‹ Rachel et la tragédieChapitre 4 sur 26 · PYRRHUS · texte numérisé non relu

PYRRHUS

On dit qu'il a longtemps brûlé pour la princesse... Ah! qu'ils s'aiment, Phœnix, j'y consens, qu'elle parte; Que, charmés l'un de l'autre, ils retournent à Sparte. Tous nos ports sont ouverts et pour elle et pour lui ; Qu'elle m'épargnerait de contrainte et d'ennui !

Voilà des vers. Dans la même situation, le Thésée de Thomas Corneille s'exprime en ces termes:

Sa passion est forte et ne m'est pas nouvelle ,

Je le sus dès l'instant qu'il s'en laissa charmer;

Mais ce n'est pas un mal qui me doive alarmer...

Hélas ! et que ne puis -je en être moins aimé !

Je ne me verrais point dans l'état déplorable

Où me réduit sans cesse un amour qui m'accable... etc.

De son côté Ariane, éprise pour Thésée, éprise et furieuse, insultant celui qu'elle aime, pour se jeter à ses pieds l'instant d'après, c'est Hermione, une Hermione sans fierté et sans grandeur.

ET LA TRAGÉDIE. isr;

Autant vaudrai! mettre un chef-d'œuvre ii côté d'une oeuvre informe, et le nuage difforme à côté «le la lumière, que de placer l'Ariane de Thomas Corneille à côté de Y Andromaque de Jean Racine. El d'ailleurs, c'est lu même tragédie cl ce sont les mêmes rivalités, les mêmes façons d'agir; c'est la même ingratitude de Thésée et de Pyrrhus, le même amour d'Oreste et d'CEnarus, la même Ariane abandonnée, et la même llermione délaissée : larmes, passions, regrets, jalousies, fureurs, tout se ressemble; et si le bonhomme Thomas Corneille a pressenti le premier ce but admirable de pitié et de terreur, Racine l'a touche du premier bond.

Que de larmes, (pie de sanglots, que de pitié du côté de Racine!... Que d'ennui, que de fatigue et que de méprisables hémistiches du côté de Corneille!... On se demande en même temps ou donc les comédiens ont trouve le courage, aussitôt qu ils eurent Ihrmione, de rejouer Arixtne. Eh quoi! posséder le plus beau manteau de pourpre et se vêtir de haillons ! Quitter la plus belle langue que les hommes aient parlée, alin de nous débiter un abominable patois! Etre l'ilerinione terrible, inspirée, touchante, cl ne plus vouloir être (pie l'Ariane sans défense, sans colère, sans pitié. suis terreur! Tomber de l'amour de Racine, \aste et profond amour ou sont appelés tous les mystères du cœur, dans l'amour sensualité et incomplet d'un bonhomme de Normand qui e>l reste, toute si vie, ébloui et comme hébété par l'éclat que jetait son illustre frère!... <) paradoxe ! ù misère ! ô vanité !

Hermione! vous l'avez vue bondissante, énergique, touchante.

admirable, devinant pas il pas tous les mouvements de 38 rivale, et l'écrasant un instant sous l'éclat de sa beauté, sous le prestige de sa puissance. Ilermione! elle s'est montrée il vos veux, charnus de sa beauté, luttant, énergique et victorieuse, contre l'empire tout-puissant d'Andromaque; vous l'avez entendue appelant il son aide la Grèce entière, et remuant le vaste incendie de

Troie alin d'y trouver quelque étincelle qui pùi embraser de nouveau ces Aines inactives. Eh bien ! à la place de celle fille

d'Hélène aussi belle que sa mère, et plus superbe, on vous montre Ariane, enlevée à sa famille et dans la position d'une fdle qui n'est séduite et déshonorée qu'à moitié , ne songeant plus qu'à marier sa sœur avec le sous -lieutenant Pirithoûs:

Ma sœur a du mérite : elle est aimable et belle ; Pour m attacher a vous par de coupables noeuds, J'ai dans Pirithoûs trouvé ce que je veux. Voyez Pirithoiis, et tâchez- d'obtenir Que par elle arec nous il consente à s'unir.

Quel style! Malheureux père Minos, terrible juge des pâles humains, comme on vous traite! Voici vos deux filles dont la conduite est irrégulière. Celle-ci, non contente de se jeter à la tête de Thésée , jette Phèdre , sa sœur . à la tête de ce malheureux Pirithoiis qui n'en peut mais. Cependant Thésée en dit tant , ou plutôt il en dit si peu, qu'à la fin Ariane commence à comprendre qu'elle n'est pas aimée autant qu'on pourrait le croire. Ce désordre me gêne, dit-elle, expliquez-vous. Expliquez-vous est d'une naïveté adorable. Certes, ce n'est pas ainsi qu'Hermione se défend. Au premier soupçon , elle bondit comme une lionne. Hermione n'est pas crédule, elle se défend de toute son âme, elle sait tous les secrets de la double intrigue de Pyrrhus. Ariane , au contraire , apprenant que Thésée est infidèle, elle ne prend même pas le soin de demander le nom de sa rivale : bien plus, de sa rivale elle fait sa confidente. Cette femme insensée ne voit donc pas que Phèdre est aimée de Thésée? Elle n'a rien deviné à l'embarras de ces deux amants ; elle est tombée dans un piège où sa suivante Nérine ne tomberait pas. C'est Phèdre qu'elle envoie elle-même à l'ingrat Thésée. Allez, dit-elle.

Allez trouver, dirai -je, mon parjure , Peignez-lui bien l'excès du tourment que j'endure... Dites-lui qu'à son feu j'immolerais ma vie. S'il pouvait vivre heureux après m'avoir trahie,

r.T LA TRAGÉDIE. is:

D'un juste et long remords avancez, - lui les coups: 1-3 ii fi ri , nui su'iw, enlin , je n'espère «| u <*n \ous.

Ah! si Racine, qui tenait Phèdre en réserve comme son chefd'œuvre, avait osé prendre sa Phèdre toute jeune el nous lit montrer dans les enchantements de son premier amour, a quels signes certains d'énergie, d'emportement h de patience, il nous eût l'ait reconnaître la Phèdre (|iii, pins tard, doit venir!

An quatrième acte, Phèdi'e et Thésée, <|ni s'entendent a merveille (et ("est la une tante dans laquelle Racine ne serait pas tombé, car dans Atiilromat/ni' personne ne s'entend avec personne).

n'ont pas d'antre souci que de s'enfuir pour aller bb marier plus loin, et d'échapper ainsi à la colère, non pas il la don leur, d'Ariane.

Fuyons d'ici, Madame, ci venez dans Ailiene»

Par un heureux hymen \oir la fin de nos peine-;.

J'ai mon vais-eau (oui prèl

Ouantl inèine pour vos juins nom nu u rions rien <i irnindri Assez d'autres raisons doivent nous ij vont rai mire.

Mais laissez- les partir, ils nous fatiguent, ils nous Boni insupportables. Seulement prions-les, celui-ci de ne plus se nommer Thésée, et celle-là de quitter le nom de Phèdre. Thésée est le don Juan de l'antiquité, non pu- le don Juan galant, incrédule •'(

dameret, mais le don Juan amoureux et brutal, qui a t la< pie de vive force, qui ne connaît pus d'obstacle, el qui les brise tous.

Thésée es! un rude jouteur, un LauzUD fabuleux; quand Bfl tournée est complète >ur la terre, il B'en \a dans les enfers pour \ séduire la reine des sombres bords.

Lamentation stérile et peine inutile! On s implifie assez peu que Phèdre reste ou s'en aille. qu'Ariane pleure ou se lâche, que le roi naxien soil heureux ou malheureux. Ariane, pour être louchante, \erse trop de larmes; elle se défend trop jk'u ;

elle nous semble trop complètement prédestinée a la trahison

de celui qu'elle aime. El toujours pleurer, gémir, se lamenter!

Telle est pourtant l'impérissable autorité de celte Ariane de Thomas Corneille; uniquement pour avoir prêté quelques-uns de ses traits à PHermione de Racine, elle est restée une héroïne assez, vivante, pour que de temps ii autre elle soit remise en mémoire. Hermione d'ailleurs a été profitable non -seulement à l'Ariane de Corneille, mais encore à mademoiselle Rachel jouant le rôle d'Ariane. Elle jouait, sous un autre nom el sous une autre forme, son rôle favori . son plus beau rôle et le plus éloquent de lous. Cette fois aussi , il nous a semblé que pour celle première représentation mademoiselle Rachel avait été pour elle-même plus sérieuse, plus attentive et plus studieuse qu'à l'ordinaire. Elle n'est pas. tout le monde en convient, la comédienne des premières représentations. Bajazèt, Polyeucte, Tancrède, le Cid , Phèdre, enfin, quand il a fallu les aborder pour la première fois, nous ont laisses froids et mécontents. Ce n'est que plus tard, à force de zèle el de méditation, de persévérance et de travail, que la tragédienne arrive à la passion entière, au sens complet du drame qu'elle représente.

Même le premier jour, dans ce rôle d'Ariane, mademoiselle Rachel était pleine d'activité, de zèle et de bonne volonté. Elle s'est mêlée, plus qu'elle n'avait jamais fait, au drame dans lequel elle jouait son rôle. Elle a écouté «à merveille; elle a pris grande part ;i ce qui se disait, à ce qui se faisait autour d'elle; en un mot, elle a été une comédienne sérieuse, intelligente, qui sait que sa tâche est difficile et qui veut s'en tirer avec honneur.

Sans nul doute, si mademoiselle Rachel eut été soutenue par son poète , si elle avait senti l'appui d'une poésie éloquente , si elle avait eu affaire avec des sentiments énergiques, des passions sincères, un amour vrai, Ariane eût été son meilleur rôle après le rôle d'flermione. Mais ce rôle d'Ariane est déclamatoire, mais ces sentiments sont faux, cet amour n'est pas vrai. Cette Ariane manque de dignité, d'intérêt et de tendresse; plus d'une

fois l'affreux vers de Thomas Corneille, vide et creux comme il l'est, <cile et s'efface, haletant sous l'accentuation énergique «le I;i tragédienne : de là d'horribles lacunes dans le rôle, un*' hésitation sans cesse renaissante, et surtout une immense fatigue. Ali ! la triste aventure, lorsqu'il faut que !<■ comédien attire à soi le poète, ci quand le poète, sollicité par le génie, par la volonté du comédien, résiste à (ouïes les volontés! En vain le comédien redouble de peine et d'efforts, en Vain sa voix retentit forte et sonore , en vain sa poitrine m- remplit d'air et de vie, en vain toute cette personne apparaît puissante, active, colorer... Est-ce que l'on ressuscite un mort? Est-ce qu'on ranime une poussière? En vain la tragédienne au désespoir veut ranimer de son souille inesjH;re la flamme ('•teinte...

A la fin, désespérée, elle comprend que toute -,i force e>l inutile : alors. 6 misère! t<»ui >Cn va, tout B'eflace et tout se perd. Rien qu'à voir ce l'eu noir dans « es grands yeux . cette blanche ('•cunie sur celle bouche sévère, celle froide sueur BUT ces petits membres bien attachés, on comprend la fatigue, on la devine,

on la déplore. Or, celle lois, la fatigue était doublée par 06 VCTB

flasque et redondant, par cette oiseuse répétition des mêmes sentiments , par le vide ingénu de cette action dramatique, par ce froid, lourd et pédant rhomas Corneille qui remplaçait Racine.

Or. voici comme on peut expliquer l'épouvante de la comédienne ou du comédien abandonnés par le poète : un matin vous êtes sorti par un beau soleil; VOUS aviez pour appui un bras jeune et fort, et le soir vous rentrez de votre promenade par une pluie froide et triste, obligé de tramer un vieillard!

Après huit représentations languissantes, Ariane disparut complètement de l'affiche du théâtre et s'effaça des souvenirs de mademoiselle Rachel.

M A DEMOISELLE UACHEL

L'année I8ft/i peut compter parmi les meilleures de l'heureuse et populaire tragédienne. Elle était devenue en si peu de temps la fête et le repos de la ville oisive, et chacun de ses efforts lui était compté. Le sixième jour du mois de janvier, en ces heures consacrées à la famille, à l'amitié, au renouveau de toutes les tendresses du toit domestique, mademoiselle Racbel jouait Bérénice; un mois plus tard elle abordait enfin le grand rôle entre tous, le rôle de Phèdre. Entre ces deux chefs-d'œuvre, elle jouait une pièce nouvelle, indigne, hélas! de ses rares et charmants mérites, la Catherine Il de M. Hippolyte Romand.

Bérénice est une tragédie exquise du plus beau temps de Louis XIV (1670). quand le grand roi pouvait dire en toute vérité : « L'Etat, la tragédie et la comédie, avec la sculpture et la poésie (ajoutez la religion), c'est moi. aujourd'hui, demain, toujours ! » Il était le commencement et la fin de toutes choses; sa gloire et ses amours appartenaient aux plus grands poètes. Racine en fit son profit, vous savez avec quels succès et quelles louanges unanimes! Bérénice fut représentée quelques jours avant les beaux jours de mademoiselle de La Vallière. Henriette d'Angleterre ellemême, une des têtes de mort de Bossuet, avait indiqué aux deux grands poètes , Corneille et Racine , cette élégie de Titus et de Béré- .nice. Madame Henriette pensa (mieux que personne elle pouvait se rendre compte de la pitié et des larmes que contenait un pareil drame) que c'était une histoire touchante, cette victoire obtenue sur l'amour le plus vrai et le plus tendre. Hélas! elle-même elle savait, par son propre effort, ce qu'il en coûte aux Ames bien faites pour résister aux passions les plus sincères.

Ce jeune roi Louis XIV, dans tout l'éclat de la majesté et de

la jeunesse. Henriette d'Angleterre l'avait aimé d'un honnête et sincère amour. De son côté, le roi aimait Henriette avec le dévouement chevaleresque des belles années. Mais elle et lui. elle avant lui. ils eurent bientôt compris les obstacles et les dangers de cei amour mutuel. La famille royale était inquiète, la cour était troublée, ce titre de beau-frère et de belle-sœur n'était pas l'ait pour rassurer cette jeune princesse, destinée il une mort si trafique... A ces causes. Bérénice renonça à Titus. Titus obéit ii Bérénice; ils se séparèrent innocents, amoureux; et de ce penchant qui les poussait, rien ne resta plus des deux parte que l'estime, l'admiration et le respect.

De cette passion de Louis \l\ pour Henriette d'Angleterre, la liérénirc de Uacine est restée une élégie, et si louchante! Oublions donc lu tragédie il propos de liérénice; elle ne >e trouve pas d;ui>

cette histoire de deux amante qui s'adorent et qui se séparent pour ne plusse revoir jamais : l'élégie, au contraire, elle se complaît dans les sentiments tendres, dans les tristesses de l aine et dans le^ fréquents retours de la passion sur elle-même. Pendant «pie Ni tragédie avance, a travers l'abtme, à son but de sang, d'horreur et de pitié, l'élégie au.r loiif/s habits ih- deuil 8* abandon ne obéissante ;i toute 68 douleur. Elle ne rougit pas de ses larmes; elle ne calcule pas L'effet

de son sanglot: rien d'apprêté; moins elle ressemble à l'art dramatique, et plus elle est touchante et vraie. Inspire par la volonté ci par les malheurs d'une illustre princesse, Racine pleurait, et le parterre avec lui pleurait avec bonheur à celle inspiration toutopuissante.

Dans cette œuvre impossible aujourd'hui, dont le succès était si facile à Versailles. Racine a prodigué tout son génie el tout son charme; il ne s'inquiétait guère d'amuser le> cieurs (le Versailles, tant il était sûr de leur plaire; et d'ailleurs on lui demandait justement ce que lui avait demande Henriette d'Angleterre, non pas un drame, une action et des péripéties, mais tout simplement de la pitié, du respect et des larmes. Noble \ ieloire qui a dure bien long-

temps, témoin les larmes que répandil un jour le roi de Prusse, Frédéric I'r, à la lecture de Bérénice... 11 pleurait, ce rude héros, non pas qu'il s'inquiétât fort de ces amours d'autrefois, niais ce sauvage cœur obéissait, à son insu, au Dieu </ui est en nous.

Pour la bien voir et pour la bien aimer, cette Bénérice divine, figurez -vous, et plût au ciel! que vous êtes plus jeune de deux siècles. La tragédie sera représentée, s'il vous plaît, non pas à Paris, mais à Versailles, en présence de la plus imposante réunion des plus beaux esprits et des plus grands noms de la monarchie, arrivés là tout exprès pour s'abandonner sans contrainte à l'enivrement poétique. Cette fois l'œuvre est jouée par des comédiens d'élite, dont le premier devoir est d'être beaux, jeunes, éloquents, pleins de tact, s'appliquant surtout, non pas à jouer un drame qui n'existe pas. mais à réciter (Tune éloquente façon les plus beaux vers qui soient au monde. Ils savent, et chacun le sait comme eux , que le véritable drame n'est, pas sur le théâtre, et (pie le héros de celle tragédie est véritablement le maître du palais de Versailles et de ce siècle. On écoute. Des l'abord, tout est grand et magnifique ; le prince Antiochus , nouveau venu de l'Orient, s'étonne de la pompe de ces lieu v, de ce cabinel superbe, et , à la façon dont il décrit ces magnificences, on comprend qu'il s'agit du nouveau Versailles. La grandeur naissante de Bérénice s'explique en peu de vers :

Je n'ai percé qu'à peine Les (lois toujours nouveaux d'un peuple adorateur Qu'attire sur ses pas sa pr ochaine grandeur.

Et toute cette belle assemblée... une merveille, un miracle, de chercher d'un regard ému mademoiselle de La Vallière ici cachée et bien heureuse. En ce moment parait Bérénice... une reine, et son premier regard a déjà troublé le prince Antiochus, assez hardi pour aimer la femme aimante et la bien-aimée de Titus. Ici il me semble que mademoiselle de La Vallière, baissant ses beaux yeux bleus, aura songé à la hardiesse du surintendant Fouquet.

Bl LA T8AGÉDIE. I«

Uos moindres détails de eette histoire de Versailles le poêle s'occupe ei s'inquiète; Henriette d'Angleterre elle-même, elle aura songé quelque peu au marquis de Vardes. Mais a quoi bon rêver d'importuns souvenirs? Le souvenir de Titus emporte tous les autres; lui seul il vit. lui seul il règne en toutes ces âmes: que de gloire et quelles splendeurs !

Vous fûtes spectateur de cette nuit dernière!... De celte belle nuit as-tu \u la splendeur?

Le poète en ce moment touchait a l'apothéose . il esl \ rai . mais tel est le charme invincible, que de cette apothéose même doit surgir tout L'intérêt de cette tragédie. En effet, plus Titus est proclamé le tout-puissant, plus Bérénice en esl aimée, s! plus la séparation sera touchante. Ici déjà la tragédie est terminée; l'empereur, dan- -,i justice, a prononcé l'exil de Bérénice; ah! c'en e>t fait : l'honneur l'emporte sur l'amour.

Doue au deuxième acte la tragédie est accomplie; a la lionne heure! mais la douleur de l'élégie SSl inépuisable, et c'est par la sympathie autant que par le style «pie la Bérénice de Itaciue

remporte sur la Bérénice de Corneille.

Aces caprices amoureux, quand Uuscènese passe à Rome, Corneille. il est vrai, ne devait rien comprendre. \ ces tristesses divines de l'amour combattu par le devoir, Racine a tout devine, parce qu'il savait très-bien que lo scène te passe <i Versailles!... Iitu> a perdu Corneille el Bérénice, Louis \IN s sauvé Racine.

Au cinquième acte enfin nous touchons s la scène de la séparation ;

le dernier adieu attend Bérénice et Titus... separe> à jamais invitai

invitant!); la poésie elle-même n'aura plus le droit de prendre sa part dans ces larmes que nul ne verra plus couler.

Vous êtes empereur, seigneur, el vous pleure/!

dit Bérénice; le vers est charmant . mais plus charmante encore était cette parole de mademoiselle Mancini ii Louis \ l\ : Vous m'aimez

rmis êtes roi, vous pleurez, et je pars ! Je pars! manque au vers de Racine. Ainsi, même à l'aide d'un premier trait d'héroïsme amoureux. Racine complète la biographie de son héros!

Drame étrange et louange imméritée d'une modération que le présent démentait... que l'avenir devait démentir. Apothéose injuste de ce roi qui assiste à sa propre louange en présence de la reine sa femme, abandonné de sa belle -sœur qu'il a aimée, de mademoiselle de La Vallière qu'il aime, de madame de Montespan qu'il aimera bientôt... en présence aussi de madame Scarron perdue en celle foule heureuse dont elle sera la reine plus tard! Si donc l'attention était grande à la Bérénice de Racine, et si l'intérêt était puissamment excité, de tous côtés était le péril : péril du côté des premières amours oubliées si vite, et du côté des dernières amours encore saignantes ; péril pour le nouvel amour, timide et chrétien , la carmélite se cachant déjà sous le manteau d'or de la princesse royale; péril aussi du côté des femmes, qui n'aiment guère que l'on touche à leur empire à propos du devoir; péril enfin au milieu de cette jeunesse passionnée et peu disposée à s'entendre prêcher l'abnégation.

Eh quoi! eût -elle pu dire, ami Racine, vous qui parlez si bien d'amour, vous nous donnez là une tragédie du règne passé; mais votre Titus oubliant qu'il laisse partir Bérénice, c'est l'histoire du feu roi et de mademoiselle de Lafayelte que vous nous contez là ! A coup sûr , notre poète se trompe d'époque ; Dieu merci ! nous ne sommes plus au temps où le roi de France demandait des pincettes pour s'emparer d'un billet doux dans la gorge éclatante d'une belle fille qu'il aimait.

Ainsi ont dû parler en effet les jeunes talons rouges au cercle de Célimène : or, quoi qu'ils en disent, voilà justement où est le triomphe de cette tragédie de Bérénice. En effet, même dans cette histoire d'un amour volontairement brisé et sans retour, Bérénice reste une tragédie du beau temps de Versailles, tant elle est pleine de goût et de passion . de tendresse e! de dévouement. A ces causes,

ET LA TAAGÉDtE. »8

tout ce cinquième acte est le chef-d'œuvre de la difficulté vaincue. A les retrouver enlin l'un près de l'autre, et plongés dans ce grand désespoir, Titus et Bérénice, on dirait que l'action commence a peine. Il semble en ce moment que le triomphe de l'aii el du iront n'a jamais été poussé plus loin.

Pour tous ces motifs, et quel que soit la tragédienne habile qui s'attache à cette œuvre . lié ré ni ce est devenue une œuvre impossible au théâtre.

Tant que Bérénice a rencontré des larmes dans les veux du spectateur, tant que Louis XIV a rencontré dans cette nation oublieuse des fautes des rois des souvenirs el des respects, Béré* vice était une tragédie abordable. A voir la lutte des deux amants, on oubliait l'absence complète de péril et l'uniformité du Spectade. L'amour des beaux vers était aussi pour beaucoup dans cette popularité toujours décroissante. Si seulement tous les trente ;m> m rencontrait quelque actrice assez favorisée du public pour K montrer sous les \oiles de Bérénice! Par exemple « mademoiselle Gaustin, d une voix si louchante el d un visage enchanteur, excellai! dans

ce rôle de Bérénice, crée, dit-on. par mademoiselle Uiampmc>le . avec cet air voisin de la majesté que llacine BVail enseigné luimême ii son interprète bien -aimée. A l'heure ou mademoiselle Kachel reprit ce rôle, il \ avait cinquante années que le Théâtre» Français s'avait osé jouer Bérénice. . . I ne seule i< >i- mademoiselle Duchesnois l'avait joue , elle v fut sans charme.

Mademoiselle Kachel voulut avoir le dernier mot de 06 problème, et. du consentement des juges les plus difficiles, elle en a tiré tout le parti qu'elle en pouvait tirer. Mais quoil dans l'expression de

cette passion unique el toujours la même, la jeune tragédienne devait rencontrer des obstacles insurmontables .

Allez donc lui dire, en effet, de contenir l'émotion intérieure; allez lui persuader d'attendre que les larmes viennent a veux, la douleur à son sourire; enlin. privez -la. si vous l'osez, de ces transports impérieux qui nous remuent jusques au fond de l'âme,

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et commandez -lui qu'elle laisse parler le poëte, et qu'à défaut de l'action absente, elle se contente de bien dire de si beaux vers.

En même temps, prouvez- lui que moins elle appuiera sur le rôle et plus elle se maintiendra dans le caractère que Racine a tracé, vous aurez accompli ce jour-là une œuvre utile et sage. Comme aussi il eût été bon de prévenir mademoiselle Rachel qu'elle ne devait attendre ni chercher dans ce rôle de Bérénice les grands effets de l'Hermione ou de Camille. Que Roxane s'emporte jusqu'au délire, que Marie Stuart trempe de ses pleurs le mouchoir brodé qu'elle tient à la main, Bérénice reste calme, sereine, imposante; elle conserve la modération de son âme au plus fort de sa douleur. Son amour est de l'abnégation : elle est l'héroïne apaisée et clémente du dévouement et du devoir.

Enfin n'oublions pas que cet amour de Bérénice et de Titus est resté renfermé dans les bornes les plus étroites, et que, pendant cinq actes , la femme a été respectée.

Pour peu que cette limite stricte soit dépassée , adieu l'intérêt . adieu l'esprit, adieu la pitié! A ce compte, Bérénice ne pleure pas comme Didon qui a tout perdu; son désespoir ne ressemble en rien au désespoir de Phèdre incestueuse. Ce sont là autant de nuances difficiles , autant de dangers redoutables dans lesquels mademoiselle Rachel n'est pas tombée tout à fait : mais on comprenait qu'elle-même elle se sentait sur le penchant de l'abîme.

Au premier acte, dans la scène entre Bérénice et Antiochus, mademoiselle Rachel a manqué de cette majesté de convention qui plaisait à cette cour; on voyait qu'elle ne s'était pas assez solennellement promenée dans les jardins de Versailles , le matin , quand tout fait silence et quand à chaque instant , du haut de son balcon , Louis XIV peut apparaître avec le soleil. Les vers : De cette nuit, Phénice... ont été bien dits; seulement quand elle dit : Le peuple! mademoiselle Rachel y devait mettre un accent de grandeur.

Le peuple ici n'est pas le peuple de l'émeute et des carrefours, c'est la nation romaine, si bien qu'ici le mépris serait un

contre - sens. La scène du second acte, elle l'a dite en reine.

.Mais les adieux, ou plutôt l'adorable adieu du quatrième acte, hélas! il a manqué de grâce et de simplicité. En ce moment, sous la Bérénice éloquente, Hermione a voulu reparaître eo dépit de tous les efforts ; ce beau vers :

Vous ne comptez pour rien les pleurs de Bérénice!

elle l'a dit sans larmes; et par la raison que Bérénice ne pleurait pas, nous n'avons pas pleuré. Ainsi fut condamnée cette tragédie : si l'on n'y pleure pas, que \oulez-vous qu'on y fasse .»

Arrive enfin l'heure suprême, à Bavoir, l;i séparation sans espoir... éternelle! En ce moment (dernière scène du dernier acte), mademoiselle Kacliel a montre tout a fait qu'elle comprenait ce rôle difficile. Alors enfin la reine s'esl montrée. On l a

reconnue à sa fierté pleine de naturel, a sa \oi\ émue, a non regard lier et résigné. Elle a sauve l'adieu final ; elle a sauvé la dernière parole; elle a pris congé par un beau geste; et, voyes quel ait heureux l'art du théâtre, et combien le BUCCèe c>.| facile! — ce beau geste et ces beaux vers ont sulli pour (piécette grande réunion de spectateurs, attires par l'admiration et l'espérance, put quitter le théâtre sans se dire : J'ai ftenln ma journée!

N'oubliez pas cependant de lire la préface de Bérénice, c'est une chose charmante; le mépris cl le dédain n'ont rien produit «le plus parfait. 11 parait que la Bérénice de Bacine, pour avoir été applaudie par Louis XIV en personne et par le> meilleurs esprits de la ville ci de la cour, fut exposée aux insultes de tous les \a-nu-pieds de sou temps... On a traîne la Bérénice sur le théâtre d'Arlequin . où elle a fait la joie des bateleurs. Les pamphlets et les brochures ont déchiré de leurs dents noires l'œuvre charmante. Bacine lui -môme, avec son aimable sourire de tous les jours, se demande ce qu'il doit faire « d'un homme qui ne peut rien et qui ne sait même pas construire « ce qu'il pense. » Au reste, et c'est ainsi qu'il explique son dédain pour ces viles attaques: « Toutes ces critiques sont le partage de

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o quatre ou cinq petits auteurs infortunés qui n'ont jamais pu par d eux-mêmes exciter la curiosité du public. Ils attendent toujours « l'occasion de quelque ouvrage qui réussisse pour l'attaquer, non « point par jalousie, sur quel fondement seraient-ils jaloux? mais « dans l'espérance qu'on se donnera la peine de leur répondre, et « qu'on les tirera de l'obscurité où leurs ouvrages les auraient » laissés toute leur vie! »

Et comme il le dit, il le fait; il n'a pas la charité de nous dire le nom de cet auteur obscur. C'est dignement le châtier; nous trouvons seulement qu'il lui a fait beaucoup trop d'honneur d'en parler.

Après Bérénice, mademoiselle Rachel voulut jouer le rôle de la princesse de Don Sanche d'Aragon. Elle aimait Racine, elle honorait Corneille; elle trouvait que Corneille était son vrai père et qu'il la soutenait d'une protection toute paternelle. Elle fut charmante ; elle montra beaucoup d'intelligence et son plus grand air de prinecsse, et pourtant elle ne joua que six fois ce beau rôle. Il est vrai que Don Sanche d'Aragon appartenait à Talma , que Talma y avait laissé son empreinte, et que l'œuvre est en effet toute virile.

C'est pourquoi Voltaire, après de grandes louanges, a grand tort d'ajouter que Don Sanche est indigne de l'auteur de Cinna. Certes, je ne veux établir aucune comparaison entre ces deux ouvrages, mais celui qui fît Cinna pouvait seul écrire Don Sanche : ainsi le génie qui créa Tartufe pouvait seul inventer l'admirable farce de Pourceaugnac. C'est même la marque la plus sûre d'une organisation supérieure que de savoir parcourir tous les tons , s'élever et descendre à tous les genres, sans effort et sans travail.

A ne considérer que cette pièce elle-même, on trouvera que Cor-

neille n'a jamais peut-être montré plus d'esprit, dans l'acception vulgaire de ce mot. La scène dans laquelle Isabelle veut empêcher le combat entre le comte d'Alvar et don Sanche est un chefd'œuvre de grâce et de finesse; Marivaux n'est pas plus délicat, plus adroit, plus spirituel, el Marivaux était bien spirituel et bien

adroit! Puis, dans le défi que don Sanche porte au\ trois comte-.

on retrouve à la fois la vigueur el la noblesse du Cid. Chaque vers vous transporte d'admiration, vous élève au-dessus de vousmême et vous l'ait plus grand el meilleur.

On a toujours aussi beaucoup admiré, et avec juste raison, la scène dans laquelle Isabelle, pour venger d'un a liront don Sanche qu'elle aime, Le fait marquis de Santillane, comte de Pennafiel et gouverneur de Burgos. M. Alexandre Dumas, dans Henri III. a unité cette situation : seulement l'imitation est peu semblable a la scène originale. Les trois seigneurs espagnols ne contestent pas a la reine le droit de l'aire un marquis, un comte, un gouverneur, mais, si elle veut égaler un inconnu a leur antique noblesse, là ils ne reconnaissent plus la puissance ro\ale. Ainsi, lorsque Isabelle propose ;i don .Manrique de donner sa so'iir a (larlos. le comte lais>e échapper toute sa colère; il consent

Aux plus lon.^s cl plus cruels (repus.

Plutôt qu'à voir jamais de pareils h\ menées Ternir en un moment l'éclat de mille années.

Tel est le langage» d'un véritable gentilhomme. Au contraire, dans Henri IIL il Suffît (pie le roi lasse de Paul Stuair un duc de Sainl- Mégrin. pour que le duc de (iuise reconnaisse ce petit gentilhomme comme son égal, el qu'il croise l'épée de Lorraine contre la rapière d'un cadet de famille inconnu. « Nous pouvez, aurait dit le VT81 « (luise au roi. vous pouvez l'aire de cet homme tout ce (pie VOUS « voudrez., hormis un duc de (luise1. »

I. Dans le tome VI de Y Histoire de la littérature dramatique, non- a\ endonné une analyse complète de Don Sanche d' 1 rayon.

Ce qui fit que mademoiselle Rachel abandonna si vite et si complètement Don Sanche d'Aragon, ce ne fut pas seulement l'absence d'un tragédien qui fût digne de jouer le rôle principal, ce fut l'impatience et l'ardeur qui la poussait à jouer le rôle-maître, le rôle aux mille attraits, aux mille angoisses, Phèdre. Impatiente çt cependant craintive, il lui semblait que tant qu'elle ne serait pas en pleine et entière possession du rôle de Phèdre, elle ne serait qu'une grande tragédienne et non pas la tragédienne. En même temps l'absence du chef-d'œuvre, après toutes ces œuvres heureusement ressuscitées, était pour le théâtre et pour la tragédie un vrai reproche. En effet, n'était-ce pas chose insolente et curieuse que le chef-d'œuvre de la tragédie universelle, dans ce grand espace qui sépare le 12 juin 1838 du 1er janvier 1843, quand mademoiselle Rachel est en pleine grâce, en plein éclat, en toute faveur, que la Phèdre de Racine manquât encore au répertoire du Théâtre- Français ?

Quoi donc! ces larmes, ces douleurs, ce grand crime de l'amour, innocenté par l'amour, ce magnifique et touchant langage empreint de toutes les poésies et de toutes les passions que le cœur de l'homme... et de la femme peut contenir, depuis tantôt cinq grandes années que la tragédie est ressuscitée , on n'a pas songé à les remettre en lumière, à nous les rendre, et l'on dirait que ces merveilles redoutent le grand jour! Quoi donc! pas une voix, pas même la voix de mademoiselle Rachel, ne s'élève encore aujourd'hui pour déclamer ces beaux vers, l'insigne honneur de la langue française! Et cependant on disait de toutes parts que la tragédie était ressuscitée; que les chefs-d'œuvre étaient remis en honneur; que l'Europe entière s'était de nouveau soumise aux anciens dieux.

ET LA T li \<; K l> I R. 201

commencer par I ' Angleterre obéissante a oe concordai d'un BOU-

\ eau genre !

En même temps pouvait-on croire a cette renaissance qui laissait en oubli le chef-d'œuvre de Racine et d'Euripide? Il \ avait déjà longtemps que les railleurs expliquaient, à leur façon, 06 rôle abandonné. — Après tout, disaientr-ils, Phèdre est une héroïne de peu de chose, et pourquoi donc s'inquiéter de cette femme?... Une femme abominablement passionnée, une femme amoureuse en deçà de toutes les amours défendues, que la passion emporte au delà de toutes les limites! Un rôle immense, il < si \rai. tout rempli îles plus chauds sentiments, des plus poignantes douleurs et des hennissements de l'inceste! Phèdre'.1 I n rôle en ce moment impossible, un rôle sans ironie et d'une \érité pleine de petites nuances : une femme qui se meurt, qui revient a la \ie et qui passe à travers toutes sortes d'angoisses intimes, par l'extrême espérance et l'extrême désespoir.

Ainsi disaient les ricaneurs, ajoutant sérieusement que mademoiselle Rachel était trop jeune encore, et «pie dans le mouvement qui

remportait alors elle a'avail pas le temps de méditer el d'étudier

comme il convenait ce rôle de longue haleine (sepl cent- vers) plein

d'antithèses, de contrastes, de nuances, le rôle préféré par Racine

entre tous les rôles sortis de sa tète et de son OQBlir.

Quel rêve, en effet, il avait eu ce jour-là! Evoquer l'inceste de ces cendres brûlantes; mettre tant d'amour dans le DOBUf de cette femme pour le lils de son mari, que cet amour QOU8 paraisse au moins digne de noire pitié, j ai presque dit de nos respect-;

entourer d'intérêt, et d'un intérêt puissant, cette Femme dédaignée, incestueuse, adultère, cette marâtre, el nous conduire il travers toutes les péripéties infinies de 06 coupable amour : en un mot , le dirai- je! dans un sujet antique, avec les idées et les passions d'autrefois, avec la langue élégante el correcte du wir siècle, égaler, surpasser la Didon de Virgile! 0 tache immense! Quel courage ii l'entreprendre, et quelle verve a l'accomplir!

Par - quel effort de son génie et de sa volonté le grand poëte s'est tiré de cette histoire, de ces langueurs, de ces délires, de ces détails de la mythologie et des métamorphoses païennes! Avec quel art il a réuni ces sentiments, ces images, ces amours; et qu'on a bien raison, après deux siècles, de s'étonner d'un si noble I ni rail, pour parler comme Despréaux!

Heureusement (car, malgré la terrible simplicité de ce drame unique au monde, il est bien difficile de faire l'analyse complète de toutes ces beautés réunies) vous savez par cœur la Phèdre de Racine, ami lecteur. Vous étiez bien jeune encore lorsqu'elle vous est apparue accablée, honteuse, et pourtant souriante encore au milieu de ses flammes, de ses hontes, de ses espoirs, de ses remords. A vingt ans que vous avez eus, vous aussi, et que vous n'avez plus, dans vos beaux jours d'innocence et de vertu, vous avez applaudi à la chaste retenue du bel Hippolyte, vous avez salué de l'âme et du cœur Aricie, la jeune fille dont les honnêtes et doux transports font un si terrible contraste avec l'emportement de sa rivale. Même vous n'étiez qu'un enfant, que déjà votre père vous faisait réciter le récit de Théramène.

Vous avez grandi depuis ce temps, et vous avez entendu répéter par les rhéteurs que ce merveilleux récit de Théramène était un horsd'œuvre; qu'il y avait là dix fois trop de beaux vers, et qu'enfin Racine avait commis un très-grand crime en s'abandonnant à l'inspiration qui le pressait... laissez dire ces hypercritiques, et, si en effet le récit de Théramène est un crime, rassurez-vous, depuis Racine on n'a pas vu se renouveler ce grand crime. Quant aux fameux critiques, qui s'en vont criant sans cesse à l'imitation, et qui vous soutiennent obstinément que , sans les anciens , le génie français serait resté dans la torpeur, vous auriez grand tort de répondre à de pareilles clameurs. Même, pour vous convaincre de l'originalité de notre poëte à propos de la Phèdre de Racine, vous ferez bien de relire Y Hippolyte d'Euripide. A coup sûr, le poëte français n'a rien à redouter de la comparaison.

ET LA TRAGÉDIE. 20:t

Non pas que le grand poëte Euripide n'ait pas été un charmant poëte, mais lui el les siens ils ont manqué d'un grand ait qui appartient en propre aux modernes, l'art de la composition. La poésie dramatique des poètes grecs se sentait trop de son origine ingénue de poésie improvisée et chantée. Le drame grec marche au hasard, sans trop de prévoyance, et comme un enfant qui va sans peur, parce qu'on le tient en lisière. C'est le thaw qui tient la lisière du drame grec ; le chœur est l.i pour tout

expliquer, pour tout conduire, pour remplir tous les vides; à génie égal il était plus facile à Sophocle, ii Euripide, d'écrire une tragédie, qu'au grand Corneille, au tendre Racine. Il ne faut donc pas crier si fort ;i la ressemblance, au plagiat, car rien De ressemble moins à une tragédie française qu'une tragédie grecque, et réciproquement.

Toutefois il \ a de charmants détails dans VHippoUfte d'Euripide. Bippolyte est le héros d'Euripide; Bippolyte a fait wbu strict de chasteté; il n'aime les femmes ni ne les estime. Son cœur est loin d'avoir parié, si jamais son cœur doit parler. Premier point de différence entre cet Bippolyte et celui de Racine.

Le grand Arnauld, à qui plaisait fort cette continence presque chrétienne de PBippolyte dlîuripide, reprochait virement a Racine d'avoir imaginé cet amour pour Aricie ; à quoi Kacine repondait : Mais qu'auraient dit nos petits - maîtres ? Il me semble que, si !\l . Arnauld avait voulu répondre1 a son tour, il aurait pu dire ;t l'illustre disciple de l'ort-ltox al : Mon fils, 1 penseZ-VOUB ? que vous fait le petit-maitrt ? On ne travaille pas pour les petitsmaîtres dans aucun temps; il n'\ a (pie 1rs tailleurs, les brodeurs et les passementiers, qui songent à cette engeance, et jamais les grands poètes. Demande/ plutôt ii votre ami Molière : comment a-t-il traité les petits- maîtres? Et Corneille, votre maître, s'est -il inquiété des petits-maîtres? Vous me la donne/ belle avec VOS petits- maîtres , et. >i \ous n'a\ez pas d'autre réplique à me faire , convenez que j'ai raison...

204 MADEMOISELLE RACHRL

A quoi Racine aurait pu répondre en toute humilité : Mais, mon maître, songez donc que la passion est la vie et l'intérêt du drame, et que, si je vaux quelque chose , je vaux surtout par les plus tendres sentiments du cœur. Songez aussi que celte Phèdre au désespoir, qui vous paraît touchante à vous-même, malgré ses crimes, a besoin, pour être tolérée, du sincère et charmant voisinage de ces honnêtes passions. A tout prendre enfin, Hippolyte est un jeune païen qui n'a pas de motifs sérieux pour ne pas être amoureux à son tour. Ainsi il eût parlé; il nie semble à ces paroles que je vois l'austère vieillard étendre ses deux mains vénérables sur la tête de ce grand homme de trente -huit ans, qui devait écrire YAthalie et YEsther beaucoup plus tard.

Dans sa sauvagerie, Hippolyte, le héros d'Euripide, est vraiment un très-aimable sauvage. Il a juré haine à Vénus, et Vénus veut se venger de ce téméraire prosterné aux autels de Diane. « Accepte , ô ma déesse ! cette couronne de fleurs que j'ai cueillie « dans la riante prairie où régnent le printemps, la fraîcheur, la «< sainte pudeur. » Ainsi parle Hippolyte. x\rrive au même instant un officier du prince. Cet officier ressemble quelque peu, pour la morale, à nos jeunes colonels d'opéra -comique, lorsqu'ils célèbrent le jeu, le vin et les dames, et sa morale est un peu relâchée. « 0 prince égal aux dieux ! lui dit-il, évitez le faste, et ne cherchez « point à vous distinguer des autres mortels. » Le faste ! Gela veut dire en bon français: Mon prince, il est temps que vous preniez une maîtresse. — Adorez Vénus , ajoute l'officier, c'est notre déesse favorite. — Je hais les divinités qui ont besoin des ténèbres, répond Hippolyte, et il s'en va assez mécontent de son aide de camp et de ses conseils.

Alors commence à se lamenter le chœur d'Euripide. Euripide ne va pas chercher bien loin les témoins de son drame, il les prend parmi les lavandières, parmi les sœurs et les compagnes de la princesse Nausicaa. La lavandière ici est tout un poème, et, pour peu que vous vous soyez assis derrière les saules, sur le midi, quand tout

fait silence, et même la grenouille au bord de l'étang, tous avez entendu les lavandières du village, espèce de Chambre des députés en plein vent, il l'usage du hameau. Donc les lavandières du chœur, pendant qu'elles laissent au courant du ruisseau les vêtements de pourpre, se racontent entre elles les douleurs de la reine. Mêlas! Phèdre est en proie il un mal inexplicable. Elle est seule; elle se lient enfermée entre les murs du palais; elle langui! san- nourriture, et le mal est plus fort que sa faiblesse. Tels sont les discours qui se tiennent, au bord du ruisseau, dans la prairie voisine, sur le penchant du rocher oii sont étendus, au soleil . le^ vêtements empourprés.

J'avoue ici que ces sombres rumeurs prépaient a merveille l'arrivée et les langueurs de cette Phèdre attendue a\ec tant d'angoisses. Enlin donc la voilà, c'est elle, elle arrive, et toute semblable à la reine que va nous montrer Racine. « Allons! parti tons. Gravissons les montagnes à la suite des chiens. » et le reste, (i Insensée, où suis-je? et qu'ai— dit? » .Mais vous chercherez \ainemcnl dans la tragédie athénienne le grand cri parti de l'âme et du cœur de notre poêle :

o haine de Vénus ! 0 h taie colère!

Sans compter qu'au premier acte de la tragédie française Thesee . le mari de Phèdre, est morl enfin, a ce qu'on assure; et c'est une exquise habileté de Racine d'avoir donné ce peu d'espoir à Phèdre elle-même, non moins qu'au spectateur.

Au second acte de \' //i/j/toh/tc, la reine e>! dans le palais, a demi couchée sur un lit. Ses femmes l'entourent, se demandant la cause de cette langueur. A la lin. le nom d' llippok te est prononce: aussitôt la reine esl debout... semblable eu ce moment à la Phèdre de

Racine. 0 cœur brise, paroles brisées, arrachées une à une. de façon à composer tout à l'heure ce terrible secret! Mais à peine est- il devint', ce grand crime, le chœur s'agite cl s'indigne.

206 MADEMOISELLE H.vCHEL

Il résiste à la reine, il la réprimande... Ici s'établit, entre la reine incestueuse et le chœur, sur les conseils les plus prévoyants et les plus sages, un très-long dialogue où la reine raconte ses intimes souffrances. En vain la confidente, OEnone, si vous voulez, se met à flatter de son mieux cette terrible passion ; le chœur répond à la reine ce que lui répond déjà sa conscience : Les avis de cette femme sont lia/leurs, mais vos sentiments sont plus honnêtes que les siens. Jusque-là tout est bien; cependant la confidente finit par l'emporter, et elle promet de composer un philtre qui doit toucher le cœur d'Hippolyte. Un philtre! cela se passe ainsi dans les odes d'Horace et dans les épigrammes de Martial.

C'est donc ici qu'il faut surtout admirer la grâce et le bon sens du poète français : celui-là ne croit pas à d'autres philtres que les passions que l'homme apporte en venant au monde; elles naissent, elles vivent, elles grandissent, elles meurent avec lui.

Jusqu'à présent, l'Hippolyte d'Euripide n'a pas encore rencontré la Phèdre haletante, et le poète grec s'est bien gardé de nous les montrer face à face. Il ne fallait rien moins que l'habileté et fart de Kacine pour hasarder la déclaration de Phèdre, inestimable et poétique merveille. Oui, le seul Racine pouvait les faire entendre aux oreilles du sauvage Hippolyte, ces touchants et furibonds accents de la passion. Lui seul il pouvait se tenir à la hauteur de ces pathétiques et abominables transports; lui seul il pouvait forcer Hippolyte de supporter jusqu'à la lin cette femme abandonnée à tous les désespoirs... Euripide n'a même pas affronté cette immense difficulté, seulement il suppose qu'entre le second et le troisième acte Hippolyte a tout appris par la confidente de Phèdre. Il sait tout; mais déjà le remords s'empare de cette Phèdre. Elle s'agite, elle se perd. Déjà elle accuse à haute voix ce beau jeune homme, tant elle comprend qu'il ne peut pas l'aimer.

Alors, à son tour, parait Hippolyte, et cette fois encore il vous faut renoncer à la retenue, à la modération, à l'effroi modeste de l'Hippolyte de Racine. Le sauvage héros d'Euripide arrive hors de

ET LA TU AU Kl) IL. îO'

lui, indigné. Jamais, non, jamais les femmes ne lui ont paru piu> abominables, depuis qu'il a entendu parler d'un pareil amour. » Pauvres maris! » s'écrie- 1- il (ici maître Hippolvte est bien près, malgré toule sa fureur, de parler comme un héros de comédie). «Ah! pauvres maris! allez donc acheter pour VOS femmes des « robes, des colliers, des manteaux somptueux, d

Ainsi parlant. Hippolvte fait a l'avance la satire IX de Itoi-

leau. « Quelle femme épouser, juste ciel ! Si elle est d'une illustre

famille, elle est entourée de parents vicieux. Si elle est femme

d'esprit et «le bonne humeur, vous voila déshonoré a tout jamais. A-l-elle une conlidenle. la confidente esl votre ennemie. On dirait aussi d'un passade de l'.l/7 d'aimer, (i'esl donc un grand de» •lamaleur. Nlippolvte d Ku ripide. \n rebours, l'Hippoiyte de Racine, il écoute, et bouche béante, ces aveux épouvantables; ii peine a deux ou dois reprises s'il laisse entrevoir rétonnement douloureux de son àme. Il est la pour tout entendre et ne rien repondre : ainsi l a

voulu Racine, ainsi le veut la nature; en ce moment c'est Phèdre

elle seule qui doit être éloquente; elle seule elle doil s 'étourdir de >on propre enivrement; Hippolvte n'a qu'à B6 taire. ,i frémir, a rougir.

Ici toute comparaison doit s'arrêter entre I une et l'autre Phèdre.

La Phèdre d'Euripide ae sait pas ce que c'est que la lutte; elle

s'avoue il l'instant vaincue; elle esl écrasée, elle ne ressent aucune des transes de l'autre Phèdre. Pas un S6ul instant elle n'e>! possédée de ces beaux lèves de I amour, qui rendent les peines il venir plus cuisantes. Tout ce qu'elle sait faire en ce moment, la fataliste, c'est de mourir. La mort esl sa seule défense et son unique espoir. Cependant le chœur se met il chauler, sur L'air : Si fêtais petit oiseau, la complainte dont voici la première strophe : Que D ai - je les ailes de l'oiseau! Je traverserais la nier Adriatique, l<' Pô, le jardin des llespérides , la nier de Crète. » Oh! que de temps perdu! mais la Phèdre acharnée à sa proie, la vraie Phèdre, elle se débat contre la

honte. Elle apprend enfin que cet Uippolyte adoré n'est pas insen-

208 MADEMOISELLE B.ACHEL

sible à l'amour. En même temps revient Thésée, un mari qu'elle a cru mort. Ainsi accablée par toutes ces misères, elle consent à perdre Hippolyte; encore, pour arracher ce consentement funeste, quelle violence ne lui fait-on pas?

Dans Euripide, lorsqu'arrive Thésée, la reine est morte. Elle a laissé, en mourant, un billet pour son mari; dans ce billet, elle dénonce Hippolyte. Comme si la chose était possible, et comme si cette femme qui aime encore pouvait renoncer à l'espérance d'un pardon , d'une larme sur son propre tombeau !

Vraiment il n'est pas nécessaire d'assister aux enchantements de Racine pour comprendre que ces illustres poètes grecs ou romains ne connaissaient guère le cœur des femmes. Quelquefois, rarement, ils parlent des femmes comme il en faut parler, mais le plus souvent toutes ces délicates nuances des plus nobles sentiments leur échappent. Les vieillards troyens se lèvent à l'aspect d'Hélène, et par leurs respects muets rendent hommage à sa beauté; Sapho qui se lamente, le quatrième acte de V Enéide, et la reine éclatante au sommet du bûcher, quelques élégies de Tibulle, une ou deux odes d'Horace où la coquetterie et la forme féminines sont mises en honneur, ajoutons Properce et ses feux, Ovide et ses amours, représentent tout le langage amoureux de la double antiquité. Les Grecs ont gardé pour leurs drames l'amour filial , l'amour maternel , toutes les saintes amours, excepté ce (pie nous autres nous appelons amour.

Certes, ce n'est pas connaître le cœur de Phèdre, et disons mieux, le cœur de la femme amoureuse, que de placer dans ses mains inanimées cette lettre funeste. Toute la belle scène entre Thésée et son fils se retrouve dans les deux poètes ; seulement le Thésée d'Euripide est plus crédule que celui de Racine. Celui de Racine a devant ses yeux une femme qu'il aime , qui laisse accuser son fils d'inceste et de parricide, et rien qu'à la voir, cette Phèdre expirante, rien qu'à voir sa pâleur, sa maigreur, son œil hagard, ses mille convulsions , l'immense douleur dont toute sa personne est

empreinte, il faut bien croire qu'elle a été en effet violemment irritée.

linlin. (|uel surcroît de douleur, pour cette malheureuse créature, eu apprenant que ce jeune homme innocent est condamné sans rémission; qu'il va partir. qu'A va partir avec Aricie. et qu'ellemême, la Phèdre expirante, elle va rester seule et face à face avec le père privé de son fils! Les imprécations de Phèdre contre la destinée sont des plus belles et des plus touchantes qu'ail inventées la poésie unie au drame... A tout prendre, ce qui es! difficile dans

le drame, ce n'est pas de tuer les gens lorsqu'ils vous embarrassent, comme fait Euripide : au contraire, c'est de les faire parler comme les fait parler Racine, à l'instant même où le spectateur, inquiet-, agité, éperdu, se demande ii lui-même, eu voyant celle éloquente

malheureuse : Que va-t-elle dire à présent ?

Dans la tragédie grecque, les plaintes du chœur, lorsque le Itel et innocent Ilippol\te pari pour l'exil, sont des plaintes bien senties. <« Oi) ne vous verra plus sur un char dompter la fougue « de vos coursiers obéissants ; votre luth, suspendu dans la maison

« paternelle, n'aura plus de belliqueux accords; les autels de Diane <i vont être désormais sans couronnes; les nymphes d'alentour « n'auront plus à se disputer votre cœur, difficile conquête.

Tout cela est triste, ingénu, plein de deuil, et l'élégie a rarement des plaintes si louchantes. J'aVOUfl eu même temps que ce beau jeune homme ainsi pleure il l'avance par ce ch<cur antique qui croit à la fatalité, comme c'est son droit et BOB devoir, M perd rien de noire intérêt il être absent déjà. C'est qu'il fout dire aussi que dans la tragédie d'Euripide Bippolyte est le béros favori du poète; Bippolyte attire à lui tout l'intérêt, toute la pitié; sur sa beauté', sa vertu, ses malheurs , sont réunies toutes les sympathies. Racine est le premier qui ait imaginé de faire passer toutes les transes cl tout l'intérêt d'une pareille tragédie de l'Hippolyte innocent a la Phèdre incestueuse. Remarquez en passant ces vers tout remplis de la mythologie païenne :

210 MADEMOISELLE RAGHEL

Des dieux les plus sacrés j'attesterai le nom, Et la chaste Diane et l'auguste Junon ;

et tout le reste de ce passage. Ne dirait -on pas des vers d'André Ghénier, et de ses plus beaux vers? Cependant il y a encore des critiques qui vous disent qu'André Ghénier est le premier poète français qui ait retrouvé l'accent même et le son de l'antiquité!

J'ai dit plus haut toute l'admiration qu'il faut avoir pour le récit de Théramène, et combien peu nous devons nous inquiéter des injures banales dont ces beaux vers ont été assaillis. Ce récit-là est dans Euripide, aussi plein de détails, de regrets et de douleurs. En fin décompte, n'est-ce pas le droit imprescriptible du poète d'être entièrement un poète, aussitôt que l'occasion s'en présente? La poésie comme en fait Racine, n'est-ce pas un charmant repos après tant d'émotions violentes, et ne préférez-vous pas, même à l'action toujours facile à inventer, ces magnifiques détails d'une langue toute- puissante, écrite par un poète inspiré qui, après avoir parlé pour le compte de toutes sortes d'événements et de passions qu'il invente ou qu'il devine, n'est pas fâché de parler enfin pour son propre compte ?

Ainsi fait Euripide, ainsi fait Racine. On voit, dans Euripide, Hippolyte qui revient tout sanglant ; il est le héros du drame. Dans Racine, au contraire, c'est Phèdre elle-même qui revient expirante; elle est l'héroïne de la tragédie. Sur l'Hippolyte expirant, Diane , sa déesse bien-aimée, vient répandre ses consolations et ses secours; elle promet au bel Hippolyte , écrasé sous ta vengeance implacable , ô Vénus ! la mort du bel Adonis.

Œdipe et Phèdre sont, à tout prendre, les deux plus grandes victimes et surtout les plus touchantes de la fatalité antique. La Phèdre d'Euripide fut arrangée et traduite pour les Romains par un poète bel esprit , poète de la décadence qui se souvenait des meilleurs temps poétiques , par Sénèque. Celui-là a joué clic/, les Romains à peu près le même rôle que jouait chez nous, naguère,

Casimir Delà vigne avec tant de bonne içràce et <le sympathie. Sénèque n'appartenait en propre à aucune école poétique, à aucune croyance. Il admirait l'antiquité, non pas qu'il la trouvai admirable, mais parce qu'il avait été habitué de bonne heure à en copier les formes, les idées, les passions. Amoureux du succès avant toutes choses , peu lui importait de réunir dans la même page toutes sortes d'éléments dissemblables. Il faisiil , lui aussi, de très- beaux vers, mais très- ennuyeux. Il se plaisait dans toutes sortes de détails étrangers à l'action principale, mais qui amusaient ce parterre d'un instant. C'est ainsi qu'il s'amuse à décrire tous les ajustements de Phèdre a\ec autant de menus détails que pourrait faire le Journal des Modes. Enfin, ce même Sénèque,

pour flatter le spectateur blasé, introduit dans le draine ce qu'on appelle de nos jours la mise en scène, lu décoration^ le costume, ce qui est bien la plus abominable parodie de l'art dramatique. La simplicité du poeie grec lui eût fait peur. Sénèque oe voulait

pas de celle aimable simplicité', non plus que le peuple romain.

Vous avez donc a la lin de la /'/nuire de Sénèque, cl pour remplacer le beau récit qui charmait si délicieusement toute l'Attaque,

un hideux spectacle de membres palpitants, de cadavres : jambes de ci . bras delà, la tête mêlée avec les pieds, chairs pantelantes <pie le malheureux père remel en ordre, comme font les dieux pour les membres de Pélops, servis en imise de civet a la table de Tantale... un tableau terminé par une magnifique déclamation. Ht, pour que ce grand sujet de Phèdre n échappât a aucun des

accidents qui sont réserves aux plus beaux caractères de l' histoire et de la poésie, il devait arriver qu'après l'inestimable chefd'œuvre de Itacine, a l'instant même ou le poêle venait de monter sur les grandes hauteurs poétiques OÙ nul désormais ne saurait l'atteindre, une espèce de barbare se devait rencontrer pour arranger ce drame admirable. Le barbare dont nous parlons s'appelait Pradon. Il était ne nids esprit, sans ijénir cl sans style, et voilà pourquoi il fui choisi, a l'unanimité de l'envie

m MADEMOISELLE RACHEL

et des- seigneurs de la cour, pour faire obstacle au génie, au succès de Racine. Cet homme osa donc écrire une Phèdre à l'heure où la première Phèdre était palpitante; et, qui plus est, la Phèdre de Pradon, protégée, on ne sait pourquoi, par madame la duchesse de Bouillon et sa compagnie, obtint un succès incontestable et l'emporta sur le chef-d'œuvre de Racine !

Tant il est vrai qu'il y aura toujours des barbares, que le génie aura toujours ses ennemis implacables : mais bientôt les barbares font silence, les ennemis passent ou se fatiguent, le génie reste, Pradon retourne dans son néant et Racine monte jusqu'aux cieux. Pourtant ce fut le succès de Pradon , ce fut la chute de la Phèdre de Racine qui condamna ce beau génie au silence, à l'âge de trente-huit ans. Trente-huit ans! la belle époque pour être un grand écrivain !

Cependant, plus le rôle de Phèdre était difficile, et plus mademoiselle Rachel redoublait de peine et d'efforts dans cette étude ardente et pleine de périls. Longtemps à l'avance elle fut annoncée. On se disait de toutes parts : « Elle va jouer Phèdre enfin ! » Pensez donc si, ce grand jour étant arrivé, chacun était à son poste et si la salle était remplie. Avec quelle impatience elle était attendue, et comme son peuple était avide et curieux de la voir !

Elle arrive enfin , vêtue à ravir et superbe en ces voiles pesants , mais superbes. La voilà! c'est elle! En même temps le parterre se demande si c'est bien la Phèdre antique, la femme du roi Thésée et le propre sang de Jupiter. — Pas encore, attendez, répondent les hommes sérieux, Phèdre est loin d'ici, elle viendra un jour : vous avez sous les yeux la jeune, éloquente et très-intelligente Rachel. — Son rôle de Phèdre, elle le cherche encore aujourd'hui , elle le trouvera plus tard. Si vous vous attendez à la voir tout de suite, aujourd'hui même, telle que Racine l'a rêvée, la mère de ses enfants, la femme de son mari , ou tout au moins la reine d'Athènes, vous avez tort. Elle ne songe en ce moment qu'à prouver qu'elle est tendre et

ET LA TRAGEDIE. Si I

touchante. On lui a tant «lit et répété qu'elle manquait de tendresse, et que la pitié lui manquait) qu'à tout prix, même au prix de ses plus belles qualités naturelles, elle reul montrer qu'elle esl tout de suite à la hauteur de ce nouveau rôle.

Alors ou vit soudain que de peines elle s'était données, que d'elforts pour oublier un instant celle façon nette , hardie cl nouvelle de dire naïvement, et comme cela se trouvait dans sa \oi\ et danson cœur, les plus beaux rôles de la tragédie! O commencementdes premiers débuts que mademoiselle Kachel n'a jamais relrouvés depuis les premiers jours de Camille et d'HemUone qu'à force d'art, de travail et de tâtonnements ! Sans nul doute en ce temps-là il y avait bien des sentiments que mademoiselle Racbel ne comprenait i^uère, bien des pensées qu'elle prenait au rebours, bien deparoles auxquelles elle donnait un sens tout différent (pie le poète: niais en revanche, tout ce qu'elle disait était nouveau, imprévu, naïf, charmant; tous les contre-sens lui étaient pardonne- à l'instant même en faveur de l'inspiration. Comme on aimait celle raie cl précieuse ignorance, celte exquise et si heureusement maladroite inintelligence de toutes choses . cette belle et bonne façon d'aller à l'imprévu par les sentiers les moins frayés! En ce temps-là , dans ses beaux jouis, elle était loin de tout conseil, elle était

à elle-même son propre maître, et elle n'avait jamais \u d'académicien que le dimanche, pour son argent, en traversant le pont des Ails.

Cependant il était impossible (pie même le premier jour mademoiselle Kachel ne fût pas déjà la Phèdre accablée et tremblante sous la colère de Vénus, et. la première indécision étant passée, elle dit il merveille ces premiers vers de celte éloquente introduction à tant de crimes, de vengeances et de repentirs :

Noble H brillant imteur d'une triste famille. Toi, dont ma mère osait se vanter d'elle fille. ^)ui peut-être rougis du trouble où lu me vois. Soleil, je le viens voir pour la dernière fois'

214 MADEMOISELLE R A.CHEL

Ainsi tout le premier acte , en dépit de quelques violences trop hâtées et maladroites, représentait déjà une étude habile et bien faite. Si l'inspiration n'était pas venue, au moins son art suprême, excellent, se faisait sentir dans le geste, la voix, l'attitude et le regard. Tout ce beau récit : Mon mal vient de plus loin, fut raconté avec un talent rare, et, si la comédienne elle-même n'était pas touchée encore, elle était déjà touchante en ces douleurs :

Mon mal vient de plus loin. A peine au fils d'Égée Sous les lois de l'hymen je m'étais engagée, Mon repos, mon bonheur semblait être affermi; Athènes me montra mon superbe ennemi :

Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue; Un trouble s'éleva dans mon âme éperdue; Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler; Je sentis tout mon corps et transir et brûler : Je reconnus Vénus et ses feux redoutables...

Il suffit de l'avoir entendue une seule fois pour retrouver dans ces beaux vers l'accent même et les vibrations de cette voix pénétrante au fond de l'âme humaine, et qui était, à elle seule, une harmonie :

En vain sur les autels ma main brûlait l'encens : Quand ma bouche implorait le nom de la déesse, J'adorais Hippolyte, et, le voyant sans cesse, Même au pied des autels que je faisais fumer, J'offrais tout à ce dieu que je n'osais nommer. Je l'évitais partout. 0 comble de misère! Mes yeux le retrouvaient dans les traits de son père.

Ainsi le premier acte était une véritable prouesse; on n'avait pas trouvé Phèdre, on reconnaît mademoiselle Rachel. Tant d'amis et de partisans qui la suivaient dans sa carrière ardente étaient tout à la fois contents, inquiets, malheureux, pendant que le vrai public, le public exigeant, sans pitié, qui veut que tout d'un

coup et d'un seul bond l'artiste arrive à son but et le touche en

criant : Victoire! attendait la jeune tragédienne à la scène abominable et remplie à l'excès de passion, d'étonnement . d'épouvante. h la scène de la déclaration.

Il faut, en effet, c'est la volonté d'Euripide et le bon plaisir de Racine, ajoutons t'est l'implacable nécessité, que Phèdre, au second acte, oubliant la retenue et la pudeur, déclare elle-même à [insensible llippol) te :

Oui, prince, je languis, je brûle pour Thésée... Je l'aime...

Or, plus Hippoiyte est insensible* et plus la déclaration de Phèdre excite en nos Aines de sympathie et de douleur.

C'est ainsi que l'Hippolyte d'Euripide, indomptable, indompté, fidèle a Diane, résiste a Vénus; quand la Phèdre antique s'adresse à ce c/iasseur de bètes fauves, elle est cent fois plus digne d'excuse et de pitié, disons tout, elle est moins ridicule (or le danger est là tout entier, car de tous les rôles périlleux que puisse jouer une comédienne, le plus dangereux, c'est le rôle d'une femme amoureuse et méprisée de celui qu'elle aime! ) (pie la Phèdre amoureuse et méprisée d'un llippohle amoureux d'Arieie! Il est jugé et condamné depuis longtemps, l'Ilippolyte de Racine (en dépit des petit»" maîtres ), et mieux què personne les quelques grandes tragédiennes qui ont joué le rôle de Phèdre ont compris l'obstacle qui leur venait justement du côté des amours d' Hippoiyte.

Il a donc fait un grand tort il son héros, et souvent a Phèdre elle-même, le grand poeie Racine, lorsqu'il oubliait si complètement Diane pour Vérins, I* Hippoiyte insensible pour l'Hippohte amoureux, le héros des fables et des métamorphoses pour le

marquis de l'Œil- de -Bœuf. M. Arnauld l'avait bien dit, lui qui ae

savait pas le premier mot des uMivres de théâtre. <• Eh ! pourquoi

« donc toucher à l'insensible Hippoiyte? » Il disait juste et disait

vrai. Itien de plus triste et de plus froid que ces àmOUTS- d \ricie

et du fils de Thésée; on n'en veut pas, on n'y veut pas croire. Plus l'ardeur de Phèdre est violente, et plus il fallait se méfier du pâle amour d'Aricie et d'Hippolyte.

Pourquoi, d'ailleurs, quand vous adoptez avec tant d'art, de génie et de goût, les dieux de la Grèce, et ses croyances, et ses héros, dénaturer le bel et chaste Hippolyte , dont le nom revient si souvent dans ces beaux poëmes? A coup sûr nous n'avions pas souci de cet amour; Phèdre et ses passions suffisaient à l'intérêt du drame. Et quand arrive l' Hippolyte du poëte grec, offrant une couronne à Diane, douces fleurs cueillies dans une prairie où l'abeille .seule a le droit d'entrer au printemps; une eau pure y coule sans cesse, l'aimable pudeur l'habite toujours, j'aurais honte de voir Hippolyte amoureux comme un contemporain de madame de Montespan et de M. de Lauzun. Croyez-en l'expérience et l'émotion de tant de peuples, laissez au fier Hippolyte sa sauvage vertu : c'esl ce qui fait qu'il est aimé de Phèdre.

Au contraire, donnez à ce chasseur féroce un autre amour, l'amour de Phèdre aussitôt n'est plus un amour sans espoir, et vous ajoutez, malheureusement, un obstacle infranchissable à la déclaration de Phèdre au second acte. Eh quoi! cette femme en proie à des supplices inconnus, en proie à la haine de Vénus, innocente encore et forcée, à sa honte, de s'offrir elle-même à l'inceste, en comprenant l'étendue et l'excès de son crime, il faut qu'à l'instant même elle vienne dire à ce jeune homme, fils de son mari, ce qu'une jeune fille bien éprise n'oserait pas dire la première à son amant! Et cette femme, reine, épouse, mère de famille, ne recule pas devant cette nécessité, comme l'appelle Euripide!

Ceci est le chef-d'œuvre de la hardiesse poétique. Racine s'en inquiète dans sa préface, tout en se disant à lui-même que peutêtre il va réconcilier avec la tragédie quantité de personnes célèbres par leur piété et par leur doctrine! A coup sûr ces personnes-là, pour se réconcilier avec un art qui tolère de pareils excès , auront attendu Y Athalie ou YEsther.

Encore une lois, plus vous considérez le rôle de Phèdre en ce moment, et plus vous trouvez que la tâche de la tragédienne est

impossible. 0 ciel! ces désordres, ces misères, celte honte el ce désespoir, mêlés à tous ces feux d'un amour la honte de la terre et le déshonneur de l'Olympe, il faut que la tragédienne arrive et le raconte, en passant par toutes les transes, par toutes les gradations de l'amour impie! Il faut qu'elle apporte en son geste, dans -.1 parole, dans son regard, assez d'émotion, assez de chaleur . aSS62 de sentiments irrésistibles et \r;iis. pour que L'auditoire ému d une émotion dont il rougit au fond de l'âme, non-seulemenl ne détourne pas la tête de dégoût el d'horreur, mais encore pour qu'il plaigne

et pardonne... Tel était le paradoxe impossible el touchant «pie devait soutenir mademoiselle ftachel. Comment se tirer de cet abîme, et comment dire en lin d'une façon convenable ces paroles laschcs qui retentissent dans l'oreille et dans la conscience de l'auditoire? — Quand vous me haïriez! — Je le vois, je fut parle, el mon

cœur!... — Je languis t je brille pour Thésée! — dharinnnt , jeune! lit ce vers :

Our d<> soins m'en! coûtes relie lète eli;inn;inle '

La était la difficulté, la était le péril. — Monsieur, médisait un homme de l'orchestre en \o\ant que mademoiselle Hachel hésitait el n'nsuil pus oser, savez-vous pourquoi elle ne sera pas, j'en BUÎfi sûr", même à la hauteur de mademoiselle Duchesnois dans oe rôle

de Phèdre Elle l'a trop étudie, elle l a trop bien compris, elle n'a pas eu toute conliance au hasard, qui est le véritable Apollon de cette unique, impie el merveilleuse tragédie. Elle a peur d'ellemême. Bille a trop attendu ce grand rôle. Il fallait qu'elle jouât Phèdre aussitôt qu'elle a louche le théâtre: il fallait que 06 fût 110 deses premiers rôles quand elle elail tout a l'ail ignorante, abandonnée el résignée. Klle le saurait à celle heure; elle le >aurail >an» Bit, sans apprêt, connue un rôle semblable il Ions le> rôlc>. Que de

jeunes gens ont appris à nager parce que leur frère aîné les aura jetés dans la rivière, et tire-toi de là comme tu pourras! Ainsi, croyez-moi, laissez-la faire, et laissons-la venir par de lentes gradations à l'accomplissement de cette illustre entreprise ; elle cherche aujourd'hui sa voie, elle finira par la trouver.

Tel était le raisonnement de ce brave et fin connaisseur; il attendait peu, ce jour-là, il espérait beaucoup pour l'avenir. Il voyait juste cependant. Mécontente elle-même de son second acte, mademoiselle Rachel tournait habilement les difficultés qu'elle ne pouvait pas franchir. Quand elle vit que la douleur et l'amour ne répondaient pas à ses efforts, elle redoubla d'autorité, de puissance et de grandeur. Vaincue, elle se débattait encore avec une irrésistible énergie.

Ah! la lutte étrange et pénible! On voyait que la tragédienne comprenait tout ce qu'il fallait dire, et qu'elle ne pouvait pas le dire encore. Ajoutons que vraiment Racine est sans pitié pour la terrible création d'Euripide. On dirait, en effet, que le poëte grec, comme s'il voulait nous rendre supportables tant d'émotions violentes, s'arrête à de charmants détours. Tantôt c'est Hippolyte qui revient de la chasse, en chantant et en déclamant contre les femmes qui renient avoir plus d'esprit que les hommes, prédisant ainsi les basbleus deux mille ans à l'avance; tantôt c'est le chœur qui chante les joies des lavandières, et le rocher dont l'eau pure coule sur les manteaux de pourpre; ou bien c'est l'élégie touchante : « Que ne suis -je l'oiseau qui vole dans l'air! »

Si bien qu'au milieu de ces hymnes, de ces murmures, de ces rêveries, disparaît quelque peu la passion de Phèdre; on l'oublie par intervalles : on écoute avec joie ces vives strophes qui vous reposent des exclamations bruyantes... Tout au rebours, dans la tragédie française, Phèdre est toujours là, présente, accablée, amoureuse et languissante, pâle et brûlante, et prête à dévorer sa victime par l'adultère ou par la calomnie. A peine elle est sortie, emportant l'épée d'Hippolyte (à l'exemple de la Phèdre de Sénèque) , qu'elle revient plus abattue et plus amoureuse que jamais.

et La tragédie. m

En ce moment ce rôle, qui n'était qu'impossible, «si odieux. Vous avez beau faire, je puis, à toul prendre, écouter avec attention, avec intérêt, les délires de la fille de Pasiphaë, mais quand elle se montre à nous, méditant la ruine et la mort d'Hippolyte, cette femme commence à perdre sa grande excuse, la poésie et la passion. Ici le danger était grand pour mademoiselle Rachel : elle y est tombée, en dépit de ses efforts pour l'éviter. Au troisième acte, elle a quitté Phèdre pour suivre llermione. a savoir, la femme qui n'est pas aimée, dont on ne veut ii aucun prix, et qui se débat en vain contre un caprice du C03UT humain. Les experts en ces émotions si variées redoutaient, non pas sans de graves motifs, que mademoiselle Rachel appliquât au troisième acte de Phèdre les inflexions, les mouvements, les dédains, l'ironie el la colère, qui lui servent si bien dans le rôle d'Ilerinione. Ainsi a-t-elle fait. A qui la faute? A la faute seule de son jeune Age et de tant de ressemblances <pii se montrent entre le rôle de Phèdre ci le rôle d'Ilerinione. En effet, on pourrait citer nombre de vers qui, pour l'expression poétique, et par la façon dont cette expression est rendue, ressemblent à des passages de YAndromaque :

i> il i: i) it k .

Par combien de détours L'insensible a longtemps élude mes discours! Comme il ne respira il qu'une retraite prompte I

usait ion s.

Pourquoi veux-tu, cruelle, irriter mes ennuis? Je crains de nie connaître en l'étal où je sui>... S'il voulait... niais l'ingrat ne veut <pie m outrager.

9 II H n H B.

Hélas I quand son épée allait chercher mon sein.

A-l-il pâli pour moi, me l'a-t-il arrachée? Il suffit que ma main une fuis l'ait toucher. Ht ce fer malheureux profanerai! ses mains.

Ce qui, pour le dire en passant, est du style le plus précieux.

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