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PANTAGRUEL ET LA DIVINE COMÉDIE

est chrétien; il a pu, dans toute la sincérité de son cœur, croire qu'il Tétait en effet; mais, par ses tendances, il est en dehors du christianisme, plus loin des protestants encore que des catholiques. Il est fils de la Renaissance païenne et se greffe directement sur ces philosophes de l'antiquité qu'il nous fait entrevoir dans l'île des Macréons. Les théologiens raisonneurs l'ont senti instinctivement, c'est pour cela qu'ils ne lui pardonnent pas, bien qu'en apparence il soit souvent avec eux.

Il existe un poème fameux qui résume la conception de la vie humaine, qui présente en tableau toute la doctrine de la destinée au point de vue chrétien, c'est la Divine Comédie. Ozanam n'a pas eu de peine à nous montrer dans l'œuvre de Dante toute la théologie, toute la philosophie du moyen âge réduites en système. ' A prendre les choses d'un peu haut, la seconde partie de l'œuvre de Rabelais, celle où il raconte le voyage qu'il a fait avec Pantagruel et ses amis à la recherche de la Divine Bouteille, est le pendant du voyage de Dante à travers les mondes. Les deux auteurs sont en quête du problême de la destinée. Dante rencontre en chemin les divers obstacles, les tentations qui arrêtent l'homme lorsqu'il se dirige vers la perfection céleste. Rabelais nous montre les obstacles, les ennemis que rencontre l'homme lorsqu'il se dirige vers la sagesse, les tentations qui l'empêchent d'accomplir sa destinée intellectuelle. Dante évoque les sept passions capitales qui arrêtent l'homme sur la voie du salut. Rabelais évoque les principales passions qui arrêtent

1 Dante et la Philosophie catholique au XIIIe siècle. Tome VI des Œuvres complètes.

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l'homme dans la voie de la science et du développement philosophique de son intelligence.

Les obstacles contre lesquels se brise la vertu chrétienne et ceux contre lesquels se brise la philosophie sont quelquefois les mêmes. Aussi trouvonsnous çà et là une certaine symétrie entre le voyage du poète italien à travers les mondes et le voyage de l'écrivain français à travers les îles.

Dans le premier cercle de son Enfer, Dante rencontre les traîtres, ceux qui ont livré leur patrie ou leurs amis. A la première étape, Pantagruel rencontre les caméléons qui sont toujours de l'avis du dernier opinant, et trahissent la vérité, par faiblesse ou par intérêt, «pour faire comme tout le monde >. L'analogie se maintient à la seconde étape. Le second cercle est rempli par les fourbes ; la seconde île est habitée par les Enasés, par les amis du faux belesprit et des équivoques. L'équivoque est un des moyens habituels de la tromperie ; elle joue dans les actes de l'intelligence un rôle analogue à la fourberie dans les actes de la vie.

L'analogie n'existe que par antithèse à la troisième étape. Dante place les violents dans son troisième cercle. Pantagruel, dans sa troisième île, rencontre la politesse obséquieuse, tout extérieure ; c'est le pays de

Ces importuns donneurs d'embrassades frivoles, qui excitent la colère du philosophe Alceste ; mais l'analogie se retrouve plus loin entre les hérésiarques, amis des chicanes théologiques et les Chicanous, friands de chicanes judiciaires. Les cercles des colériques et des paresseux correspond à la terrible tempête qui assaille les voyageurs et à l'île des Macréons, dont les insoucieux habitants n'ont pas même la eu-

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