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« Gxmnent se fialMl qu'au milieu de cette belle lumière de notre siècle, dans lequel, par un bienfait des dieux, toutes sciences se sont améliorées et agrandies, on rencontre encore çà et là des malheureux ain^ disposés qu'ils ne veulent ou ne peuvent, des ténèbres obscures dés âges gothiques, lever les yeux vers le Soleil?. « . . . ,
« Serait-ce que la puissance des ténèbres où ils ont . vécu est telle, que les yeux, une ibis enveloppés par elles, se trouvent coodanonés à demeurer dans une irrémédiable hallucina-" tion?.«. »
Uimpression de ce livre à pdne terminée, il publie une^ édition latine d'Hippocrate et VArs parva de Galien, avec commentaire^ Nouvelle dédicace ; à qui adressée? Le cœur tout seul le devine : à celui qui, au sortir du cachot des moines, l'avait recueilti, au bon évêque de Maillezais.
Mais, deux mois après cette seconde publication, quelques eÔorts qu'on employât pour
MÉDECIN, ÉCRIVAIN, CURÉ, PHILOSOPHE. lOÇ
Je retenir comme professeur à TUniversité de Montpellier, il fit ses adieux, avec promesse de les revoir quelquefois et de rester en relation avec eux : d*abord au noble Schyron, le régent, puis à Guillaume Rondelet, à Antoine Saporta, à Tolet, etc.
Professeurs et disciples, également affligés de son départ, voulurent, par institution d'une cérémonie singulière, perpétuer le souvenir de la présence, dans leur Université, du docte et éloquent maître François, si bon, si joyeux et si habile, et auquel ils devaient d*ètre rentrés dans leurs anciens privilèges. Le fait principal de cette cérémonie, qui avait lieu aux réceptions pour le doctorat, consistait à faire revêtir, en signe d'honneur, au docteur nouvellement reçu, une robe portée autrefois par Rabelais. Cet usa^& subsistait encore il y a peu d'années.
L'illustre botaniste A., de CandoUe, qui fut recteur de l'Académie dQ Montpellier pendant les Cent-Jours, écrit dsifis ses Mèftmift^^ page 239 : « L'école montrait quelle était digne d'avoir compté Rabelais parmi ses p]^6:;ss«aï&
Son portrait était suspendu dans notre salle ; sa robe, c'est-à-dire une robe faite à Timitation de la sienne (je fus plus tard appelé â faire faire une robe de Rabelais, ce qui arri vait tous les dix à douze ans), décorait nos étudiants à leur dernier examen ; son esprit trouvait beaucoup d'enthousiastes et quelques imitateurs dans nos rangs, et en vérité on sentait dans une foule d'occasions qu'on était dans la ville où il avait longtemps habité. N
Et c'est après trois siècles qu'on retrouvait encore à Montpellier ces vivants souvenirs du séjour qu'il y avait fait. Longtemps aussi on a montré dans cette viUe la maison qu'il avait •habitée.
A Chinon également, depuis de Thou jusqu'à nos jours, on a visité avec respect les lieux fréquentés par Fauteur du Pantagruel, J. Levallois me signale un curieux passage des Mémoires de de Thou sur la maison de Rabelais à Chinon. Le célèbre historien logea dans cette maison, qui resta longtemps une auberge, comme au temps où Rabelais y naisr
MÉDECm, éCRIYAIN^ CURÉ, PHILOSOPHE. 1 1 1
sait : nous verrons que, toute sa vie, Rabelais conserva une partie de la maison paternelle, et que diaque année il y venait passer quelques semaines ; il s'y était aussi réservé un ]ardin. De Thou remarque, dans ses Mémoires, que le jardin de Rabelais ir éuit devenu le rendezvous des habitants les jours de fête » et que « le cabinet de ses livres avait été transformé «n celto. » MicUbUuu
,B Montpellier il alla donc à Lyon ; 'dans cette ville, avec Dolet et quel* iques autres, les conversations pantagruéliques reprirent leur cours mieux que jamais. Dolet n'était pas seulement un liabile imprimeur, c'était un philosophe, un
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poète, un des esprits les plus élevés et les plus nobles du siècle. On a de lui plus de vingt ouvrages, latins et français, en prose ât en yers. Il traduisit Cicéron et Platon ; l'un des premiers, il mit TÉvangile en langue vulgaire. 11 conseillait donc à Rabelais de ne s'en plus tenir à des traductions et commentaires, mais de lancer dans la mêlée intellectuelle un livre véritablement sien. Il voulait qu'il résumât la philosophie du siècle, qu'il donnât au monde ébranlé un mot de consolation nouvelle. — Oui, disait Rabelais, mais un livre vraiment humain se doit adresser à tous. Les temps sont venus où k philosophie doit enfin sortir de l'école et rayonner comme le soleil sur l'univers entier. Nous devons, à cette heure, tenir suspendus fraternellement aux mamelles de vérité les ignorants et les doctes. Je voudrais, pour ce qui est de moi) si je faisais un livre de philosophie, qu'il pût amuser, consoler^ instruire mes braves vigne^ rons de la Devinière et les buveurs de Ghinon, aussi bien que les plus savants ; qu'il fût le piot universel \ que princes, Vois, empereurs
MëDEClN, ÉCRIVAIN, CURÉ, PHILOSOPHE. Il)
et pauvres gens y vinssent d'eux-mêmes bdre ensemble gaiement. La vérité, — d'accès as«sez difficile et scabreux, — doit être, ni plus ni moitis que dans l'Évangile de Dieu, présentée sous forme vivante si humaine et déboimaire, qu'enfin, acceptée de tous, elle révdUe l'ime de tous à la pensée commime.
Qjiel moyea y a-t-il, sinon en s'q)puyant sur Fétemtlie coosdence, de conter aux bonnes gens ks histcnres qu'ils aiment qu'on leur «onte, des histoires qu'eux-mêmes ils ont âtttes ? Par exemple, ces chroniques de géants, tant et tant imprimées en notre âge, depuis k découverte de cet «t divin que vous pratiquez, me semblent très propres à ctla. Par toute la France, j'entends conter les prouesses épouvantables de V énorme géant Gargantua ; il ùudrait s'emparer de cette histoire, y enfermer le monde tout entier, et la rendre, ainsi anoblie, aux bonnes gens qui l'ont inventée.
Voilà le véritable secret : emprunter aux plus shnples leur idée, et la leur rendre ornée de
tout ce que Tétude et la philosophie nous ont révélé. La pensée rustique et villageoise, tel est le point où je voudrais rattacher tous les trésors enfouis, cachés jusqu'ici par .les ennemis de lumière.
« £h bien, disait Dolet, voici mes presses ; elles vous attendent. Contez-nous Thistoire de Gargantua, emplissez-la de paiitagruélisme, faites-en notre chronique, notre chrême philosophai. Courage I le monde périt de soif et de rage, à vous de le désaltérer. Je me fais vôtre pour tout imprimer. Soyez le propagateur invincible de la vérité : avec vous, s*il le faut, je braverai le feu. »
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usau'A quel point est vraie, dans sa f forme, la conversation précédente, I je l'ignore; mais, ce qui est certain^ 'c'est que Rabelais et Dolet parlèrent beaucoup de ces choses ; c'est que Dolet ex* dta Rabelais à écrire sa chronique, et que le Gargantua parut au mois de décembre de la même année 1532.
Si cette conversation manque de vérité en quelque chose, ce n'est pas en prêtant à l'auteur du Gargantua des pensées trop sérieuses. Etienne Dolet dans une de ses poésies bu tines nous a rendu compte d'un diner de pantagruUistes et voici la traduction du récit de cette belle beuverie philosophique avec îe nom des convives :
« Là prennent place ces hommes qu'on a nommés avec raison les lumières de la France : Budé, le premier de tous par la science ; Bé-
rauld, à Tesprit supérieur, à la parole facile ; Danès, illustre par les connaissances les plus variées ; Toussaint surnommé la Bibliothèque ^vante ; Macrin, pour qui l'art des vers n*a point de secrets ; Bourbon» riche égaleaMnt des trésors de la poésie ; Voulté» qui donne aux savants de si belles espérances ; Marot, ce Virgile gaulois, qui a le souffle divin de Fin- 'apiration poétique ; enfin François Rabdais, rhonneur de la médecine, qui peut ramener . ks morts des portes du tombeau et les rendre i la lumière. Maints propos s'engagent entre eut ; on passe en revue ce que les pays étrangers possèdent d'habiles écrivains : Erasme, Mélanchton> Bembo, Sadokt, Vida, Jacques Sannazar ; on salue tour à tour chacun de ces noms par des acclamations bruyantes. »
Mais on trouve dans une lettre de Rabdais lui-même, datée précisément de œ mois de décembre 1532 une bien autre preuve de cette élévation d'esprit. C'est une lettre à Barthe- . lemy Salignac — encore une vieille amitié, mais dont l'ignore l'origine ; — il l'appelle son père.
« Je VOUS appellerais ma mère, lui dit-il, si votre indulgence m'y autorisait. Ce que nous voyons arriver aux mères qui nourrissent leur firuit avant de l'avoir vu, avant de savoir ce qu'il sera, qui le protègent, l'abritent contre les incommodités de l'air, s'est reproduit en vous pour moi : vous m'avez pris informe et sans nom, vous m'avez élevé, vous m'avez nourri aux mamelles de votre science divine ; tout ce que je vaux, je le dcHs à vous seul ; si je n'en convenais, je serais le plus ingrat des hommes. Salut, deux fois salut, tendre père... Salve itaque etiam atque etiam, paUr amantissime, paier decus pcUrùe, liUerarum aâsertoTy aXt^ucoxoç. Veritatis propugnator
mvicnssiME. »
Champion indomptable de la vériUl cet admirable mot, écrit en présence des bûchers et qui montre si bien et sa pensée et son courage, rappelle un autre mot contemporain, celui de Corneille Agrippa écrivant à Mélanchthoo :
So/tce^ de ma part cet invincible hérétique Martin iMtbeTj qtd^ comme Paul ait dans les Aaes, sert Dieu dans la secte qu*on appelle hérésie,
UEL tableau il y aurait à faire de [l'état du monde au moment où [parut ce livre étrange de Gargantua I L'Europe, épuisée de guerres, de meurtres, de famines, de pestes, de misères morales, présentait l'aspect d'une immense maladrerie. La pauvre France surtout, à ce moment, est accablée : elle avait eu son roi en prison. Sans la peur du Turc, l'empereur et l'Angleterre eussent tenté peut-être de la démembrer ; que dis- je ! la chrétienté tout entière, défendue contre les barbares par la seule Hongrie, paraissait sur le point d'être submergée. On venait de voir des événements sans nom : le siège de Rome par les soldats de Bourbon en délire, le schisme, la diète de Worms, celle d'Augsbourg, anabaptistes, communistes, ect. Luther avait excommunié le pape et brûlé publiquement le livre des