‹ Rabelais et son uvreChapitre 99 sur 187 · PANTAGBUEL ET LA DIVINE COMÉDIE · texte numérisé non relu

PANTAGBUEL ET LA DIVINE COMÉDIE

Il attaquait vivement les papes, mais son orthodoxie à tous les autres égards était patente, non contestable et non contestée — elle ne l'a été que plus tard — il n'avait pas à craindre la persécution à ce point de vue et il n'avait d'autre souci que son art. La pensée fondamentale du livre était catholique et cela suffisait.

Il n'en était pas de même pour Rabelais. L'exposition complète de sa pensée intime, inconsciente peut - être pour lui , mais évidente pour nous — l'aurait conduit au bûcher. Il avait besoin d'un passeport pour avoir le droit de l'émettre, il était obligé de prendre un masque et cela l'a rapetissé. Il a été entraîné à se faire bouffon , il a été un bouffon admirable, mais cette nécessité de voiler sa pensée a rabaissé la pensée elle-même.

Une autre cause d'infériorité vient du caractère même de Rabelais. Ce masque qu'il mettait sur son visage, ne le gênait pas ; il s'en amusait volontiers ; il faisait de la bouffonnerie pour son compte pour son propre plaisir. Il exagérait les crudités que son siècle autorisait; mais il désertait ainsi le grand art pour le petit. — Et puis tout en restant un écrivain exquis , un maître dans l'art de bien dire , il ne soignait pas assez toutes les parties de sa composition ; il se contentait de faire vaguement son plan avant de prendre la plume, au lieu de tracer minutieusement, avec amour, tous les délinéaments de son œuvre, comme l'a fait le poète florentin.

Ces défauts sont secondaires cependant, et s'ils le rapetissent quelque peu, ils ne l'empêchent pas d'avoir le droit de dire aussi bien que Dante :

0 voi ch'avete gl' intelleti sani, Mirate la dottrina, che s'ascoude Sotto' 1 velame dei versi strani. (Inf. IX, 21.) LVous dont l'esprit est sain, l'intelligence ferme, Découvrez la leçon que le poète enferme Sous le voile brodé des vers mystérieux.

[Trad. Eatisbonne.]

On peut rapprocher aussi du voyage de Pantatagruel à l'oracle de la Dive Bouteille, le Voyage du Pèlerin, the Pilgritns Progress de Bunyan, un des livres les plus curieux et les plus célèbres de la littérature anglaise. Le Pilgrims Progress est dans toutes les mains en Angleterre ; il s'en fait de splendides éditions illustrées, et des éditions à quelques pennies à l'usage des gens du peuple. Les sociétés bibliques en répandent les exemplaires en même temps que des Bibles en toutes langues, et comme le plan est, au point de vue de l'idée, à peu près le même que celui de la seconde partie du Pantagruel, il est à propos d'en dire un mot

Pantagruel court après une vérité philosophique .un peu vague et qui se dérobe ; Chrétien, au contraire — c'est le héros de Bunyan — sait clairement où il va ; il a la foi, la foi complète du calviniste, et il se dirige vers le salut à travers les passions, les tentations , les difficultés de tout genre qui obstruent la voie du vrai croyant et l'empêchent d'arriver au ciel. Nous avons des romans dévots sur le même sujet. Tous sont fades, et exhalent ce parfum sui generis que l'on respire dans les églises ordinairement fermées. Rien de semblable chez BuDyan.

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