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CHAPITRE V

Le propos Jcb bcuveurs.

uis entrèrent en propos de reciner on propre lieu. Lors flaccons d'aller, jambons de trotter, goubelets de voler, breusses de tinter. Tire, baille, tourne, brouille. Boutte à moi sans eau; ainsi, mon amy; fouette moy ce verre galantement ; produis moi du clairet, verre pleuvant. Trêves de soif. Ha, faulse fièvre (24), ne t'en irastu pas? Par ma foy, commère, je ne peux entrer en bette. Vous estes morfondue, m*amie. Voire. Ventre saint Quenet, parlons de boire : Je ne boy qu'à mes heures, comme la mule du pape. Je ne boy qu'en mon bréviaire, comme un bon père guardian. Qui fut premier, soif ou beuverie? soif : car qui eust beu sans soif durant

(24) Propos de buveur, mais de buveur qui sait que l'augmentation de la soif est un des signes caractéristiques de la fièvre et des maladies aiguës, qui a lu Celse disant : « La fièvre allume la soif et demande du rafraîchissement. »

Montaigne cite, au 11" livre de ses Essais, « un qui ne voulait pas que son médecin luy ostat l'altération de la fiebvre pour ne perdre le plaisir de l'assouvir en beuvant. »

le temps d'innocence (25)? Beuverie : car pi ivafio prœsHpponit habitiim. Je suis clerc. Fœcundi calices qiiem non fccere âisertnm ? Nous autres innocensne beuvonsque trop sans soif. Non, moy pécheur sans soif : et, sinon présente, pour le moins future, la prévenant comme entendez. Je boy pour la soif advenir. Je boy éternellement. Ce m'est éternité de beuverie, et beuverie d'éternité. Chantons, beuvons; un motet : entonnons. Où est mon entonnoir? Quoi ! je ne boy que par procuration.

Mouillez vous pour seicher ou seichez vous pour mouiller? Je n'entends point la théorique. De la pratique je m'en aide quelque peu. Baste. Je mouille, je humecte, je boy; et tout de peur de mourir. Beuvez tousjours, vous ne mourrez jamais. Si je ne boy, je suis à sec, me voila mort. Mon âme s'enfuira en quelque grenoillère. En sec jamais l'âme ne habite. Sommeliers, o créateurs des nouvelles formes, rendez moi de non beuvant beuvant. Perannité d'arronsement par ces nerveux et secs boyaux. Pour néant boit qui ne s'en sent. Cestuy entre dedans les venes, la pissotière n'y aura rien (26). Je la-

(25) Faire ramoiu- en toute saison et boire sans avoir soif, a dit Beaumarchais, c'est ce qui distingue l'homme de la brute. La première partie de cet adage est exprimée pantagruéliquement à l'endroit de la note 20. La seconde suit de près, comme on le voit à celle-ci.

(26) Dans la fonction spéciale appelée par Charles Robin urmaiion, l'appareil urinaire rejette hors du corps, humain les matériaux liquides impropres à entretenir la

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verois volontiers les tripes (27) de ce veau que j'ay ce matin habillé. J'ai bien saburré mon stomach (28). Si le papier de mes scliedules beuvoit aussi bien que je fais, mes créditeurs auraient bien leur vin quand on vi endroit à la formule de exhiber. Geste main vous gaste le nez ! .0 quantz autres y entreront avant que cestuy en sorte ! Boire a si petit gué, c'est pour rompre son poictral. Ceci s'appelle pipée à flaccons.

vie, tandis que l'appareil digestif introduit dans l'organisme les éléments de la nutrition. Ces parties nutritives sont absorbées par les veines et par les vaisseaux chylifères. Sans attendre les travaux du fameux anatomiste Aselli sur ces derniers vaisseaux, Rabelais savait que la nature fait deux parts des liquides absorbés par le corps humain : Tune allant aux venes, c'est la partie nutritive ; l'autre, celle qui ne nourrira point l'individu, allant à la pissotière. Ici il s'agit d'un vin si bon que « la pissotière n'y aura rien ».

Plante, ce Molière latin, que Rabelais lisait souvent et citait volontiers, fait dire à un gourmand : « Il me faut du bouillon épais, car nolo in vesicam, quod eat in venir nn volo. — Je ne veux pas que ce qui doit nourrir l'estomac s'en aille à la vessie. »

(27) Les liquides que nous buvons agissent mécaniquement en pénétrant dans l'estomac. Ils produisent réellement une sorte de lavage qui étend les sucs digestifs et les mélange à la masse à digérer.

(28) Saburré signifie, d'après Burgaud des Marets et Ratheiy, lesté; de sabure, gros sable dont on lestait les navires. Il est permis de se demander si cette signification est bien complète et si, en parlant d'un estomac saburré, Rabelais ne pensait pas à cet état particulier des voies digestives connu en pathologie sous le nom d'état saburral, et que l'on constate en examinant la langue. Dans l'état saburral la langue est dite chargée.

duelle différence est entre bouteille et flaccon? Grande ; car bouteille est fermée à bouchon, et flaccon à vitz. De belles. Nos pores beuvcnt bien etvuiderent lespotz. C'est bien chiéchanté, beuvons. Voulez-vous rien mander à la rivière? Cestuy cy va laver les tripes. Je ne boy en plus qu'une esponge. Je boy comme un templier : et je tanqiiain spoisiis : et moi siaU Icrra shicaqna. Un synonyme de jambon, c'est un compulsoire de beuveties (29), c'est un poulain. Par le poulain on descend le vin en cave ; par le jambon en j'estomac. Or ça i\ boire, boire ça. Il n'y a point charge. Respicc pcrsonam, ponc pro duos : bus non est in usu. Si je montois aussi bien comme j'avalle, je fusse pieça haut en l'air.

Ainsi se fit Jacques Cueur riche, Ainsi profitent bois en friche ; Ainsi conquesta Bacchus l'Inde, Ainsi philosophie Melinde.

Petite pluye abat grand vent : longues beuvettes rompent le tounoirre. Mais, si ma couille pissoit telle urine, la voudriez bien sugcer (30).^

(29) Voir note 15.

(30) Le testicule ne pisse point. Il ne fait pas partie de l'ensemble des cavités et conduits destinés à contenir l'urine et à la porter dehors. Il y a probablement ici une faute d'impression ou un lapsus calami de l'auteur. Rabelais qui a commenté Galien — nous publierons ces commentaires, — connaissait ses expériences sur les uretères. Il ne pouvait penser à faire passer l'urine par le scrotum, à moins que, désirant faire montre d érudition, il eût songé à la mahidie appelée hypospadias de la racine, « hermaphrodisme mâle apparent » de quelques auteurs.

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Je retiens après. Page, baille : je t'insinue ma nomination en mon tour.

Hume Guillot Ericores y en a il ou pot.

Je me porte pour appellant la soif, comme d'Abus. Page, relevé mon appel en forme. Geste roigneure ! Je soulois jadis boire tout, maintenant je n'y laisse rien. Ne nous hastons pas et amassons bien tout.

Voicy tripes de jeu, gaudebillaux d'envy, de ce fauveau à la raye noire. O, pour Dieu, estrillon le a profit de mesnage. Beiivez ou je vous... non, non, beuvez je vous en prie. Les passereaux ne mangent sinon qu'on leur tappe les queues. Je ne bois sinon qu'on me flatte.

Lagotia edatera. Il n'y a rabouilliere en tout mon corps où cestuy vin ne fiirette la soif. Cestuy cy me la fouette bien. Cestuy cy me la bannira du tout. Cornons icy à sons de flaccons et bouteilles, que quiconques aura perdu la soif n'ait à la chercher céans. Longs clystcres de beuverie l'ont fait vuider hors le logis (31). Le

(31) Sous cette forme baroque se cache un grande vérité pliysiologique : on peut calmer la soif par un clystère. Les liquides injectés dans l'intestin sont absorbés en plus ou moins grande quantité et peuvent produire des effets divers selon les substances employées. Nous avons soutenu avec des lavements de lait et de bouillon, un enfant qui ne pouvait prendre aucun aliment par la bouche. On ne s'étonnera pas de lire qu'on peut désaltérer quelqu'un en lui donnant un lavement, quand on

UAUELAIS MÉDECIN.

grand Dieu fit les planètes, et nous faisons les platz-netz. J'ay la parole de Dieu en bouche : Siiîo. La pierre dite asbcstos (32) n'est plus inextinguible que la soif de ma paternité. L'appétit vient en mangeant (33), disoit Angeston; mais la soif s'en va en beuvant. Remède contre la soif? Il est contraire à celuy qui est contre morsure de chien : Courez tousjours après le chien, jamais ne vous mordera; beuvez tousjours avant la soif, et jamais ne vous adviendra. Je vous y prends. Je vous y resveille. Sommelier éternel, garde-nous de somme. Argus avoit cent yeulx pour voir : cent mains faut à un sommelier, comme avoit Briareus, pour infatigablement verser. Mouillons, hay, il fait beau seicher. Du blanc, verse tout, verse de par le diable : verse deçà, tout plein. La langue me pelle (34).

saura, qu'en mer, les hommes d'un équipage privé d'eau potable, n'ont qu'à se plonger, le corps entier, dans l'eau salée, pour sentir leur soif diminuer sensiblement.

(}2) Asbestos , de a privatif et çSsvvuni j'éteins; c'est Vamiante ou amianlhe, que BufFon appelait encore ashcste. On s'en est servi pour faire des mèches. Elle est formée de silice, de magnésie, de chaux. On en rencontre de petites quantités dans le département des Basses- Alpes. (Voir la note 511.)

(■^^) Àngeslon est, d'après Quitard, le nom grécisé de Haiigcsf, docteur de Sorbonne. 11 serait réellement le premier auteur de cet adage : « L'appétit vient en mangeant, » dont on attribue souvent la paternité au percepteur de Charles IX, Amyot.

• (34) Il n'est pas nécessaire d'être médecin pour connaître cet état particulier de l'organe du goût chez les ivrognes. Le professeur Fonssagrives a. étudié scientifi-

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Lans tringue : A toi compaing, de hait, de hait. La, la, la, c'est morfiaillé cela. 0 lacrymachrisli ! c'est de la Devinière : c'est vin pineau. O le gentil vin blanc ! et par mon âme, ce n'est que vin de tafetas. Heu, heu, il est à une oreille, bien drappé et de bonne laine. Mon compagnon, courage ! Pour ce jeu nous ne volerons pas, car i'ay fait un levé. Ex hoc in hoc. Il n'y a point d'enchantement : chascun de vous Ta veu. Je y suis maistre passé. A brum, a brum, je suis prestre Macé. O les beuveurs! o les altérés ! page, mon amy, emplis eticy couronne le vin, je te prie, à la cardinale, natura abhorret vacuum (35). Diriez-vous qu'une mousche y eust beu ? A la mode de Bretaigne. Net, net, à ce pyot. Avaliez, ce sont herbes (36).

queraent cet état spécial de la langue des buveurs dans son cours d'Hygiène à la Faculté de Montpellier.

(35) Natura abhorret vaaiuin : C'était Ja physique de l'époque, et de celle qui suivit, jusqu'à la découverte de la pression atmosphérique, entrevue par Toricelli et mise au grand jour par Biaise Pascal.

(36) C'est-à-dire : Cette boisson est salutaire, ce sont lierbes médicinales, prenez, vous vous en trouverez bien ; toutes choses que l'on dit au patient qui hésite avant d'avaler une drogue.

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