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CHAPITRE XVI

Des mœurs cl conditions de Panurge.

Panurge cstoit do stature moyenne, ni trop grand, ni trop petit, et avoit le nez un peu aquilin (*) faict à manche do nisoir ; et pour lors estoit de l'âge de trente et cinq ans ou environ, fui ii dorer comme une dague de plomb (217 D), bien galand homme do sa personne, sinon qu'il estoit quelque peu paillard, et subject do nature ii une maladie qu'on appcloit en ces temps-là,

Faullo d'argent, c'est douleur non pareille. Toutesfois il avoit soixante et trois manières d'en trouver tousjours à son besoing, dont la plus honorable et la plus commune estoit par façon de larrecin fur-

(217 D) Ce que l'aulcur enlend par a fin à dorer comme une dague de plomb », nous aimons mieux dire nous n'en savons rien que d'écrire avec Le Duchal :

« Le plomb n'est ni bon à dorer ni à êire doré, tel était Panurge. >

Dans la Comédie de proverbes d'Adrien de Montluc, représentée du temps de Rabelais, un personnage dit d'un imbécile :

« Le gros nigaul! il est aussi fin qu'une dague de plomb, i

Edouard Fournier a mis un renvoi en face de ce passage avec cette note : « Une dague était toujours de l'acier le plus fin. On juge par là de ce que peut être un nigaud comparé à une dague de plomb, n

J'avoue que cette explication ne me satisfait pas plus que celle de Le Duchai. Il y a là une question philologique sur laquelle j'appelle l'attention des commentateurs à venir. Peut-être trouveront-ils mieux que moi le lien qui pourrait exister entre la dague de Panurge et celle do la servante des Episires amoureuses. Dans cet ouvrage, publié à Poitiers, en 1597, par Foucault de la Coudrière, on lit cette phrase énigmatiquo : « La servante estoit /'aicfe d la dague et flattoit sa maîtresse, s

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tiveraent faict; mal faisant, pipeur, buveur, balteur de pavés, ribleur s'il en estoit à Paris,

Au demeurant, le meilleur fils du monde, et tousjours machinoit quelque chose contre les sergents et contre le guet.

A l'une fois il assombloit trois ou quatre bons rustres, les faisoit boire comme templiers sus le soir, après les menoit au-dessus de Saincte Geneviève, ou auprès du collège de Navarre, et à l'heure que le guet raontoit par là (ce qu'il cognoissoit en mettant son espée sur le pavé, et l'aureille auprès, et lors qu'il ouyoit son espée bransler c'estoit signe (218) infaillible que le guet estoit près), à l'heure doncqaes lui et ses compagnons prenoient un tombereau, et lui bailloient le bransle, le ruant de grande force contre la vallée, et ainsi mettoient le pauvre guet par terre comme porcs; puis fuyoicnt de l'aultre côté : car en moins de deux jours, il sceut toutes les mes, ruelles et traverses de Paris comme son Deus det. A l'aultre fois, faisoit en quelque belle place, par ou ledict guet debvoit passer, une traînée de pouldre de canon; et à l'heure que passoit mettoit le feu dedans, et puis prenoit son passe-temps à voir la bonne grâce qu'ils avoient en fuyant, pensant que le feu sainct Antoine (219) les tinst aux jambes.

(218) Tous ceux qui connaissent les éléments de la physique savent que le son est produit par une vibration et que cette vibration se propage beaucoup mieux à travers un corps solide, tel que le pavé, qu'à travers un fluide comme l'air. Ils trouveront donc très rationnel le moyen employé par Panurge pour entendre le guet de très loin.

(219) V. notes 62, 107 et 169.

« Satyriques trop envieux

Le feu Satncl Anlhoine vous arde. »

(Clément Marot.) — « Saii.ct Anthoine arde le tripot! »

(GoQUiLLART, Monologue des perruques.) ~ Dans l'ouvrage portant pour titre Les agronomes latins, traduit par M.Nisard, on trouveaulivre VII deColumeile, oh. V,la phrase suivante : s Est etiam insanabilis Sacer ignis, quam pusulam vocant pastores. » Elle est ainsi rendue en français : « Le feu sacré que les pâtres appellent pusula [feu Sainct Anthoine) est encore une maladie incurable.»

nAUELAIS MÉDECIN.

Et au regard des pauvres mais 1res es arls et théologiens, il les persécutoit sur touts aultres. Quand il rcncontroit quelqu'un d'entr'eulx par la rue, jamais ne failloit de leur faire quelque mal, mainlenanl leur mettant un estronc dedans leurs chaperons au bourlct, maintenant leur attachant de petites queues de regnard, ou des aurcillcs de lièvres par derrière, ou quelque aultrc mal.

Un jour, que l'on avoit assigné îi touts les théologiens de se trouver en Sorbonne, il feit une tartre bourbonnoise composée de force de ails, de gal-

['2-20) Tailleveni, qui a prùcoJè It baron Brisse de quelques centnines d'années, nous a fait connaître les ratllnements gastronomiques de son temps.

11 a donné la formule de la Tarie hourhonnoyse, la voici : • Fin formaige, liroyé et destrcmpé, crcsnio, nioyeul.\ d'oeufs par dessus. 1

ha tarte dont il est question ici rte ressemble à colle de Taillevent que par le nom. I.a similitude appellativo a permis à Rabelais de faire un jeu de mots malpropre. Pour lui, bourbonnoise ou bourbonjieiise vient do bourbe, dont on a fait bourbillon, que l'Académie définit s pus épais ».

Si nous examinons les diverses substances employées par Panurge à la confection de son sale enduit, nous trouvons :

L'Ait. — C'est un slimulant très énergique dont tout le monde connaît l'odeur. Appliqué sur la peau, il peut y produire les effets d'un vésiealoirc ;

Le Galbanum. — C'est une gomme-résine d'une odeur fétide, autrefois employée on médecine. Ilippocrato, au livre Du régime dans les maladies aiijuCs, la conseillait aux malades atteints de pneumonie, en loooh avec du miel et des pignons. Avicenne la recommandait aux asthmatiques ;

V As^a-fœiida. — Ce produit végétal, dont l'odeur infecte rappelle maUieureusement elle des œufs pourris, rend quelques services en nié lecine comme antispasmodique ;

Le Casloreum. — (V. note lu3.) C'est un produit animal, à la .'<enteur pénétrante et fétide, qui est donné parfois aux malades ne pouvant supporter le musc. On a longtemps cru qu'il se trouvait dans les testicules du castor et l'on assurait que, lorsque cet animal se voyait sur le point d'être atteint, il coupait lui-même avec ses dents et abandonnait au chasseur les organes recherchés par lui. Théophilo Folengo, au livre Vil de son Histoire macaronique, s'est fait l'écho de

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banum, de assa fœtida, de castoreum, d'estroncs touts chaulds, et la destrempit en sanie de bosses chan^ creuses et de fort bon matin en- graissa et oignit tout le ti'cillis de Sorbonne, en sorte que le diable n'y eust pas duré; et touts ces bonnes gens rendoient là leurs gorges devant tout le monde (220 A) comme s'ils eussent escorché le regnard, et en mourut dix ou douze do peste, quatorze en furent ladres (220 B), dix et huict en furent pouacres (220 0) et plus de vingt-sept en eurent la vérole (220 D); mais il ne s'en soucioit mie.

ceUe croyance, en présentant un amoureux « quittant là ses brayes comme fait le castor ses couilles à celuy qui le poursuit i . Folengo ne faisait que répéter, sous une forme badine, une allégation de Pline, d'CElien, d'Aviconne et de Juvénal. On sait très bien aujourd'liui que le castor n'a pas à se mutiler ainîi, car le produit que l'on recherche en cet animal est sécrété par des glandes spéciales.

(220 A) L'ail, le galbanum, l'assa-fcetida, le castureum, joints à de la matière fécale, tout cela détrempé dans du pus de bubon (V. note 128) devait certainement produire une odeur de nature à provoquer les vomissements chez les plus robustes.

Disons, à ce propos, que l'odorat tient le premier rang parmi les causes indirectes du vomissement, les causes directes étant celles qui portent immédiatement sur le tube digestif.

(-220 B) Ladres, v. note 80.

(2iO C) Pouacres. Le mot poiiacrerie servant au xvi" siècle à indiquer un état de grande malpropreté, nous ne pensons pas que Rabelais ait voulu, par l'adjectif pouacrc, qualifier une classe de maladies particulières, malgré la construction de la phrase qui paraîtrait l'indiiiuer.

Burgaud des Marets et Rathery affirmeraient volontiers que la poiiacrerie n'était autre chose que la podagre. Nous, nous croyons devoir imiter de Conrart le silence prudent, malgré ce passage du Teslamcnl, de Jean de Meun ;

« Ella guarit les ytropiques, Les Pouacres, les frénétiques. »

et celui-ci, de l'apologie pour Hérodote, d'Henri Estienne : d II s'enqueste si elles sort point pouacres, vérolées ou ladresses » (220 D) V. notes 1, 10, 12 bis, fi3, 7ù, etc.

On a cru longtemps que la peste, la lèpre et la syphilis se contractaient avec une facilité extrême. Aujourd'hui on est loin de penser ainsi. Clot-Boy a émis l'opinion, un peu risquée, que la peste n'est pas contagieuse. La lèpre n'existe pour ainsi dire plus. Quant à la vérole,

Et portoit ordinairement un fouet sous sa robe, duquel il fouettoit sans rémission les pages qu'il trouvoit portant du vin à leurs maistres, pour les avangcr d'aller. En son saye avoit plus de vingt et six petites bougetles et fasques tousjours pleines l'une d'un petit d'eau de plomb (221), et d'un petit coustcau atfUé comme l'aguille d'un pelletier, 'dont il coupoit les bourses, l'aultre de aigrest ('221 A) qu'il jcctoit aux yeulx do ceulx qu'il trouvoit, l'aultre de glaterons (221 B) enpennés de petites plumes d'oisons ou de chapons, qu'il jectoit sur les robes et bonnets des bonnes gents : et souvent leur en faisoit de belles cornes qu'ils portoient

lo lemps est passé où l'on croyait qu'il sullsalt pour la prendre do respirer le nifime air qu'un vdrolé, de touclier sa main ou sos vôlemenls. On sa l mainlenanl, d'une façon bien sûre, que, pour qu'il y ail iiteclion, il faut quo le virus syphililique ail élé mis en contact avec la peau dénudée ou les muqueuses ramollies.

(221) Ce passage nous a longtemps intrigué et nous intrigue encore. Que faut-il entendre par Eau de plomb?

La première pensée qui vient à l'esprit est celle-ci : L*£ai( de plomb désigne le sous-acétate de plomb, base de l'eau blanche : Malheureusement, on no voit pas quel usage Panurge en eût pu faire. On songe alors à un liquide corrosif.

« Toutes eaux sublimées et distillées, soit en plomh, voirre en cornue, sont, dit Pierre Braillicr, de nulle valeur, réservé l'eau l'orl, dont es orfèvres usent, t

Y aurait-il ,lù de quoi donner l'idée de quoique mode de labricalion analogue à celui de l'acide sull'urique ? Nous l'ignorons.

f)ans l'impossibilité où nous sommes de comprendre ce que signifie j un petit d'eau do plomb », nous nous demandons s'il ne serait pas pcrniis de supposer qu'il faut lire « un petit doigt de plomb d.

Le doigt de plomb était une sorte de dé de métal que l'escroc Panurge devait connaître.

A l'appui de notre supposition, nous transcrivons ici une noie de Prosper Mérimée, prise dans son édition du baron de Fœnesle :

0 Les bourses se portaient à la ceinture. Pour les couper, les voleurs n'y employaient qu'une main, armée d'un petit couteau fort tranchant, et ils avaient imaginé, pour ne pas se blesser, de se garnir le pouce d'une lame de plomb. »

(2:!l A) Aigrest signifie verjus, liquide aigre.

(221 B) Glateron désigne la bardane. Cette plante est encore appelée glouteron, ou herbe aux teigneux.

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par toute la ville, aulcunesfois toute leur vie. Aux femmes aussi, par dessus leurs chaperons au derrière, aulcunes fois en mettoit faicts en forme d'um membre d'homme.

En l'aultre, un tas de cornets (") touts pleins de pulces et de poulx, qu'il empruntoit des guenaulx de Sainct Innocent (221 C), et les jectoit avecques belles petites cannes ou plumes dont on escript, sus les collets des plus sucrées damoiselles qu'il trouvoit, et mesmement en l'ecclise : car jamais se meltait au cœur en hault, mais tousjours demeuroit en la nef entre les femmes, tant à la messe, à vespres, comme au sermon.

En l'aultre, force provision de liaims et claveauLx, dont il accouploit souvent les hommes et les femmes en compagnie, où ils étaient serrés, et mesmement celles qui portoient robes de tafetas armoisoi, et à l'heure qu'elles -se vouloient départir, elles rompoient toutes leurs robes.

En l'aullre, un fusil garni d'esmorche, d'allumettes, de pierre à feu, et tout aultre appareil à ce requis.

En l'aultre, deux ou trois miroirs ardents (222) dont il faisait enrager auculnesfois les hommes et les femmes, et leur faisoit perdre contenence à l'ecclise, car il disoit qu'il n'y avoit qu'une antistrophe entre une femme folle (*) à la messe, et femme molle à la fesse.

En l'aultre, avoit provision de fil et d'aiguilles, dont il faisoit mille petites diableries.

Une fois, à 1 issue du Palais à la grand salle, lors qu'un cordclier disoit la messe de Messieurs; il lui aida à soi habiller et revestir; mais en l'accoustrant, il lui cousit l'aulbe avec sa robe et chemise, et puis so retira quand messieurs de la cour vinrent s'asseoir pour ouir icelle messe. Mais quand ce fut à l'Ile 7nissa est, que le pauvre frater se voulut desvestir son aulbe, il emporta ensemble et habit et chemise, qui estoient bien cousus ensemble, et se rebrassa jusques

(221 C) V. note 100.

(222) Réminiscence de la physique, lois de la rédexion des rayons

RABELAIS MIÎDECIN.

aux espaules, monstrant son callibistris (222 A) t\ loul le monde, qui n'estoit pas petit sans double. Et le fi'ater tousjours tiroit, mais tant plusse dcscouvroit-il, jusques à ce qu'un de messieurs de la court dit : « Et quoi ce beau père nous veult ici faire l'offrande et baiser son cul? le feu sainct Antoine (223) le baise. » Dès lors fut ordonné que les pauvres beaulx pères ne se despouilleroient plus devant le monde, mais en leur sacristie, mesmement en présence des femmes ; car ce leur seroit occasion du péché d'envie. Et tout le monde dcmandoit : « Pourquoi esl-ce que (221) ces fratrcs avoient la couille si longue? « Mais ledict Panurge solut très bien le problème, disant : « Ce que faict les aureilles des asnes si grandes, c'est parce que leurs mères ne leur mettoient poinct de béguin en la teste, comme dict D'Alliaco en ses Suppositions. A

(222 A) V. nolo 216 B.

(223) V. noies 62, 107, 16!), 219.

« ... ma jambe art

Du cruel mal do Sainct Anlhoyne. t

(Andké de la Vigne, Moralité de t'Ai'cuijle vt iu Boiteux, XV' siècle.)

Du temps d'Ambroise Paré, feu saint Antoine se disait surtout de la gangrène, comme le témoigne ca passage du \' livre des plaies :

n Gangrène est une disposition qui tend à morlificalion do la partie blessée, voire jusques aux os, qui alors est appelée des vulgaires le feu Saint Antoine OU saint Marcel. (Chap. XI.) •

i22'i) La théorie ici invoquée est certainement Rabelaisienne (employons ce mot puisqu'il existe), mais, comme dans tout ce qui est Rabelaisien, il y a en elle une idée médicale : On s'en assurera en lisant ce passage d'un grand chirurgien qui, très sérieuscmonl, écrit :

« Ces tumeurs énormes qui se développent dans le scrotum sont formées par l'accumulation lonlc et successive de sucs lymphatiques.»

(BoYF.n, Maladies chir., Tome X )

D'ailleurs, llippocrale avait dit : « On ne peut nier que les humeurs ne tendent naturellement vers le bas, quelque légères qu'elles puissent être et quelle que soit la force qui les meut. J> {Des lieux dans l'homme )

pareille raison, ce que faict la couille des pauvres beaulx pères, c'est qu'ils ne portent point de chausses froncées, et leur pauvre membre s'estend en liberté à bride avalée, et leur va ainsi triballant sur les genoulx, comme font les patenostres aux femmes, Mais la cause pourquoi ils l'avoient gros à l'équipollent, c'est qu'en ce triballement les humeurs du corps descendent audict membre ; car selon les légistes, agitation et motion continuelle est cause d'attraction. »

Ilcm, il avoit une aultre poche pleine d'alun de plume ("225), dont il jecloit dedans le dos des femmes qu'il voyoit les plus acrestées, et les faisoit despouilcr devant tout le monde; les aultres danser comme jau sus braise, ou bille sus tabour; les aultres courir les rues, et lui après couroit: et à celles qui se des pouillaient, il mettoit la cape sus le dos, comme homme courtois et gracieux.

Item, en une aultre, il avoit une petite guedoufle pleine de vieille huile, et quand il trouvoit ou femme, ou homme, qui eust quelque belle robe, il leur en graissoit et gastoit tous ses plus bcaiix endroicts, soubs le semblant de les toucher et dire : « Voici do bon drap, voici bon salin, bon tafetas, madame. Dieu vous doint ce que vostre noble cœur désire : vous avez robe neuve, nouvel ami, Dieu vous y maintienne ! » Ce disant, leur mettoit la main sus le collet, ensemble la maie tache y demouroit perpétuellement, si énormément cngravéc en corps, et renommée, que le diablû ne l'eusl point ostée. Puis à la Cm leur disoit : « Ma-

(22d) L'alun, siilfalo double d'alumine cl de poUsso, se renconlre, à l'étal naturel, dans les mines de soufre. Quand il so présente sous la forme de filaments déliés ou de houppes concretionnées, on l'appelle alun de plume ou alunogône. Colle do ses propri(!lés que Punurgo, fertile en inventions mauvaises, clierchait à utiliser, est expliquée par

Boece de Boot, dans le pas.sage suivant de son Traild des pierreries : '

« Cet alun estant appliqué et uni è la chair, brusio et piqim comme l'ortie : à cause de l'a.-.preté de ses aiguillons substils qui pénètrent les pores de la chair. Les laquais et goujards savent très-bien cela, qui cachent ccsle fleur dans les chemises. »

RABELAIS MÉDUCIN.

dame, donnez-vous garde de tomber; car il y a ici un grand et sale trou, devant vous. »

En une auUre, il avoit tout plein de euphorbe (226) pulvérisé bien subtilement, et là dedans meltoit un mouschenez beau et bien ouvré qu'il avait desrobé à la belle lingère du Palais, en lui ostant un pouil dessus son sein, lequel toutestois il y avoit mis. Et quand il se trouvoit en compagnie de quelques bonnes dames, il les mettoit sus le propos de lingerie, et leur mcttoït la main au sein, demandant : " Et cest ouvrage est-il de Flandres, ou de llainault ? » El puis tiroit son mouschenez disant : « Tenez, tenez, voyez en ci de l'ouvrage : elle est de Foutignan, ou de Foutarabies. » Et le sccouoit bien fort à leur nez, et les faisoit csterinier quatre heures sans repos. Ce pendent ('), il petoit comme un roussin : et les femmes rioient, lui disant : « Comment vous pelez, Panurge ? — Non Cai, disoit-il, madame : mais je accorde au contrepoinct de la musique que vous sonnez du nez. »

En l'aultre, un daviet (227), un pélican, un crochet, et quelques anllres ferrements, dont il n'y avoit porte ni coffre qu'il ne crochctast.

Eu l'aultre, lout plein de ])cti(s gouliclets, dont il jouoit fort artiliciellemcnt : car il avoit les doigts faicts, ù, la main cdmmc Minerve ou Arachne, et avoit aullre-

(220) Ce quo Rubeluis appelle ici Eu/ihorbe est le suc desséché et pulvérisé d'un arhuslo à'Alri((ue connu sous le nom de Euphorbia officinarum ; c'est un purgulif violent. Son action sur les muqueuses est très énergUiue et il n'est pis douteux quo quelques parcelles de cette gomme-résine, introduites dans le nez, ne produisent une longue série de bruyants éternuements.

("227) Le davier, le pélican et le crochet, qui figurent ici comme engins de malfaiteur, sont trois instruments emiiloyes pour arracher les dents .

Pélican se disait aussi d'une sorte de cornue, ainsi qu'en témoigne cet extrait du roman niédical du docteur nriois, la Tour Sainl-Jaiqucs : «Cette belle enfant est plus affriandéo d'épices de chambre que do toutes vos essences cohobées ot recohobécs à grand renfort de ;'(.'lican. »

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fois crié le thériacle (228). Et quand il changeoit un teston ou quelque aultre pièce, le changeur eust été plus fin que maistre mousche, si Panurge n'eust faict eavanouir à chascune fois cinq ou six grands blancs visiblement, apertement, manifestement, sans faire lésion (*), ne blessure auculne, dont le changeur n'en eust senti que le venl.

(228) V. note 101. — t Ils despendent inilniment en des magiciens, diseurs de bonne avanlure, triacleurs et liommes abuseurs el afronteurs. s Ceci est dit des gens qui vont se faire expliquer les songes, dans les Œuvra morales de Plularque, édition de 1021,

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