I06 RABELAIS
établi. Mais Érasme était vieux, mourant d'infirmités, de faiblesse et de fatigues. Sa mort n'allait-elle pas faire un grand vide ? Q.uel moment pour prendre la parole !
Dans un certain sens, quoique avec plus de verve populaire, Rabelais fut le continuateur d'Érasme. Élevés tous deux par les moines, ainsi que Luther, ils commencèrent avec lui la révolte contre eux. Rabelais n'y mit pas la raillerie amère d'Érasme ; mais sa Chronique n'en fut pas moins la continuation agrandie d*un livre d'Érasme qui dut faire sur lui l'impression la plus vive. LÈhge de la Folie se terminait par ces mots : « Fols très illustres, tous tant que vous êtes, applaudissez, allez en paix, vivez et beuvez. » Rabelais reprend :
« Buveurs très illustres, » etc.
VANT de quitter Montpellier, Rabelais fit imptîmer d'après les conseils de rUmversité, sa traduction des lettres nxédicales de Jean Manardi. Ce fut là son début, débat bien modeste, ce semble^ pour un si savant homme ; mais Ton y voit apparaître et son génie et son bon cœur. Id, je n'en suis plus réduit aux conjeaures et aux biographies : le voici qui s'exprime lui-même. La dédicace de cette traduction montre toute son &me. A qui devait-il la vie? à qui devait-il d'être sorti des oubliettes de Fontenay-le-Comte? ATiraqueau.
Il lui dédia son premier ouvrageje transcris ici quelques lignes seulement de Tépitre qu'il lui adresse à cette occasion :
« Très cher, très savant, très équitable Tiraqueau,