CHAPITRE IV
Oft II eit qaestloa de tripots et ie YOleort.
Avant de nous enfuir à tout jamais de la première ville de l'Union, donnons vite, en passant, un coupd'œil aux maisons de jeu de^oodtDay. — Les maisons de jeu sont une des spécialités de New-York.
II y a de ces sorf^s d'établissements partout , dans tous les quartiers , dans toutes les rues , dans tous les coins. Il n'y a rien d'étonnant à cela : c'est défendu par le gouverneman^ 1
R)ur pouvoir pér\^rer dans ces estimables salons , il faut qu'un habitué vous présente I
Tant pis pour vous , si l^on vous rend ce mauvais service !
Aussitôt» cette formalité remplie , le maître ou l'un des maîtres de la maisos, un monsieur pas fier, qui parle à tout le monde, vous prie, avec une gffabilité charmante, de vouloir bien passer dans la salle à manger, oil est servi un ravissant souper 1 Âimez-vous le gibier ? — Voilà du gibier I... —De la volaille ? — Voilà de la volaille !... — Des
rôtis ? — des entremets? — du dessert *^ — H y â de tout !. .. \
— Et quel vin préférez-vous ?... Bordeaux ? Champagne? — Tous lès deux, peut-être !... Très bien î... — Stetvard, versez 1 .. .
Et savez-votis combien Ton vous demande pour ce sou-) per ? — Pas môme un remerciement I... Ce n*est pas cher I«.
— Patience!...
Et ce pharaon 1 ce bon vieux pharaon du dix-huîfième siècle, que Ton cultive dans la chambre voisine ! le comptezvous pour rien ?
Croyez-vous donc avoir le courage de rester là, sans jeter quelques dollars sur ces cartes , qgi grimacent sur le tapis vert!...
Être là sans jouer !... Impossible 1... Et jouer au pharaon sans perdre, plus irhpossible encore !
C'est justement pour cela que ces messieurs, bien mis, du reste, criblés de bijoux et émaillés de diamants, vous offrent gratis de si bons soupers !
Mais ce n*êst rien que cela î II y a d'autres maisons , de vrais tripots, celles-là ; les bouges des Cinq Points ! — Si vous passez devant ces endroits infâmes, vraies cavernes de brigands, marchez vite et ne regardez pas en arrière !
Ne franchissez jamais, surtout, le seuil de ces taudis lugubres : on tue là-dedans, on égorge !... Les habitués de ces repaires jouent aux cartes habits bas, bras nus, la pipe à la bouche, un revolfoer chargé à côté d'eux, un coutelas aiguisé sous leur main !
Pour visiter ces charmants endroits, il faut être au moins cinq ou six armés jusqu'aux dents ; et surtout être accompagnés d*un poUceman , qui , pour la somme de cinq dollars, ne refuse à personne ce léger service ! Sans ces précautions
. essentielles, on est parfaitement sûr de son affaire! Âh! c'est une charmante société.
Parlez-moi bien plutôt de ces joyeux filous , qui se sont amusés, l'autre nuit, dans Thompson «Ireef , à voler deux . maisons, de deux étages chacune 1 Ceci est drôle, au moins ; " à la bonne heure 1
Ces deux maisons étaient en bois, comme c'est trop l'habitiide dans ce pays ; ils les ont démontées pièce par pièce, et ils ont tout emporté, jusqu'au dernier clou. — Ils auront été les reconstruire ailleurs, bien contrariés, sans doute, de n'avoir pu prendre le terrain en même temps !
Le propriétaire de ces deux maisons était à la campagne. — Il a dû faire une bonne tête quand il a voulu rentrer chez lui !.. Avant de clore ce chapitre, nous vous donnerons une nouvelle qui nous arrive toute fraîche des Etats-Unis : —
Toutes les maisons de jeu de Broadv^ray sont fermées. — Le gouvernement s'est décidé à perdre patience et à taper un peu sur les ongles de ces messieurs du Pharaon. — Tout a été saisi. — Quant aux propriétaires de ces établissements noctures , ou les a mis un peu en prison , pour voir ! Plaignons-les ; mais ne les délivrons pas I