entrefouettant, etc.

Telle était leur diète quand ils étaient au couvent; mais s'ils en sortaient, quand ils étaient sur l'eau, ils ne devaient pas manger de poisson, et quand ils étaient sur la terre, ils ne devaient pas manger de viande , afin qu'il fût bien entendu qu'ils ne se laissaient pas gouverner par les circonstances extérieures.

Panurge interroge ensuite un des moines, qu'il appelle Frater fredon, fredon, fredondillc. La règle prescrit au moine le silence , et il ne répond que par monosyllabes. La conversation , que Voltaire a copiée quelque part, n'en est pas plus édifiante.

Epistémon revient à ce propos sur la question du carême. Si l'on voulait le supprimer, dit-il, les médecins s'y opposeraient,

Car sans le caresme seroit leur art en mespris , rien ne gaigneroient, personne ne seroit malade. En caresme sont toutes maladies semées : c'est la vraye pépinière, la naïfve couche de tous maux : encore ne considérez que si le caresme fait les corps pourrir, aussi fait-il les âmes enrager.

Panurge demande à un frère Esclot qui est présent, ce qu'il pense d'Epistémon :

Est-il pas hérétique ? — Très.

Doit-il estre hruslé ? - Doit.

Et de quelle manière ? — Vif.

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