‹ Rabelais médecin [electronic resource]Chapitre 64 sur 121 · CHAPITRE LIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LIV

Inscription mise sur la grande ronc de Thdléms.

Ci n'entrez pas hypocrites, bigots, Vieuk niatagots, marmiteux (i /S) boursoflés, Tordcols, badaults, plus que n'estoient les Gots Ni Ostrogots précurseurs des magots :

Haires, cagots, caphards empantouphlés, Gueux mitouflés, frapparts escorniflés, Befilés, enflés fagosteurs de tabus, Tirez ailleurs pour vendre vos abus.

Vos abus meschants Rempliroient mes champs De meschanceté; Et par faulseté Troubleroient mes chants Vos abus meschants.

(158) Mendiants qui, pour se donner un air plus misérable, simulaient des maladies de la peau, en la faisant boursoufler artificiellement, au moyen du suc de certaines' plantes.

Ci n'entrez pas, maschefaim (*) practiciens,

Cleres basochiens, mangeurs (*) du populaire.

Officiaulx, scribes et pharisiens,

Juges anciens, qui les bons parrochiens

Ainsi que chiens mettez au capulaire :

Vostre salaire est au patibulaire.

Allez y braire : ici n'est fait excès

Dont en vos cours on deust mouvoir procès.

Procès et débats Peu font ici d'esbats ; Où l'on vient s'esbattre.

A vous pour débattre Soient en pleins cabats Procès et débats.

Ci n'entrez pas, vous usuriers chichars, Briftaulx, leschars (*), qui tousjours amassez, Grippeminaulx, avaleurs de frimaats (*), Courbés, camards, qui en vos coquemars De mille marcs ja n'auriez assez Poinct esgassés n'estes, quand cabassés Et entassés, poltrons à ch cheface :

La maie mort en ce pas vous defïace.

Face non humaine De tels gents, qu'on meine Braire ailleurs : céans Ne seroient séans.

Videz ce domaine.

Face non humaine.

GÀRGAKTUÀ.

Ci n'entrez, vous rassotés mastins,

Soirs ni matins, vieulx chagrins et jaloux.

Ni vous aussi séditieux mutins

Larves, lutins, de danger palatins,

Grecs ou Latins plus à craindre que loups ;

Ni vous galoux(i59), vérolés jusqu'à lous.

Portez vos loups ailleurs paistre en bon heur,

Croustelevés (159) remplis de deshonneur.

Honneur, los, déduict, Céans es déduict.

Ci 59) Quand la syphilis se porte sur l'enveloppe cutanée elle peut y produire des tubercules, des pustules, des ulcères, qui forment des croûtes; les pustules de la gale se couvrent aussi de croûtes; d'où l'adjectif croustelevés appliqué aux galeux et aux vérolés. Fracastor, dans son livre De morhis contagiosis, avait très-bien observé l'état de ces derniers. «Il s'élève sur la peau des vérolés, dit-il, des pustules avec croûtes ; elles commencent dans les uns par attaquer la tête, et c'est le plus ordinaire; dans les autres tlles paraissent ailleurs. D'abord elles sont petites, ensuite elles augmentent peu à peu jusqu'à la grosseur de la capsule du gland dont elles ont la figure. Elles sont du reste assez semblables aux croûtes de lait des enfants. »

— Vérolés jusqu'à l'os! Ce n'est pas là une figure, le squelette peut être atteint par la vérole I malgré sa dureté. Les pièces qui le composent peuvent, sous l'influence da virus, se gonfler, se ramollir, se carier, tomber en nécrose. Cette terminaison de la syphilis est peu commune aujourd'hui que les moyens de traitement sont perfectionnés, mais elle n'était pas rare au temps où Rabelais exerçait la médecine, et surtout au XV'^siècle. Fracastor, qui nous a laissé un tableau exact de cette maladie fameuse, dit dans l'ouvrage déjà cité: «Les ulcères consumaient non-seulemeut les chairs, mais même les os. »

Page 1