VIRGINIE
tragédie en cinq actes, par Latour de Saint- Ybar,
Et à la demande générale •*
L'hymne national français
MJk MABSEIIiliiilSfi.
Becelte : 4 8,83< francs.
^'irginie obtient plus de succès (Jue tout ce qu'on a joué jusqu'à ce jour. Le public est positivement enthousiasmé. Il applaudit avec rage, avec fureur, et non-seulement Rachel ; mais tous les autres artistes chargés des principaux rôles : Chéuy aîné iFabîu$)y Raphaël Félix (Jppius), et enfin Ran- DODX (f^irginiKS), redemandé avec Rachel après le premier acte^ — A la fin de la pièce, le public rappelle tout le monde, exactement comme aux boulevarts.
C'est bien du reste un vrai public de boulevarts que Ton
« ce soir-là, nn public cfaaiid^ ardent, heureux d*applaudir^ Tout ce qu'il y a de Français k Boston seaoni donné rendezrous au tbéâtre. Presque tous sont ouvriers. On se croirait positivement à Paris. Aussi, la* MARSEILLAISE fait, ce soiif, un efi^ inconnu jusqu'alors. C'est un succès colossal. Ceitte représentation, recette à part, est bien certainement le plus beau triomphe de Rachel.
Pour voir de près la grande tragédienne, teus les élèves de VUnmriité de Camlridge ont demandé à figurer dans rirginie.
C'était fort curieux, je vous jure, de voir tous ces jeunes gens, des meilleures familles américaines^ servant de comparses dans une tragédie française. Ce qui fut assez amusant aussi, ce fut Tempressement avec lequel ils quittèrent leurs accoutrements romains pour venir applaudir dans les coulisses cette fameuse MARSEILLAISE.
Comme Rachel ne fit presque pas faire d'entracte, ils descendirent tous de leurs loges à moitié déshabillés. Les uns avaient leurs pantalons et leurs bottes et n'avaient pas encore quitté leurs tuniques. D'autres avaient un hsâ>it noir et collant chair, etc., etc. Enfin, c'était vraiment grotesque de voir toutes les coulisses encomlurées de ces travestissements sans queue ni tête !...
En rentrant assez tard chez le Bourguignon que vous connaissez, vous savez, l'homme aux écureuils, nous trouvâmes tous les Français qui demeuraient chez lui en train de vider une assez respectable quantité de bols de vin à la santé de Rachel et de la Compagnie française. Après quoi, l'un d'eux se mit à entonner la MARSEILLAISE !..
La police, trouvant probablement qu'on abusait un peu de ce chant, est venue, très pbliment toujours, prier ces mes-
gfeurs de ne pas continuer cet exercice musical. Il était fort tard, disaient les policemen, et ça empêchait les voisins de dormir. Il n'y avait rien à dire à cela, et chacun alla se cou* cher. C*est ce qu'on avait de mieux à faire 1
le lendemain, à cinq heures et demie du soir, la Frenoh Company remonte en wagon et quitte cette excellente ville. A neuf heures, nous nous embarquons à bord du steam beat le P^anderhiliy et nous reprenons la route de New-York. Quelque chose de véritablement splendîde que ces steam beats. C'est immense. 11 y a là>dedans, je crois, 4,200 lits. Et tout cela est d*un luxe inouï : Chacun de ces bateaux vaut au moins un million.
Nous avons fait là, par malheur, un assez triste souper. Pour ma part^ j'ai eu toutes les peines du monde à manger une bouchée.
Je m'adresse au nègre de service et je lui demande du pain (en anglais pourtant), le nègre m'appporte un œuf frit. Je lui réclame un peu de heef'Steak, il me sert une saucisse.
Je le supplie enfin de m'accorder un verre d'eau, et H bon nègre à moi m*apportir^ quoi?... un merlan frit!
Cet événement n'empêche nullement le f^anderdt'/^ d'entrer le lendemain, à sept heures et quart, dans le port de NewrYork.
Mademoiselle Rachel rentra dans son domaine de Clinton- Place ; mademoiselle Sarah regagna son domicile de Broom^ Street, et MM. Félix, ainsi que mesdemoiselles Lia et Dinah, transfuges de Clinton-Place, descendirent à l'hôtel de TEurope, où le reste de la Compagnie s'était déjà installé avec armes et bagages.
Fm DB LA QUATRIEME PARTIS.
ClIVaUlÉIIB PABTIB.