CHAPITRE XXX
Comment Epistemon quiavoitla coupe testée (260 B) fut guéri par Panurge. Et des nouvelles des diables, et des damnés,
Geste desconficte gigantale parachevée, Pantagruel se retira au lieu des flacons, et appela Panurge et les aultres, lesquels se rendirent à lui sains et saulves excepté Eusthènes, lequel un des géants avait égraphiné (*) quelque peu au visage, ainsi qu'il l'esgorgetoit , et Epistemon , qui ne se comparoit point. Dont Pantagruel fut si dolent qu'il se volut tuer soit mesme. Mais Panurge lui dit : « Dea Seigneur, attendez un peu, et nous le chercherons- entre les morts, et voirons la vérité du tout. »
Ainsi doncques comme ils cherchoient, ils le trouvarent tout roide mort, et sa teste entre ses bras toute sanglante. Lors Eusthènes s'escria : « Ha maie mort, nous as tu tollu le plus parfaict des hommes !» A laquelle voix se leva Pantagruel au plus grand deuil qu'on vid jamais au monde. Et dist à Panurge : « Ha, mon ami, l'auspice de vos deux verres, et du fust de javeline estoit bien par trop fallace ! » Mais Panurge dist : « Enfants, ne pleurez goutte ; il est encore tout chauld ; je vous le guérirai (261) aussi sain que il fut jamais. »
(260 B) V. note 296. — « La coupe lestée d'Epistémon est peut-être une raillerie de ce qu'on appelle chirurgia curlorum. » (Le MÉDECIN BerNIER, Jugements et observations tur les œuvres de Rabelais, 1G97.) 3'avoue ne rien comprendre à celte allusion ; si qaelque confrère peut me venir en aide, il me fera grand plaisir .
(261) Sous le conte de la résurrection d'Epistémon, s'il n'est pas comme pense Salverte, une réminiscence plaisante d'^Glien (de nalur. animal, lib. IX, cap. 33, Esculape rejoignant la tête d'une femme &
Ce disant, print la teste, et la tint sur sa braguette
son cadavre), apparnîi une question imporlanle de pathologie généritle.
Tous les auleurs i^ui ont écrit sur la chirurgie s'accordent à dire que, parmi les conditions nécessaires à la cicatrisation des plaies; il en est une que l'on doit considérer comme i\ peu près indispensable ; il aiit que la partie blessée tienne encore par un lambeau au reste du corps. Ouei'iuss faits semblent montrer, cependiinl, qu'une partie, complètement détachée, peut se cica triser, lorsqu'elle est exactement réappliquoe sur l'endroit dont elle a été séparée.
Garengcot, chirurgien breton mort en 175;', a assuré avoir recollé un nez enlevé par une morsure. Marjolin, qui rapporte ce fait, en disant qu'il a été contesté, ajoute cependant : <t Quoiqu'il paraisse difficile de croire qu'une portion du nez entièrement séparée puisse se réunir à la portion restante, il faut toujours essayer de le faire, car si cette réunion ne s'effectue pas, bien loin d'être nuisible, la tentative suffit pour arrêter l'hémorrhagie qui résulte de la division des vaisseaux t. En 1830, lloffatker a publié, dans un recueil allemand, l'observation d'un jeune homine dont le nez fui coupé d'un coup de sabre. On remit le morceau on place, après l'avoir nettoyé. On l'y maintint avec les doigts dix minutes, puis on le fixa avec des bandelettes agglutinatives ; le troisième jour, l'appareil fut levé, l'adhésion était comi lète. Le Journal ilet mddecins praticiens contient le (ait d'un soldat dont la lèvre inférieure fut emportée par un coup de sabre. Le fragment, remis en place et fixé par plusieurs points de suture, reprit en partie et permit une cicatrisation avec peu de perte de substance. Eu 183'», une infirmière do la Salpêtrière, en coupant le pain avec l'instrument à levier dont on se sert dans les hôpitaux, fil tomber la lame sur son pouce et le trancha entièrement. Après une heure écoulée, M. Beau, médecin interne, rajusta la partie retranchée et la maintint ave r des bundelellcs ; il y avait cicatrisation le vingtième jour. Le fait a été publié dans les Archives ginérales de médecine. — En 1844, le docteur Jolicn, médecin des mines de Rancé, a publié, dans le Journal des médecins de Toulouse, l'observation suivante : il y avait quatre heures que l'oreille d'un ouvrier avait été détachée de la lêie par un bloc de minerai, et, le seul pcdicule qui la soutenait était de la grosseur d'un fil de laine Le lambeau fut nettoyé, mis en place et maintenu par quatre points de suture. Le quinzième jour, la cicatrisation était complète. — Il y a quelques années, le baron Larrey a présenté à l'Académie de médecine, de la part du docteur Gavoy, la relation d'un fait analogue, constaté sur un menuisier, dont un coup de hache avait tranché l'orteil.
De tout ce qui précède, je conclus que Rabelais avait peut-être pu
PANTAGRUEL
chauldement (261 A) affin qu'elle ne prinst vent. Eusthencs et Carpalim portarent le corps au lieu où ils avaient banqueté, non par espoir que jamais guérist, mais affm que Pantagruel le vist. Toutefois, Panurge les reconfortoit disant : « Si je ne le guéri, je veulx perdre la teste (qui est le gage d'un folj. Laissez ces pleurs, et m'aidez. »
Adoncq nettoya très-bien de beau vin blanc le col et puis la teste, et y sinapisa de pouldre de diamerdis (262), qu'il portoit toujours en une de ses faques ; après les oignit de je ne sçai quel oignement, et les afusta justement veine contre veine, nerf contre nerf, spondyle (263) contre spondyle, aflin qu'il ne fust torti
observer quelques exemples semblables d'anaplastie, et que sa façon risible de rendre Epistemon à la vie en élait peul-êlre une réminiscence.
(261 A) La possibilité de recoller certaines parties détachées étant admise, il est clair qu'on devra chercher à les remeure en place le plus rapidement possible. La chaleur de la partie tranchée indiquera que cette réunion est encore faisable, la caloricilé étant un signe de vitalité.
(262) La pDudre de diamerdi», employée ici, nous semble parente de la poudre d'oribus dont il est question à la note 166. Oudin la définit cependant. Voici ce qu'on trouve dans son Diclionnaire franco-italien :
a Poudre de diamerdis. — Confetlione di Salvia, item merda». Les excréments jouaient, malheureusement, un grand rôle dans la thérapeutique du xvi= siècle, ils se trouvaient là en compagnie de substances bizarres qui ont fait dire au sceptique Montaigne : « Le chois de la plupart de leurs drogues est aulcunement mystérieux et divin, le pied gauche d'une tortue, l'urine d'un lézard, k fiente d'un éléphant, le foye d'une taulpe, le sang tiré souhs l'aile droicte d'un pigeon blanc, les crottes do rat pulvérisées et telles autres>ingeries qui ont plus le visage d'un enchantement magicien que de science solide. » (^Estais, II, 37.)
(263) Spondyle. V. note 108.
Disons en passant que nous de pouvons concevoir comment, dans l'édition de Rabelais de Pierre Dupont, illustrée par Gustave Doré, l'auteur du Glossaire qui accompagne le second volume a pu prendre le nom ancien d'une vertèbre pour un genre d'imeelei coléoptéret 1
colli (263 A), car telles gents il haissoit de mort. Ce faict, lui feit à l'entour quinze ou seze poincts d'aguille (■), affin qu'elle ne tombast derechef : puis mist à l'entour un peu d'un onguent, qu'il appelloit ressuscitatif.
Soubdain Episteinon commencea respirer, puis ouvrir les yeulx, puis baisler, puis esternuer, puis feit un gros ped de meonage. Dont dist Panurge : « A ceste heure est-il guéri asscurement (263 B). » Et lui bailla boire un verre d'un grand villain vin blanc, avec une rostie sucrée (263 C). En ccste façon fut Epistemon guéri habilement, excepté qu'il fut enroué plus de trois sepmaines, et eut une toux sèche, dont il ne put onques guérir, sinon à force de boire. Et là commencea à parler, disant : qu'il avoit vu les diables, avoit parlé à Lucifer familièi'ement, et fcict grand chère en enfer et par les champs Elysées. Et asseuroil: devant touts que les diables estoient bons compagnons. Au regard des dam-
(2G3 A) Le torticolis est, lu plus souvent, une affection rhumatismale qui siège dans les muscles du cou, et qui force les gens qui en sont atteints à tenir la iClo inclinée, d'une façon fort déplaisante. D'autres fols, il ariive que l'inflexion de la léle est produite par un défaut de rapport des vertèbres cervicales. Ces torticolis, que Fleury (Arcfc. génir. de méd., 1838) appelle " primitifs » pourraient comprendre celui que Panurge craignait de proluire,'en n'ajustant pas très exactement la téle et le tronc d'Epistemon. — Dans cette préoccupation médicale, Esmangart et Johanneau voient, tout simplement, un liait lancé contre les moines, qui affectent de pencher la tête pour paraître dévôts et mortifiiïs.
(-21)3 B) Allusion au vieux proverbe Qui crépitât vivil, ainsi traduit en 16C1, par le docteur Dufour de la Crespelière : « Péter magnifiquement Peut faire vivre longuement. »
Adrien de Montluc avait dit avant lui, en plein théâtre, dans sa Comédie des Proverbes :
« Qui veut vivre longuement, Il faut donner au cul vent. »
(263 C) La rôtie sucrée que les bonnes femmes administrent après l'accouchement doit réconforter la patiente. Ainsi doit agir la rôtie servie à Epistemon.
PANTAGRUEL
nés, il dist, qu'il estoit bien marri de ce que Panurge l'avoit si tost révoqué en vie.
« Car je prenois, dit-il, un singulier passeteraps h les voir. - Comment, dist Pantagruel ? — L'on ne les traicte, dist Epistemon, si mal que vous penseriez : mais leur estât est changé en estrange façon,
« Car je vid Alexandre le grand qui repetassoit des vieilles cliausses et ainsi gagnoit sa pauvre vie
Xerxes crioit la mouslarde.
Romule estoit saulnier, Numa clouatier, Tarquin taquin, Piso paysan, Sylla riveran.
Cyre estoit vaoher, • .
Théraistocles verrier,
Epaminondas miraillier,
Bruste et Cassie, agrimenseurs,
Demosthenes vigneron,
Ciceron atise-feu,
Fabie enfileur de patenostres,
Artaxerxes chordier,
Eneas meunier,
Achilles teigneux (264),
Agamemnon licliecasse,
Ulysses fauscheur,
Nestor harpailleur,
Darie cureur de retraicts,
Ancus Martius galefretier,
Camillus gallochier,
Marcellus esgousseur de febves,
Drusus trinquamelle.
Scipion African crioit la lie en un sabot.
(264^ Pourquoi Rabelais donne-l-il la leigne à ichille ? Esl-ce parce qu'on le représenle toujours la lêle couverte, comme un teigneux'! — Nous posons la question sans la résoudre (Voir la Satire minippée, édit. Garnier, page 2).
nADELAIS MÉDECIN.
Asdrubal cstoit lanternier,
Hannibal coquassier.
Priam vendoil les vieulx drapeaulx.
Lancelotdu Lac esloit escorcticur do chevaulx morts.
Tous les chevaliers de la lablc ronde esloient pauvres gagne-deniers, tirants la rame pour passer les rivières de Cocytc, Plilcgclon, Styx, Aclieron et Lclhe, quand messieurs les diables se veulent esballre sur l'eau comme font les basleliers de Lyon et gondoliers de Venise. Mais pour chascune passade, ils n'en ont que une nazarde, et sur le soir quelque morceau de pain chaumoni.
Trajan estoit pescheur de grenouilles,
Antonin laquais,
Commode gayetier,
Pertinax escalleur de noix,
Luculle grillotier,
Justinian bimbelotier.
Hector cstoit fripe-saulce.
Paris estoit pauvre loqueteux,
Achilles botelcur de foin,
Cambyses mulelicr.
Néron estoit vieillcux, et Fierabras son varlet ; mais il lui faisoit mille maulx, et lui faisoit manger le pain bis, et boire vin poulsé ("205), lui mangeoit et buvoit du meilleur.
Jules César et Pompée estoient goildronneurs de navires.
Valentin et Orson servoient aux estuves d'enfer et estoient rascletorets (2GG).
(265) V. noie 189.
(266) Il est des employés dans les étuves qui frictionnent, massent et raclent la peau du corps des baigneurs. Chez les Romains riches, chacune de ces opérations nécessitait un serviteur particulier. Les frictions étaient faites par les fricatores; le raclage, au moyen d'un racloir ou étrille appelé s/riji/Zc, était opéré par les aliples ; Hippoci ate proscrivait l'usage des racloirs ; il voulait qu'on les remplaçât par des éponges ; le massage était pratiqué par les traclatores. Ils avaient, de plus, des baigneurs chargés de les parfumer. On leur donnait le nom de unclores.
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Giglain et Gauvain estoient pauvres porchiers.
Geoffroy à la grand dent estoit allumelier,
Godefroy de Billon dominotier.
Baudoin estoit manillier,
Don Pielro de Castille porteur de rogatons.
Morgant brasseur de bière.
Huon de Bourdeaulx estoit relieur de tonneaulx,
Pyrrhus souillart de cuisine.
Antioche estoit ramoneur de cheminées.
Romule estoit rataconneur de bobelins,
Octavian ralisseur de papier,
Nerva houssepaiUier,
Le pape Jules crieur de petits pastés, mais il ne portoit plu.s sa grande et bougrisque barbe (266 A).
Jean de Paris estoit graisseur de bottes,
Artus de Bretaigne desgraisseur de bonnets,
Perceforest porteur de costrets.
Boniface pape huictiesme estoit eseumeur de marmites.
Nicolas pape tiers estoit papetier.
Le pape Alexandre estoit preneur de rats,
Le pape Sixte graisseur de vérole (2(j71.
— Comment, dist Pantagruel, y a il des vérolés de par de là? — Certes, dist Epistemon, je n'en vis onques tant ; il y en ha plus de cent millions. Car croyez que ceulx qui n'ont eu la vérole en ce monde-ci, l'ont en l'aultre (268).
— Cor Dieu, dist Panurge, j'en suis doncqucs quitte. Car je y resté jusques au trou de Gilbathar, et rempli
(266 A) Bougrisque ou boulgrisie, de boulgre. V. note 80.
(267) V. note 230. — 11 y a peut-être ici une allusion au métier de la sœur d'un chef de la chrétienté. Brantôme a écrit, en effet, dans la vie des grands capitaines : a Le pape Sixte, duquel et de sa sœur avoit esté faict un pasquin, vestu d'une chemise fort sale, se plaignoil qu'elle n'estoit point blanche, et que la lavandière l'aveit quicté pour .se laire duchesse. Il disoit cela parce que la sœur du pape, n'avoit pas longtemps qu'on l'avoit veue lavandière et le pape l'osla de ce mestier et la flst duchesse. > (268) V. note 219.
les bondes de Hercules, et ai abbatu des plus meures (268 A).
— Ogier le Danois ostoit forbisscur de harnois.
Le roi Tigranes estoit recouvreur,
Galien Restauré preneur de taulpes,
Les quatre fils Aymon arracheurs de dents. (*)
Le pape Calixte estoit barbier de maujoinct (ÎG8 B),
Le pape Urbin croquelardon.
Melusine estoit souillarde de cuisine,
Matabrune lavandière de buées,
Clcopatra revenderessc d'oignons,
Ilelenc courratièrc de chamérières,
Seniiramis espouilleresse de belistres,
Dido vendoit des mousserons. (*)
Penthcsilée estoit cressonnière,
(2C8 A) Panurge dirait aujourd'luii, dans l'argot de l'hApital du Midi : • J'ai eu quinte, quatorze et le point d, ce qui signiHe : « Je suis allé jusqu'aux accidents tertiaires. »
(2G8 B) Au propre, maujoinct veut dire benjoin. La curieuse pièce suivante montrera quelle est la signification de ce mot au figuré. C'esl un rondeau composé en 1515, à l'occasion di la blessure de François I"''.
Le roi ayant dû se faire couper les cheveux, toute la Cour l'imita. Le roi, pour remplacer les agréments de sa chevelure absente, ayact songé à laisser pousser sa barbe, toute la Cour s'abstint Je se faire raser. Le malheur qui on résulta pour les barbiers se chantait ainsi :
« Povres barbiers, bien estes morfondus
De veoir ainsi gentilzhommcs tondus,
Et porter barbe; or advisez comment
Vous gaignerez, car tout premièrement
Tondre et peigner ce sont cas défendus
De teslonner on n'en parlera plus,
Gardez cizoaux et rasouers esmoulus :
Car désormais vous faut vivre aullrement Povres barbiers.
J'en ai pitié, car plus comtes, ne ducs
Ne peignerez ; mais comme gens perdus
Vous en irez besongner chaudement
En quelque esluve, et là gaillardement
Tondre MAUJOINCT ou raser Priapus Povres barbiers. »
PANTAGRUEL
Lucrèce hospitalière,
Hortensia filandière,
Livie rascleresse de verdet (269).
« En ceste façon, ceulx qui avoient esté gros seigneurs en ce monde ici gagnoient leur pauvre mescliante et paillarde vie là-bas. Au contraire, les philosophes, et ceulx qui avoient esté indigents en ce monde, de par de-là estoient gros seigneurs en leur tour. Je vis Diogenes qui se prélassoit en magnificence avec une grande robe de pourpre et un sceptre en sa dextre, et faisoit enrager Alexandre le grand, quand il n'avoit bien repetassé les chaulses, et le payoit en grands coups de baston. Je vis Epiclete vestu galantement à la françoise soubs une belle ramée avecques force daraoiselles sç rigolant, buvant, dansant, faisant en tcnits cas grand chèi'e, et auprès de lui force escuts au soleil. Au dessus de la treille estoient pour sa devise ces vers escripts :
Saulter, danser, faire des tours, Et boire vin blanc et vermeil :
Et ne faire rien tous les jours Que compter escuts au soleil.
« Lors quand me vit, il m'invita à boire avecques lui
(260) Dans l'édiiion de Burgaud des Mareis et Rathery, il est dit que rascleresse de verdel signifie éplucheme de légumes. Celte interprétation ne me parait pas exacte.
Le verdet ou vert-d»-gris est un sous-acétate de cnÏTre, qu'on obtient en soumettant des lames de cuivre à l'action des vapeurs d'acide acétique. On emploie des ouvriers pour racler le sel ainsi obtenu à la surface des plaques métalliques ; c'est cette besogne malsaine que l'auteur inflige à la mère de Tibère.
On fabriquait du verdet à Montpellier, au temps où Rabelais habitait cette ville.
Le moine Théophile a noté le raclage du verdet âans son diversarium artium schedula :
« Si vero viride Hispanicuni componere velis, toile cupri tabulas atlenuatas et radens eas diligenter ex utraque parte, perfunde acelo paro et calido. Compones eas in ligne minori cavo. Post duas seplimanas respice ac rade ; sique faciès doneo libi color sufflciat. »
courtoisement, ce que je feis volunliers, et chopinasmes théologalement. Ce pendent vint Cyre lui demander un denier en l'honneur de Mercure, pour achapter un peu d'oignons pour son souper. « Rien, rien, dist Epictele : je ne donne poinct de deniers. Tien, marault, voilà un escut : sois homme de bien. ))
« Cj-re fut bien aise d'avoir rencontré tel butin. Mais les aultres coquins de rois qui sont là bas, comme Alexandre, Daire et aultres, le desrobarent la nuict. Je vis Patheliii, thésauricr de Rhadamantho, qui marchandoit des petits pastés que crioil le pape Jule, et lui demanda combien la douzaine. « Trois blancs, dist « le pape. — Mais, dist Pathelin, trois coups de barre, « baille ici, villain, baille, et en va quérir d'aultres. » Le pauvre pape alloil pleurant, quand il fut devant son maistre pastissier, lui dist qu'on lui avoit esté ses pastés. Adoncq le pastissier lui bailla l'anguillade (270) si bien que sa peau n'cust rien valu à faire cornemuses.
« Je vis maislre Jean le Maire (270 A) qui contrefaisoit du pape, et à touts ces pauvres rois et papes de ce monde faisoit baiser ses pieds, et en faisant du grobis leur donnoit sa bcnédictioii, disant : « Gagnez les pardons, coquins, gagnez ; ils sont à bon marché : je K vous absoiils de pain et de soupe, et vous dispense « de ne valoir jamais rien. »
» Et appella Caillette, et Trlboulet, disant : <■ Mes- » sieurs les cardinaux, dépesohez leurs bulles à chas-
(270) Des coups de fouet ou de cfavacho (faits ou non de lanières de peau d'anguille) appliqués vigoureusement sur les téguments, peuvent craser ses fibres et produire de véritables trous. Leur présence empêcherait de faire de cette peau une cornemuse,
V, Pline, Hist. nat., IX, 23.
(270 A) Jean Lemaire, de Belges, est l'auteur des contes « du changement de l'arc amoureux avec celui de la cruelle mort 'i. On lui attribue ta paternité du • triumphe de haulte et puissante dame Verdie >, que Paul Lacroix dit être de Rabelais. Je me propose ds publier le triutnphe dan( [Rabelaii médecin, et je ferai confltltre mon •pinion Motivéâ sur l'œuvre et tur l'auteur.
PANTAGRUEL
« cun un coup de pau sus les reins. » Ce que fut faict incontinent.
« Je vis maisire François Villon, qui demanda à Xorxes, combien la denrée de moustarde. « Un denier, n dist Xerxes. » A quoi dist ledict Villon : « Tes fieb- (( vres quartaines (271), villain, la blanchée n'en vault Il riu'un pinard, et tu nous surfais ici les vivres? » Adonc pissa dedans son baquet comme font les mousliirdlers à Paris. Je vis le francarcher de Bagnolet qui cbtoit inquisiteur des hérétiques. Il rencontra Perceforcst pissant contre une muraille (272), en laquelle cstoit painct le feu de Sainct Antoine. Il le déclara licrctique, et l'eust fait brusler tout vif, n'eust esté INlorijant qui, pour son proficiat et aultres menus droicls, lui donna neuf muids de bière.
— Or , dist Pantagruel , réserve-nous ces beaulx comptes à une aultrefois. Seulement di nous comment
(•27 1; V. noies 134, 33S, 406 et 426.
it On fera vos fiebvres cartaines Qui vous puisse serrer les veines. » (La farce de Mettier et marchandite, XVI» siècle). — « Et va, va, les fiebvres quarlainei. »
(La farce de la Pippée, xv" siècle).
— Je termine ma revue des imprécations par la fièvre quarte, dans las vie'jx auteurs français, par ce dialogue du iVouveou Palhelin :
« LE PREBSTBIÎ
Vuide dehors, fol insensé.
Car il est bien temps que tu parles