‹ Rachel et la tragédieChapitre 24 sur 26 · Pulchiïsque per urhem funeribus ferri · texte numérisé non relu

Pulchiïsque per urhem funeribus ferri

ET LA TRAGEDIE iei

ii l'aulro, un grand murmure...» Ainsi elle se i*app0lail cette ilhsstre ci poétique soirée du 12 juin 1H.*>S. le nir de ses débute sons nom. et l'étonnement des comédiens eux-mêmes lorsque, arrivée s l' imprécation, Camille, au heu de crier aux quatre vents du ciel si vengeance cl sa colère, imaginait de l< 's «lue à \oi\ liasse cl de gronder il la façon du tigre à qui l'on veul arracliei- >;i proie. Kl le

ii\;iit deviné cela toute MaJej et tonte renie elle l'était dit qu'elle allait ranimer la tragédie au cercueil !... Telle fut >a première vision dans cette ombre matinale. « Hélas! mes dix-ooil ans, disait clin . hélas! ma jeunesse, cl mes premiers tran>pori>. et les premières louanges, et le premier triomphe, où donc êtes-vous .' ou dune êles-

\OIIS? i»

I);iii> les ombres do froid maiiu. elle \ii aussi n glisser les anciennes tragédiennes cl les anciens tragnliens qui semblaient lui faire obstacle ; elle entendit les rameurs, les réclamations, les grandes paroles de l'ancien arl dramatiipie; elle vit s'a\anccr eonlre elle un grand abîme appelé la tradih m. La tradition m* roulait pas de DSB luttes, de ces hanliesses. de ces transports, île ces colères, de ivs mépris, de toutes ces véhémences inconnues; la tradition l'opposait u celle façon d'agir et de parler... Mais quoi! I.i petite Rachel était

foiie. hardie ci légèiv, et d'un pas leste elle (rancfaiaseit l'obstacle cl brisait l.i inulition. Fotiiitinnù Tyndaridarttm ! Klle était tïrecque en effet, elle avait ivtrouvé les traces effacées; elle appartenait à lit

royale ci sanglante famille ; elle était née au milieu de votre pourpre} Agamcmnon. le roi des rois; elle était l.i lille hîihv d' Homère el de Sophocle. Athénienne autant qu'on peut l'être.*, Ki pendent que

lit tradition cl les vieillards se lamentaient de ses m/incrs (ils ap|iolatent Cela des caprices !). clic étudiait ces échos di\ ins que plus tiiid

elle devait lasser* Ali ! quelle ardeur ci quel spectacle, un pareil esprit libre solo de

se manifester au inonde attentif! Quelle fête cl quelle émeute, cette irrésistible inspiration surgissant tout d'un coup du silence et de l'abandon do vieux oncles, cl les arrachant .1 ce sommeil que l'on

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disait éternel! 0 mort! éloigne- toi ! 0 mort! laisse en paix ton aiguillon! Que nous puissions voir encore cette pythonisse éloquente et répandant ça et là l'enthousiasme sacré, le pneuma enthousiastikon dont il est parlé dans Pindare... 11 n'y eut jamais d'enchantement pareil à cet enchantement. Et notez bien qu'il était double: il allait de la comédienne éclatante au spectateur stupéfait; des deux côtés l'étonnement était le même, et l'empressement unanime à s'admirer, à s'applaudir. « Nous conspirons ensemble! » ainsi disait à Fiesque un employé subalterne do sa propre conspiration; le public disait aussi à mademoiselle Rachel : « Nous conspirons ensemble, et puisque ça t'amuse et ça te charme aussi d'habiter la vraie patrie et de marcher à travers tes palais athéniens, semblables à des temples dont tu es la déesse, eh bien ! sois contente, on va t' aider. »

Ainsi elle allait h son but, au vrai but de la tragédie, à la pitié, à la terreur; elle portait la pourpre, elle portait la couronne, elle louchait au sceptre; elle parlait sa langue natale, à savoir, la langue même des grandes passions et des grands poètes que le maître orateur Quintilien recommande à ses disciples choisis : « Ayez soin, leur disait-il, d'élever votre esprit à la majesté du vers héroïque1. »

Aussi bien le vers héroïque et la tragédie ingénument ranimée avaient agrandi en si peu de temps l'âme et l'esprit de cette enfant. Fille de la pauvreté, à peine elle eut touché son vrai domaine, et parlé son vrai langage, on la vit soudain qui devenait tout naturellement et tout simplement une reine. Elle en eut tout de suite, en un clin d'oeil, la suprême élégance et l'exquise attitude. A peine elle ont dépouillé ses haillons qui la gênaient depuis l'enfance et qui n'étaient pas faits pour elle, elle apparut à tous les regards charmés, à toutes les admirations, à tous les respects, comme une grande dame intelligente, active, élégante, avec toutes les grâces décentes, avec le pas, le geste et l'accent de la meilleure compagnie.

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