‹ Rachel et le nouveau-mondeChapitre 67 sur 88 · M ROUTÉ VERS LE SUD · texte numérisé non relu

M ROUTÉ VERS LE SUD

CHAPITRB I.

Oft les eUemlns et fer derlemieDt ae plot en plos tmpotelMee.

Leâ^méricains sont tout fiers de vous dire qu'ils ont neuf cent miRe lieues de voies ferrées, et qu'en les plaçant les unes au bout des autres, on en aurait assez pour faire und ceinture au globe terrestre ! *

Pardîeu I ils en auraient plus qu'il n'en faudrait pour aller faire un tour jusque dans la lune, que cela ne rendrait leurs chemins de fer ni meilleurs ni plus sûrs I

Nous trouvions que celui de Boston était déjà une merveille d'imprudence et d'incurie.

A mesure que l'on avaace dans l'intérieur du pays, on en

prend de bien plus éitray&gants encore...

Les remblais soDt moins que solides, les ponts sont à jour, bâclés à la hâte, avec de mauvaises planches qui fléchissent sous le poids des wagons, et semblent prêtes à se rompre à toute minute, et tout cela est planté avec une audace qui n'a pas de nom, au beau milieu d'interminables marais, de rivières immenses, de torrents qui mugissent à vos pieds, de précipices sans fond, en un mot, des mille et un casse-cous complément forcé des forêts sauvages de l'Amérique du Noni.

Et puis, c'est tellement mal organisé !

Quand, après beaucoup de peine, vous êtes parvenu à vous installer dans votre wagon, sïop ! le convoi s'arrête et l'on change de ligne.

II faut se promener au milieu de la nuit, endormi à moitié, et^chercher à tâtons le nouveau train que l'on doit prendre et qui se trouve toujours à une fort grande distance de celui que l'on vient de quitter.

Et pas un employé pour vous renseigner et vous conduire.

C'est justoment ce qui nous arrive à Baltimore, où nous descendons au beau milieu d'une rue, » deux heures du matin, pour regrimper aussitôt dans un autre vw^on.

A peine nous rendormions-nous dans notre nouvelle demeure, nous souciant for^ peu, par une nuit aussi noire, détonner le moindre coup-d'œil à la capitale du Maryland, que dQ nouveau nous sommes obligés de descend^ pour prendre un bateau à vapeur qui fumait en nous attendant.

Cette fois, nous espérons pouvoir nous reposer en toute sécurité.

Erreur! Cinq minutes après nMb abandonnons le bateau

poui^ un troisième chemin de fer, et, au point du jour, à "Washington, nous désertons ce troisième chemin de fer pour un deuxième bateau à vapeur. Quelle existence !

Après avoir folâtré pendant quatre heures et demie, sur le Potowmack, une assez belle rivière ma foi, qui sépare 1% Maryland de la'Virginie, et qui est littéralement couverte de canards (ce*p^lpaipède, on le sait, croît volontfers en Amérique), nous débarquons à Frédérichsburg.

Là, nous recommençons la plaisanterie des chemins de fer, et à deux heures de l'après-midi, nous déjeunons, tant bien que mal, à Richmond, capitale de la Virginie. '

Deux heures après, nous «dînons à Pétersburg, où nous changeons de ligne pour n'en pas perdre l'habitude, et enfin, à neuf heures du soir, nous descendons à Weldon, brisés, harassés, à moitié morts, et là, ô bonheur I nous restons dans les bras de ce polisson de Morphée jusqu'au lendemain matin. P^ous ne l'avions pas volé.

Quoi qu'il en soit, ces perpétuels voyages ont un attrait qu'on ne peut nier, un charme dont on ne saurait se défendre. — Il est positif que cette éternelle locomotion vous fait éprouver une ivresse véritable. — «Les saisons n'existent ploi pour nous. — Hivei^ automne, piintemps, été, tout marche à présent sans ordre et sans règles. — flier, nous étions couverts de fourrures cannlftie de vrais Esquimaux, demain, nous serons habilla de toile blanche, -v Quant à moi, j'ignore totalement comment je vis à présent. — Pour savoir dans quel mois je me trouve, je suis obligé de Je demaxider à mon almanach. — On doit devenir fou très-vile, dans ce pays 1

CHÀPITE£ II.

M tt «t parié tf H flls «• LmIi X¥L

 notre réveil, nous recevons, parle télégraphe électrique, i^e fort bonnes nouvelles de mademoiselle Rachel, qui voyage à petites journées, et qui, bien qu'en roete depuis plus longtemps que nous, ne sera à Weldon que plusieurs heures après notre départ.

C*est à midi seylement que le départ en question doit sWfectuer. Nous avons donc plus de temps qu'il ne nous en faut pour visiter un peu le pays plus ou moins sauvage où nous sommes pour le quart d'heure.

Un de nos compagnons de rofte, nn gros négociant de la Nouvelle -Orléans, rien que cela! nous offre de nous servir de guide dans la petite excursion à, laquelle nous éprouvons le besoin de nodS livrer.

Nous^icceptons avec enthousiasme, et, peu après, nous nous arréttns sur les bords d'une belle rivière, sous de grands arbres entourés de lianes et de lierre, et à deux pas d^ne magnifique« chute d'eau, qui tombe en mugissant sur le roc et rejaillit jusqu'à nous; un site vraiment pittoresque, enfin, qui nous fait rêver de suite aux romans de ce môme

Coope'r dont nous parlioiSi tout à Theure. S*il y avait seulement, pour animer cela, quelques saurages, ce serait complet!

A peine avons-nous dit quelques mots de Cooper, de ses romans et de ces tribus sauvages à moitié disparues, que notre guide, le Louisianais, se met à nous raconter, sans faire beaucoup de phrases, je vous jure, et sans viser aucunement à l'effet, une histoire, une légende plutôt, qu'il a entendue jadis à Âlbany, et qui est tellement étrange, tellement id%kicevable, tellement fantastique, que j'oserais à peine en re# parier ici, si je ne retrouvais ce récit presque en entier dans un remarquable ouvrage de M. Ampère sur le Nouveau- Monde (4).

M. Ampère n'a pas vu, de ses yeux vu, l'individu dont il est question, mais il lient tous ces détails d'un homme parfaitement considéré aux Etats-Unis, M. J.-C. Spencer, avocat* distingué et célèbre jurisconsulte, dont la bonne foi ne pHP être mise en doute.

C'est donc le récit de M. Spencer, tel que M. Ampère le t'apporte dans son livre, que nous allons, si vous le voulez bien, substituer à celui de notre ami le Louisianais.

« Aujourd'hui vit, dans la ville d'Albany, quflnd il n'est pas occupé à pr^|M| quelques tribus d'Indiens (^ existent encore à Green-ffl^ près du lac Michigan, un ministre de la secte des méthodistes. Son nom est Eléazef Wilh'ams; il a tout juste Tâge qu'aurait le dernier dauphin, et ressemée, dit-on, d'une manière frappante, à la fois au roi Louis XVi et à la reine Marie-Antoinette. Ce Williams a été élevé par un Indien nommé comii^ lui Williams, et qui passait

(1) Proéfi^e en Amérique, cbez Michel Lévy fràrés.

pour son père ; mais qui ne rét# point. C'est ce qu'a toujours affirmé la femme de Williams. De plus, le nom de ce prétendu fils ne se trouve point sur les registres où il est fait mention de la naissance des autres enfants de Williams.

» Il y a quelques années, mourut à la Nouvelle-Orléans un Français dont le nom était Bellanger Sur son lit de mort, il déclara que le dauphin avait été enlevé du Temple ; qu'on lui a^i^t substitué un autre enfant ; qu'efi'rayé des sentiments révolutionnaires du citoyen Genêt, représentant très-violent de la République française, il Pavait conduit chez les Indiens et confié à Williams.

» Quant à Eléazer Williams, il n'a aucune mémoire de sa première enfance (on a dit que les affreux traitements de Simon avaient détruit l'intelligence chez sa touchante vic- , time). Seulement, le prédicateur méthodiste croit se souve- ^ vaguement qu*il était assis dur les genoux d'une dame autour de laquelle il y avait des tètes poudrées et des épaulettes. A cela près, il ne se rappelle rien de tout Tespace de temps écoulé avant un certain jour où, tandis qu'il nageait^ dans 'un lac avec de petits sauvages, son front heurta un rocher, p^s ce moment, ses réminiscences sont distinctes. 11 affirm^qu'un Français, venu chez les sauvages au milieu desquels il vivait, dit, en le mon^^: « Voici un fils

de roi ! w

I» Son éducation a été payée très-exactement dans un collège par l'Indien Williams, qui, comme tous les sauvages à demi civilisés, était grand buveur d'eau-de-vie, n'avait jamais un sou, et n'a point fait donner d'éducation à ses véritables enfants.

» La veuve de Williams possédait *^ine médaille en

bronze, sur laquelle était représenté le mariage de Louis XVI et de Marie-Antoinette. Elle disait que son mari en avait eu deux autres, une en or et une en argent ; qu'il les avait vendues pour boire, et qu'elle avait sauvé la troisième.

» On lit dans certains mémoires du temps^(je n'ai pas vérifié la citation, (qu*un jour Simon, dans un de ces actes de bri^talité auxquels il était sujet, frappa le dauphin au visage avgc une serviette, et que le clou qui tenait la serviette accrqphée à la muraille blessa le nez du malheureux en deux endroits. Eléazer Williams a une cicatrice en ces deux endroits.

» Comme on lui montrait des autographes, sans lui laisser voir les signatures, à l'aspect d'un de ces autographes il fut saisi d'horreur et d'une sorte (i'effroi : c'était l'écriture de Simon! '' -

. » Enfin, quand le prince de Joinville est venu aux Etats- Unis, il s'est dél^^é de son chemin pour aller voir Williams, qui étai^ea ce moment chez les Indiens, aux environs de Green-Bay. Ils ont parlé plusieurs heures. Williams refuse d^ire ce qui s'est passé entre eux. Seulement, il se loue bearooup du prince, qui lui a, depuis, envoyé des livre». ^

« Le pftiPcurieuxdecettesinguiièrehistoi% c'est ce que répond Williams quand on lui demande ce qu'il pense de tout cela :

• ~ Vraiment, dit-il, cet ensemble de circonstances me frappe beaucoup ; je ne sais comment l'expliquer j mais, ce qu'il y a de sûr, c'est que je ne veux pas être roi.

» Ce dernier trait le sépare, en tout cas, des aventuriers qui se sont donnés pour le fils de Louis XVI, et doit rassurer tout le monde, à moins que des fidèles, que ce récit aurait

eonvaiocaft de sei droite^ o'affleiU diercb^r I0 pasteur métlKKiiste à Âlbany 011 parnû ses sauvages, et ne le fassent roi malgré lui I »

En entendant ce récit bizarre, cette légende racontée là sous ces arbres gigantesques, au bord de ce torrent qui grondait à mes pieds » i*avoue que je ressentis u^e imprea* sion étrange ; mille souvenirs se présentèrent à mon esprit, et, comme dans un rèye« il me sembla que tous ces soi* vçnirs du dernier siècle prenaient vie ^t pas^ei^ dev|nt moi!

En ce moment, la cloche du chemin de fer sonna le départ. — Le gros Louisianais, tout étonné de l'effet qu'il avait produit, me frappa sur Tépaule, et, deux minutes apr^i nous quittions Weldon à toute vapeur I

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