‹ Rabelais médecin [electronic resource]Chapitre 48 sur 121 · CHAPITRE XXXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVIII

Comment Gargantua mangea en salade six pèlerins.

e propos requiert que racomptons ce

3u'advint à six pèlerins qui venoien't e Saiiict Sebastien (124 /er) près de Nantes, et pour soi iiéberger celle nuict, de paour des ennemis, s'ttoient mussès au jardin dessus les poisards, entre les choulx et laictues. Gargantua se trouva quelque peu altéré, et demanda si l'on pourrait trouver des laictues (125) pour faire salade.

Et entendent qu'il y en avoit des plus belles et grandes du pays, car elles estoient grandes comme pruniers ou noyers, y voulut aller lui-

(124 ier) Saint Sébastien guérissait de la peste. (Voir note 150.)

(125) Si Gargantua altéré veut de la laitue c'est qu'il connaît les propriétés de cette plante. Elle rafraîchit, tempère la soif et facilite l'écoulement des urines. Les Romains avaient l'habitude de terminer le repas par une salade de laitue, comme le témoigne ce passage d'Horace : « cJaudere canas Jactuca solebat. » Nous faisons souvent de

GARGANTUA

mesme, et emporta en sa main ce que bon lui sembla, ensemble emporta les six pèlerins, lesquels avoient si grand paour, qu'ils n'ausoient ni parler, ni (*) tousser.

Les lavant donc premièrement en la fontaine, les pèlerins disoient en voix basse l'un à l'aultre : « Qu'est-il de faire ? nous noyons ici entre ces laictues : parlerons-nous ? mais si nous parlons, il nous tuera comme espies. » Et comme ils délibèroient ainsi, Gargantua les mist avecques ses laictues dedans un plat de la maison, grand comme la tonne de Cisteaulx, et avecques huile, et vinaigre, et sel, les mangeoit pour soi refraischir (125 his) devant souper, et avoit ja engoulé (125 his) cinq des pèlerins : lesixiesme estoit dedans le plat caché soubs une laictue. excepté son bourdon qui apparoissoit au-dessus,

même. Gargantua procède en sens inverse, selon l'usage de son temps, indiqué par le quatrain suivant d'un contemporain de Rabelais :

« Au dessert l'on mettoit sur table La laictue aux bons anciens :

Di moy pourquoy de nostre temps C'est le premier mets agréable ? »

Aujourd'hui les pharmaciens tirent de la laitue un suc excellent pour calmer la toux. On l'appelle laducarium.

(125 bis) « La laitue est froide et humide, elle est bonne aux petites inflammations et désaltère. (Galien liv. VI, simp.) '

— Engoulé, pour mettre dans la bouche, de in et gula. Ce mot est encore usité en Provence.

Lequel voyant Grandgousier dist à Gargantua : «Je croi que c'est là une corne de limaçon, ne le mangez poinct. — Pourquoi ? dist Gargantua, ils sont bons tout ce mois (126).

Et, tirant le bourdon, ensemble enleva le pèlerin et le mangeoit très bien. Puis but un horrible traict de vin pineau, en attendent que l'on apprestast le souper.

Les pèlerins, ainsi dévorés, se tirarent hors les meules de ses dents (*) le mieulx que faire purent, et pensoient qu'on les eust mis en quelque basse fosse des prisons. Et lors que Gargantua but le grand traict, cuidarent noyer en sa bouche, et le torrent du vin presque les emporta au goulphre de son estomach : toute? fois saultant avec leurs bourdons, comme font les miquelots, se mirent en franchise l'orée des

(126) Us sont bons tout ce mois, locution populaire.

Quand les moissonneurs du Var sont réunis à l'ombre pour le repas de midi, s'il arrive qu'une mouche, un papillon, une chenille ou tout autre bestiole, venant à tomber dans la grande bassine qui sert de soupière, provoque des réflexions de nature <à neutraliser l'appétit des délicats : « faites pas attention, dit un ancien, sont bons tout ce mois. » Il n'y a donc dans le passage qu'un souvenir méridional et non une allusion scientifique.

Disons cependant que le limaçon passe pour béchique : on fabrique aux environs de Montpellier une pâte pectorale à base de limaces ou d'escargots qui est très-estimée.

Cicéron, dans son traité De divinatione, a fait mention de l'emploi des escargots en thérapeutique. Galien s'est étendu longuement sur leurs propriétés.

GARGANTUA

dents. Mais par malheur l'un d'eulx, tastant avecques son bourdon le pays, à sçavoir s'ils estoient en seureté, frappa rudement en la faulte d'une dent creuse, et ferut le nerf de la mandibule, dont feit très forte douleur à Gargantua (127) et commença crier de rage qu'il endurcit. Pour doncques se soulager du mal, feit apporter son curedent, et sortaj.it vers le noyer grollier, vous dénigea messieurs les pèlerins.

Car il attrapoit l'un par les jambes, l'aultre par les espaules, l'aultre par la besace, l'aultre par la fouillouse, l'aultre par l'escharpe : et le pauvre hère qui l'avoit feru du bourdon, l'accrocha par la braguette (127 bis), toutesfois ce lui fut un grand heur, car il lui perça une bosse chancreuse (128) qui le martyrisoit depuis le temps

(127) Le mal de dent est un mal terrible surtout lorsqu'il est produit, comme chez Gargantua, par le choc brusque d'un corps étranger à la surface de la pulpe mise à découvert au fond d'une carie. Un cri de rage est donc permis.

(127 his) Voir note 49 his.

(128) Rabelais entend sans doute par hossa chancreuse les bubons inguinaux dont Fracastor avait parlé pour la

Sremière fois en 1530 et qui furent réellement décrits par icolas Massa en 1532.

Le bienfaisant coup de curedent de Gargantua rappelle ce passage de Cicéron :

« Souvent on a été utile en voulant nuire, témoin celui qui d'un coup d'épée ouvrit l'abcès de Jason de Phérée, qu'aucun médecin n'avait pu guérir. » (De nattir. Deorum, lib. m.) f & V

2l8 RABELAIS MEDECIN.

u'ils eurent passé Ancenis. Ainsi les pèlerins énigés s'enfuirent à travers la plante à beau trot, et appaisa la douleur. En laquelle heure fut appelle par Eudemon pour souper, car tout estoit prest. « Je m'en vai doncques, dist-il, pisser mon malheur (128 bis). » Lors pissa si copieusement, que l'urine trancha le chemin aux pèlerins et furent contraincts parser la grande boire. Passants de là, par l'orèe de la touche en plain chemin, tombarent tous, excepté Fournillier, en une trape qu'on avoit faicte pour les loups à la trannèe. D'ond escaparentmo3'ennant l'industrie dudict Fournilher , qui rompit tous les lacs et cordages. De là issus, pour le reste de cette nuict coucharent en une loge près le Couldrai. Et là furent reconfortés de leur malheur par les bonnes paroles d'un de leur compagnie, nommé Las-d'aller, lequel leur remonstra que cette adventure avoit esté prédicte par David, Psal. Cùm exsurgerent homines in 1105^ forlè vivos déglutissent nos, quand nous fusmes mangés en salade au grain du sel. Cùm irasceretur ftiror eoruni in nos, forsitan aqua absorbîiisset nos, quand il but le grand traict. Torrentem pertransivit anima nostra, quand nous passasmes la grande boire. Forsitan pertransissct anima nos-

(128 bis) Gargantua, qui souffre du mal de dent, et non d'ailleurs, dit cependant qu'il va « pisser son malheur » par allusion aux souffrances qu'endurent certains malades, clients de Rabelais, quand ils expulsent leur urine.

GARGANTUA

ira, aquam întolerabilein, de son urine, dont il nous tailla le chemin. Benedictus dominus qui non dédit nos in captionem dmtibus eorum. Anima nosira, siciit passer, erepta est de laqueo venantium, quand nous tombasmes en la trape. Laqueus contritus, est, par. Fournillier, et nos liberati sumus. Adjuiorium nostrum, etc.

i CHAPITRE XXXIX

Comment le moine fut festoyé par Gargantua, et des beaulx propos qu'il tint en soupaiit.

uand Gargantua fut à table, et la première poincte des morceaulx fut bauffrée , Grandgousier commencea racompter la source et la cause de la guerre mue entre lui etPicrochole : et vinct au poinct de narrer comment frère Jean des Entommeuresavoittriumphc à la deffense du clos de l'Abbaye, et le loua au-dessus des prouesses de Camille, Scipion, Pompée, César, et Themistoclcs. Adonc requist Gargantua que sus l'heure fust envoyé quérir, affin qu'avec lui on consultast de ce qu'estoit à faire. Par leur vouloir l'alla quérir son maistre d'hostcl, et l'amena joyeusement avec son baston de croix, sus la mule de Grandgousier.

Quand il fut venu, mille caresses, mille embrassements, mille bons jours furent donnés. « Hé ! frère Jean mon ami, frère Jean mon grand cousin, frère Jean de par le diable : l'accolée, mon ami. A moi la brassée. — Ça (129), couillon, que je t'esrene à force de t'accoller. »

(129) Le nom de cet organe que Malgaigiie n'aimait

Et frère Jean de rigoller : jamais homme ne fut tant courtois ni gracieux. « Ça, ça, dist Gargantua, une escabelle ici auprès de moi, à ce bout. — Je le veuk bien, dist le moine, puis qu'ainsi vous plaist, Page, de l'eau; boute mon enfant, boute ; elle me refraischira le foie (*). Baille ici, que je gargarise. — Deposita cappa, dist Gymnaste, ostons ce froc. — Ho, par Dieu dist le moine, mon gentilhomme, il y a un chapitre in statiitis Ordonis, auquel ne plairoit le cas. — Bren, dist Gymnaste, bren pour vostre chapitre. Ce froc vous rompt les espaules (*) : mettez bas. — Mon ami, dist le moine, laisse-le moi : car par Dieu je n'en boi que niieulx. Il me fait le corps tout joyeux. Si je le laisse, messieurs les pages en feront des jarretières, comme il me fut faict une fois à Coulaines. D'advantage je n'aurai nul appétit (*) Mais si en cest habit je m'assis à table,

pas à appeler « testicule » (voir note 60) est malheureusement encore, en plusieurs provinces, un terme d'amitié, étrange comme celui de iiiea menlnla dont usaient les Romains. Plusieurs auteurs du seizième siècle l'ont employé, dans le sens que lui donne Rabelais en ce passage qu'il faut lire ainsi : « Ami, que je te brise les reins, à force de te presser sur mon cœur. »

Clément Marot a dit dans le Dialogue de deux Amon- Vi'iix :

« Que je t'eschine

De fine force d'accolades. »

Esmangart et Johanneau ont écrit dans leurs notes que ce mot de caresse lait ici une équivoque de cokiis à cvcullio, onis, moine à cucullç.

je boirai par Dieu et à toi, et à ton cheval. Et dehait Dieu gard de mal la compagnie ! J'avois soupé : mais pour ce ne mangerai-je poinct moins : car j'ai un estomach pavé (*), creux comme la botte sainct Benoist : tousjours ouvert comme la gibbessière d'un advocat. De tous poissons, fors que la tenche (129 bis), prenez l'aile de la perdrix, ou la cuisse d'une nonnain : n'est ce falotement mourir quand on meurt le caiche roide (130). Nostre prieur aime fort le blanc de

(129 his) « De touts poissons, fors que la tenche, Prenez le dos, laissez la penche. »

Ce proverbe picard, cité par H. Estienne, pourrait trouver sou origine dans la structure de la tanche, {tenche, tinca) poisson d'eau douce, semblable au goujon, renfermant beaucoup d'arêtes.

0 On dict : ciiysse de nonains ; d'autres disent que c'est la perdrix des femmes, pour en estre la viande plus friande et savoureuse que des .lutres ; ce que je ne croy. » (Brantôme, Vies des Grands Capitaines.)

(130) Ce serait « falotement» mourir, en effet, car les pendus seuls passent de vie à trépas en état d'érection. On croyait, du temps de Rabelais, que ceux qui avaient joui d une religieuse mouraient comme les pendus.

A propos d'une autre classe d'individus qui mouraient dans l'état indiqué par Rabelais, Cabanis a écrit :

« C'est en vain qu'on allègue, en preuve des vertus aphrodisiaques de l'opium, l'état d'érection dans lequel on trouve souvent les Turcs restés morts sur le champ de bataille. Cet état dépend sans doute du spasme violent et général ou des mouvements convulsifs dont le corps s'est trouvé saisi dans l'instant de la mort ; mais voilà tout ce (^u'on peut conclure de cette observation, car on l'a faite aussi parmi nous sur les cadavres de plusieurs pendus. »

gargant.ua.

chapon. — En cela, dist Gymnaste, il ne semble poinct aux regnards; car des chapons, poulies, poullets qu'ils prennent, jamais ne mangent le blanc. — Pourquoi? dist le moine. — Parce, respondit Gymnaste, qu'ils n'onct pas de cuisiniers à les cuire (131). Et s'ils ne sont compétentement cuits, ils demourent rouges et non blancs. La rougeur des viandes est indice qu'elles ne sont assez cuictes. Exceptés les gammares et escrevices que l'on cardinalise à la cuicte. — Feste Dieu Bayard, dist le moine, l'enfermier de nostre abbaye n'ha doncques la teste bien cuicte, car il a les yeulx rouges (132) comme un jadeau de vergne. Cette cuisse de levrault est bonne pour les goutteux (i 3 3).

(131) Observateur attentif, Rabelais note ici, en passant, Iz couleur des viandes. Le regretté Jules Janin a fort donné à rire en appelant, un jour, le homard le cardinal des mers. Il n'y avait point là de quoi « s'esclaffer » si fort. Le philosophe de Passy, qui lisait souvent Gargantua, avait encore, quand il lança cette définition, présente à l'esprit la phrase originale dont s'étau servi le cure de Meudon pour dire : les homards (gammares, de xaupapoç) et les écrevisses deviennent rouges en cuisant.

(132) Cet infirmier était un ivrogne.

(133) Au livre XXVIII, chap. 62 de son Histoire naturelle, Pline a dit :

« On allège les douleurs de la goutte en portant tou-. jours sur soi un pied de lièvre coupé à l'animal vivant. »

. Rabelais veut se moquer de cette propriété du pied de hevre cru quand il conseille d'en manger une cuisse cuite.

La chair de lièvre passait pour avoir, une foule de

« A propos truelle, pourquoi est-ce que les cuisses d'une damoiselle sont toujours fraisches? — Ce problème (*), dist Gargantua, n'est ni en Aristoteles, ni en Alexandre Aphrodisée, ni en Plutarche. — C'est, dist le moine, pour trois causes : par lesquelles un lieu est naturellement refraischi. Trinio, pource que l'eau decourt tout du long. Secundo, pource que c'est un lieu umbrageux, obscur, et ténébreux, auquel jamais le soleil ne luist. Et tiercement, pource qu'il est continuellement esventé des vents du trou de bise, de chemise, et d'abundant delà braguette. Et dehait. Page à la humcrie. Crac, crac, crac ! Que Dieu est bon, qui nous donne ce bon piot. J'advoue Dieu, si j'eusse esté au temps de Jesus- Christ, j'eusse bien engardé que les juifs ne l'eussent prins au jardin d'olivet. Ensemble le diable me faille, si j'eusse failli de couper les jarrets (*) à messieurs les apostres, qui fuirent tant laschement après qu'ils eurent bien soupé, et laissarent leur bon maistre au besoing. Je hai plus que poison un homme qui fuit quand il fault jouer descousteaulx. — Hon, que je ne suis roi

vertus. Entre autres plus ou moins singulières, on lui attribuait celle de rendre le teint vermeil et de donner la beauté, conmie on peut le voir par l'épigramme de Martial : siqttando leporein...

Même du temps de Rabelais on enseignait gravement des aphorismes sur le lièvre tels que ceux-ci :

Ses rognons crus, mangés chauds, aident les graveleux ; — ses testicules guérissent les douleurs de la vessie ; — son sang guérit la dysenterie , etc.

GARGANTUA

de France pour quatre-vingts ou cent ans ! Par Dieu je vous mettrois en chien courtault les fuyars de Pavie. Leur fièvre quartaine (134). Pourquoi ne mouroient-ils là plustost que laisser leur bon prince en ceste nécessité ? N'est-il meilleur et plus honorable mourir vertueusement bataillant, que vivre fuyant villainement ? Nous ne mangerons gaires d'oisons cette année. — Ha, mon ami, baille de ce cochon. Diavol ! il n'y ha plus de ' moust. Germhicivit radix Jesse (135). Je renie ma vie, je meurs de soif. Ce vin n'est des pires. Qiiel vin buviez-vous à Paris ? Je me donne au diable, si je n'y tiens plus de six mois pour un temps maison ouverte à tous venants. Cognoissez-vous frère Claude des haults Barrois ? — O le bon compagnon que

(134) Leur fiebvre- quartaine ! imprécation fort en usagependant longtemps et d'origine essentiellement médicale.

La fièvre quartaine ou quarte, est celle dont les accès reviennent tous les quatre jours. Elle est, en général, de longue durée et de guérison difficile.

L'auteur du 'Nouveau PalheUn, imprimé en 1512, met en scène un pelletier appelant la fiebvre quartaine sur un prêtre qui lui refuse son argent.

Marotdit à un ennemi dans son épitre LVi :

& Va, va, ta fiebvre quartaine I » ;

Alain Chartier :

« Que la fiebvre quartaine t'espouse ! » ;

L'auteur des Cent Nouvelles nouvelles :

a Vos fiebvres qitartaines, paillarde que vous êtes. »

(135) Nous renvoyons aux notes de Burgaud des Marets, ou aux traités d'anatomie, chapitre des corps caverneux, ceux qui voudraient qu'on leur expliquât cet équivoque sur moust et germinavit.

c'est ! Mais quelle mouche l'ha piqué (136) ? Il ne h'ici rien qu'estudier depuis je ne sçai quand. — Je n'estudie poinct de ma part. En nostre abbaye nous n'estudions jamais, de paour des auripcaulx (137). Nostre feu abbé disoit que c'est chose monstrueuse voir un moine sçavant. — Par Dieu, monsieur mon ami, magis magnos clericos non sinil magis iiiagiws sapkntes. — Vous ne vistes oncques tant de lièvres comme il y en ha ceste année. Je n'ai pu recouvrer ni autour, ni tiercelet de lieu du monde. Monsieur de la Bellonnière m'avoit promis un lanicr, mais il m'escripvit naguaires qu'il estoit devenu pantois (137 bis).

— « Les perdrix nous mangeront les aureilles mesouan. Je ne prends poinct de plaisir à la tonnelle, car je m'y morfonds. Si je ne cours.

(136) Quelle mouche l'a piqué? — Certes cette locution est du domaine public, et, cependant il n'en est point qui ait une origine plus médicale. La piqûre des mouches peut produire des désordres graves et même la mort. Parmi ces animaux il en est qui possèdent un venin spécial, mais la plus grande quantité est dangereuse parce que la trompe de l'insecte sert de véhicule à diverses matières putrides.

(137) Auiipeaulx, mal d'oreille. — Est-ce l'oraV/ow, comme le disent plusieurs commentateurs ? — Nous l'ignorons ; toujours est-il que l'étude ne figure pas parmi les causes de cette maladie, qui est une parotidite, — à moins qu'on ne puisse croire la trouver indiquée dans des passages d'Hippocrate, assez obscurs pour égarer les commentateurs, qui se trouvent au livre 1 des Prédictious.

(137 his) En langage de fauconnerie, pantois signifie asthmatique.

GARGANTUA

si je ne tracasse, je ne suis poinct à mon aise. Vrai est que saultant les hayes et buissons, mon froc y laisse du poil. J'ai recouvert un gentil lévrier. Je donne au diable si lui escape lièvre. Un laquais le menoit à monsieur de Maulevrier : je le destroussai : feis-je mal ? — Nenni, frère Jean , dit Gymnaste , nenni de par tous les diables, nenni. — Ainsi, dist le moine, à ces diables, ce pendent qu'ils durent. Vertus Dieu, qu'en eust faict ce boiteux ? Le cor Dieu, il prend plus de plaisir quand ou lui faict présent d'un bon couple de boeufs. — Comment, dist Ponocrates, vous jurez, frère Jean ? — Ce n'est, dist le moine, que pour orner mon langage. Ce sont couleurs de rhétorique cicéroniane. »

RABELAIS MHDIXIN.

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